GARGANTUA ET SAINTE MACRINB
NE légende chère aux maraichins nous montre sainte Macrine fuyant devant Gargantua, montée sur une mule ferrée à
l'envers. La bête, harassée de fatigue, s'arrête dans l'île de Magné, près d'un champ où des paysans sèment de l'avoine. Macrine, se fiant en la miséricorde divine, les prie de dire à tout venant qu'elle a passé le jour où ils mettaient leur grain en terre.
« Grand étonnement des laboureurs, en trouvant le lendemain leur avoine mûre ; ils reconnaissent à ses œuvres l'envoyée du Seigneur, et, quand survient Gargantua, ils se hâtent de lui apprendre que l'avoine n'était pas née lors du passage de la sainte.
« Le géant abandonne la poursuite, mais avant de revenir sur ses pas, il nettoie ses sabots ; alors le tertre de la Garette et celui où s'éleva depuis la chapelle de Macrine, apparaissent pour la première fois au-dessus de la vallée. »
(L. DesAÎTre, p. a).
D'après M. Desaivre, dont j*ai cité textuellement le rèdt, U miracle dts avoines^ attribué à sainte Radegonde, et dont il n'est point fait mention avant le xn* siècle, parait emprunté à U sainte de Magné, sans doute à peu près contemporaine de U dernière évangélisation des Gaules. Sauf Tépisode de la mule fierrée à rebours, U substitution de Clotaire à Gaigaanu et le nettoyage des sabots, la l^;cnde de sainte Radegonde (cf. Th. de Bussiére, Histoir* d$ sainU ftad^mU, rùm, et dt la CNTilr
EN POITOU 17s
Neustrie. Paris, 1850, grand in-So, introduction) est exactement semblable à celle de Gargantua et de sainte Macrine.
La chapelle de sainte Macrine, dit M. Desaivre, s'élève à quelques kilomètres de Niort, sur le sommet d*une colline que la Sèvre entoure de ses eaux.
L'épisode de la boue des sabots se retrouve ailleurs qu*en Poitou, notamment à Chalautre-la-Grande (Seine-et-Marne), p. 214 (cf. Bourquelot). La mule ferrée à l'envers a son similaire dans un épisode légendaire de la vie d'Anne de Bretagne. Cf. mes Traditions et Superstitions , 1. 1, p. 349.
La légende qui suit, recueillie par M. Hugues Imbert, et dt^e par M. Desaivre, Eut mention et de l'appétit formidable de Gargantua et du nettoyage de ses sabots.
LÉGENDE DE LA BUTTE DE MONTCOUé, PRÉS THOUARS
[ARGANTUA en grand appétit, non loin du gué de Ligaine, avale six bœufs avec la charrette chargée d*épines à laquelle ils
sont attelés, sans oublier le paysan qui les guide.
Après cet exploit, le géant s'endort comme une
brute qui en a trop pris.
« A son réveil, nettoyage des sabots ; Tun d'eux
produit la butte de Montcoué, puis, Gargantua se
lève, fait une enjambée en passant près d'Oiron et
de Montbrun, et secoue son autre sabot. La butte
de Tourtenay est aussitôt créée. »
M. Desaivre cite encore une tradition des bords de l'Arkanson (Vendée), fort analogue à celle de l'île de Magné. « Elle nous porte à croire , dit-il, . que le Juif Errant est venu quelquefois prendre la place de Gargantua dans les traditions populaires. On remarquera qu'il n'existe point dans la légende chrétienne de type plus en rapport avec le dieu celtique, toujours en marche comme Ahasvérus. C'est une substitution analogue à celles que j'ai déjà signalées, qu'explique suffisamment la présence d'une colonie juive dans la contrée, au lieu dit Nazareth. Jésus-Christ, poursuivi par le Juif-Errant, traverse un gué de l'Arkanson, près du petit village de Nazareth, et se dérobe à ses recherches en se cachant dans un champ où l'avoine vient de croître miraculeusement. » (P. 6, note i.)
J'ai entendu à Saint-Cast, par deux fois, une substitution pins explicite encore : on appelait Gargantua U Juif errant Gargantua. Cf. p. 14 et 117.
« Nous ne savons pas si on prenait dans une soupière analogue la bouillie qu'on versait dans la bouche de Gargantua avec des pelle5 à vanner, quand il dînait en Poitou (il s'agit de la soupière dtée par Bourquelot).