LES LUTINS ET LES SORCIERS
[A croyance aux lutins existe encore sur beaucoup de points de k Haute-Bretagne : les lutins qui, d'après la nature de leurs fonctions, portent des noms dififérents, sont une race espiègle, généralement malfaisante, mais susceptible néanmoins de s'attacher à des personnes ou à des maisons et d'y faire tout prospérer, à la condition que rien ne vienne les troubler et qu'on ne contrarie pas leurs habitudes.
Les histoires de lutins sont en général fort courtes. J'en donne ici une comme spécimen. Dans ses Légendes du Morbihan y le docteur Fouquet en cite un assez grand nombre, et il semblerait, d'après la place qu'ils occupent dans ses récits, que les Gallots du Morbihan y croient plus fermement que ceux du versant de la Manche. Voici, quelque peu abrégé, celui qui m'a semblé le plus joli ; il est intitulé : Les Follets et les vieilles Filles.
Les follets tourmentaient toute la nuit deux vieilles filles qui avaient essayé vainement de les repousser à grand renfort de médailles et de chapelets : un soir elles aspergèrent d'eau bénite toute la maison, y compris les portes, les fenêtres et le foyet, puis elles se couchèrent ; la nuit venue, les follets arrivèrent comme de petits fous, mais l'eau bénite les brûla. Alors ils grimpèrent jusqu'aux gazons du toit qu'ils jetèrent un à un dans le foyer par la cheminée, et, marchant avec précaution sur ces gazons
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étendus, ils arrivèrent au lit des vieilles filles, qu'ils se mirent à fouetter en chantant en chœur : « Tout n'est pas béni ! tout n'est pas béni I »
Certains animaux passent pour lutins : on les désigne sous le nom d'animaux lutins ou d'aninuux sorciers. Dans mon Essai sur les traditions, superstitions et légendes de la Haute-Bretagne, y ai cité quelques récits où ils figurent, et Ton trouvera ci-après U Mouton sorcier. Madame de Cerny, p. 26-30 de son curieux ouvrage déjà cité, raconte aussi l'histoire du Lièvre à CampùAt, qui se plaisait à £iire courir les gens, et qui joua & Campion le mauvais tour de lui arracher des mains une trique qu'il portait et de faire pleuvoir sur son dos une grêle de coups.
Je n'ai recueilli sur la sorcellerie qu'un petit nombre de contes, tous très-courts ; il y en a trois dans les Contes populaires de la Haute-Bretagne : le Sorcier, n» xlv, qui possédait le livre mystérieux du Petit Albert; le Loup-garou^ n» xlvii, et les Chats sorciers, no li. J'en mets un plus loin, qui me semble une réminiscence du sabbat. Mais il est probable qu'il existe des légendes de sorcellerie et de mauvais oeil, car on croit encore en beaucoup de pays que certaines gens peuvent fainer {^fascinare, le dérivé est régulier), c'est-à-dire ensorceler les maisons, qui ne peuvent être débarrassées que moyennant certains exorgismes.
Dans les Légendes du Morbihan du docteur Fouquet, se trouve, sous le titre du Meunier qui jette des sorts, un curieux récit qui diffère de ceux que j'ai moi-même recueillis. Un meunier qu'un homme avait refusé de prendre dans sa carriole lui annonce que, quand il repassera par là, son cheval ne pourra avancer d'un pas. C'est ce qui arrive en effet; mais un mendiant qui se trouve sur la route demande à l'homme sa veste et son fouet, puis « fait un signe de croix de la main gauche et à rebours.
«t se met & fouetter la veste en criant k chaque coup : Passe ^a k Taut'e. » Q.uand la veste eut été bien battue, le cheval marcha. Le lendemain, le reboutous de Pluherliu passa par Tauberge où l'homme s'était arrêté, et dit qu'il venait de voir le tneunier qui avait les yeux gros comme le poing et le corps tout marbré. Au jour il avait, disait sa femme, crié comme si on l'écorchait, et il avait ensuite été forcé de se mettre au lit.
Dans un autre conte, intitulé : Clémence de Cancoêt, il est parlé d'un homme qui tous les vendredis va au sabbat monté SMX son bâton de genêt, et murmurant certaines paroles magiques.