‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 3)Chapitre 34 sur 97 · LE FAUDEUR OU LE LUTIN DES SENÂS · texte numérisé non relu

LE FAUDEUR OU LE LUTIN DES SENÂS

|L y avait une ferme où un homme qui couchait dans le grenier à foin était faudé, ou, si vous aimez mieux, foulé toutes les nuits par le Faudeur, qui est le lutin des senâs (i) ; il souffrait d'être ainsi malmené pendant les nuits, et il maigrissait à vue d'oeil. Il s'en plaignit à la fermière, qui mit sur le bord d'une petite fenêtre par où passait le Faudeur un godet plein de petits pois.

Quand le lutin arriva comme d'habitude, il entra étourdiment et renversa le godet, et il passa toute la nuit à ramasser les pois; mais il ne fauda pas le garçon.

Un autre gars qui couchait aussi dans le grenier à foin fut faudê à son tour ; il descendit à l'écurie et fut encore faudé.

Il se dit : «Je vais tâcher d'attraper le lutin ». Et

(i) Sends, grenier à foin, du vieux français : sanail.

CONTES POPULAIRES EN HAUTE-BRETAGNE l8$

il mit à côté de lui des déchets de trèfle battu > puis il resta sans remuer, comme s'il dormait.

A la clarté de la lune, qui était dans son plein,, il vit venir le lutin qui montait par l'échelle et qui ressemblait à un chat. Quand il fut à portée du garçon, celui-ci se releva et le saisit brusquement dans son ballin ou couverture de lit, et il lui semblait qu'il tenait à la main un morceau de laine. Alors le garçon prit du déchet de trèfle et en jeta à la figure du lutin, qui lui en jeta à son tour. A la fin, le Faudeur s'en alla et descendit l'échelle en poussant des éclats de rire ; mais il ne revint plus.

(Contp en jSj^ par Rose Renaud, de Saint-Casty qui le tient de son père.')

Dans les Follets du château de Callacy le docteur Fouquet parle de mil que les follets sont obligés de ramasser : cette manière de se débarrasser des lutins est connue dans presque tous les pay» d*£urope. Les Veillées bretonnes de Luzel contiennent aussi de curieux détails sur les lutins du pays breton.

Outre le Faudeur ou Faudoux, les Gallots connaissent un grand nombre de lutins que parfois ils désignent sous le nom générique de Mait' Jean (Cf. le Maistr' Yan des Bretons bretonnants) ; les principaux sont l'Èclairous ou feu follet ; le Houpoux^ qui s'amuse & appeler les gens le soir, et les bat quand ils répondent; Mourioche, lutin qui a des formes variées et qui se contente en général de faire peur ; Nicole, le lutin-poisson, qui s'amuse & brouiller les amarres des bateaux, à déchirer les £lets, etc.

LE MOUTON SORQER.

iNE jeune fille de Bourseul alla un jour à Tauberge, où elle resta à boire avec les cheminiaux — ce sont les terrassiers employés sur les routes. — Elle se fit dire la bonne aventure et tirer le grand jeu.

Il était tard quand elle sortit de T auberge, et elle vit qu'elle était suivie par un mouton qui ne la quittait pas plus que son ombre. Elle se retourna vers lui pour le chasser ; mais loin de prendre la fuite, le mouton se mit à frapper des coups de tête dans son tablier.

La jeune fille vint à passer près d'une ferme dont elle connaissait les habitants ; elle résolut d'y aller pour demander du secours; le mouton la suivit et ne s'arrêta qu'à la barrière de l'aire. Elle pria le fermier de venir la reconduire jusque chez elle, parce qu'elle avait peur d'un mouton qui la suivait avec obstination. Le maître du logis refiisa ; mais un garçon qui était là proposa de l'accompagner, et il se mit en route avec

elle. Le mouton les suivit, ei il frappait des coups de tête daas les cotillons de la jeune fille. Le garçon essayait de l'atteindre avec son bâton ; mais Tanimal esquivait les coups et trouvait moyen de venir heurter avec ses cornes le tablier, qui bientôt fut en lambeaux. Le chien de la ferme, loin de vouloir mordre le mouton, avait la queue entre les jambes et hurlait de frayeur.

— Puisque le chien a peur, dit le garçon à la fille, je m'en vais ; arrangez-vous comme vous pourrez.

Il prit son chapelet et s'en alla en disant ses ' patenôtres.

Le mouton accompagna la jeune fille jusqu'à la porte de sa maison. Elle eut si peur de cette aventure que, se croyant damnée, elle se fit religieuse, et le garçon qui l'avait accompagnée devint prêtre.

Cette légende est populaire dans les environs de Plélau-le- Petit (Côtes-du-Kord), et Ton cite les noms de ceux à qui elle est arrivée.

Les lutins et les sorciers peuvent prendre la forme de presque tous les animaux domestiques. (Cf. Traditions, superstitions et légendes de la Haute-Bretagne, p. 9, 21 et sqq.) Mais la forme qu'ils afikctionnent est celle du chat ; les chats eux-mêmes sont sorciers quand on ne leur a pas coupé le bout de la queue. (Cf. Contes populaires de la Haute-Bretagne, tï9* li et lu.)

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