LE REVENANT DE LA GARAYE
,N sait que M. de la Garaye se rendit célèbre au siècle dernier par sa bienfaisance : Thumanité et la charité n'ont pas paru aux gens de la campagne des mobiles suffisants pour déterminer le noble seigneur et sa femme à consacrer leur vie à des œuvres charitables, et ils ont fait intervenir des avertissements de Tautre monde. Voici une histoire que beaucoup de personnes de Dinan se souviennent d'avoir entendue dans leur jeunesse :
Monsieur de la Garaye, en son jeune temps, menait joyeuse vie dans son château; il avait avec lui sa femme et son beau-frère, et tous les jours ils allaient à la chasse, passant par dessus les clôtures, foulant les moissons et les prés; et de tout le voisinage s'élevait un cri de malédictions contre les seigneurs de la Garaye.
Le frère de Madame fut tué à la chasse, et peu après ses funérailles, auxquelles assistèrent plus de cent prêtres, et qui furent magnifiques, il se
présenta tout à coup devant sa sœur, qui se promenait dans une des avenues qui conduisent au château. Il lui dit qu'il était en enfer, et qu'elle et son mari y iraient aussi, s'ils ne se hâtaient de changer de conduite. Après avoir achevé ces recommandations, il sembla tout en feu et disparut.
D'après une autre légende, le beau-frère de M. de la Garaye lui apparut un jour qu'il se promenait dans son avenue ; il était tout en sueur, et une des gouttes qui perlaient sur son front, étant tombée sur la main de M. de la Garaye, elle le brûla comme de l'eau bouillante. D'autres disent qu'elle tomba sur rherbc et que l'herbe jaunit aussitôt. M. de la Garaye. averti par cette apparition, se convertit, et, à l'endroit où il l'avait vue> il fit bâtir la chapelle qui existe encore.
LA
LAVANDIÈRE DES NOES GOURD AIS (i).
|L y avait autrefois une lavandière de nuit qui lavait dans le doué des Noes Gourdais, à côté de Dinan. Plusieurs personnes affirmaient l'avoir vue, et parmi elles une femme de journée, morte il y a quelques années, et qui racontait à peu près en ces termes son entrevue avec cette laveuse de l'autre monde :
« Un matin, je m'étais levée avant le jour pour aller laver mon linge, et j'arrivai avec mon paquet au haut de la prairie des Noes Gourdais. Sur une des pierres du doué, une femme lavait.
« — Bon, que je me dis, en voilà encore une qui est plus matinale que moi.
« Et je continuai à descendre la pente de la prairie pour aller prendre ma place ; mais au moment où je n'étais plus guère éloignée, la lavan-
(i) NœSf prononcez nau ; les noes sont des prairies basses et marécageuses.
dière se retourna et étendit de mon côté le bras qui tenait son battoir, comme pour me faire signe de ne pas avancer davantage, et je vous assure que je n'en fus guère tentée, car je vis, aussi vrai que je vous vois, que la lavandière, avait une tête de mort. »
La croyance aux lavandières de nuit est répandue dans toute la Bretagne. (Cf. Souvestre, les Lavandières de nuity et Dulaurens de la Barre, le Diable boiteux) ; mais généralement II ne s'agit pas, comme dans le petit conte ci-dessus, de lavandières-squelettes. Je connais en pays gallot nombre de doués qui passent pour être fréquentés par les lavandières de niut : elles sont condamnées i revenir laver un drap — c'est généralement un suaire — en expiation d'une faute commise pendant leur vie. Les unes ont lavé le dimanche ; d'autres sont des mères qui ont tué leurs enfants. Elles essaient, mais en vain, de faire disparaître la trace de leur crime en lavant le linge. La même croyance existe en Basse- Bretagne, et, d'après M. Luzel, on dit que le linge qu'elles ofirent à tordre aux passants contient lui-même un enfant nouveau-né qui crie et dont le sang coule.