‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 3)Chapitre 40 sur 97 · MONDE · texte numérisé non relu

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jCSQu'ici j'ai recueilli peu de légendes relatives à des saints locaux, et parmi elles, celles qui seules présentent quelque intérêt sont la légende de saint Kauron et surtout celle de saint Lénard (Cf. Conies populaira de la HauttrBretagne, a'>' liv et lxui) ; cette dernière présente la particularité assez curieuse d'un saint canonisé par le peuple» malgré le clergé, et qui finit par être honoré comme bienheureux, en dépit de l'opposition de l'élise officielle.

En d'autres parties du pays gallot existent certainement des légendes de saints : Madame de Cemy en cite deux (Saint Suliât, ci ses traditiom'). La première est celle des Anes de Rigout"

daine qui, partant de la métairie de ce nom, traversaient la. Rance, alors simple ruisseau, pour venir brouter les vignes que saint Suliac avait plantées autour de son monastère. Un matin saint Suliac les frappa de sa crosse en les maudissant, et les ânes restèrent immobiles près de l'enclos, la tète retournée sur le dos. Ils demeurèrent en cet état jusqu'au moment où le saint les délivra de cette position, et en s'en allant ils firent un tel bruit que, pour ne plus en être incommodé, saint Suliac élargit la Rance et lui donna la largeur qu'elle a aujourd'hui.

La seconde légende, intitulée : la Guivre, raconte qu'un moine de la suite de saint Samson, étant venu visiter saint Suliac, se trouva offusqué de la simplitité des mets qui lui furent offerts; et ayant caché une partie de son pain dans sa robe, il fut pris de convulsions : c'était un serpent qui déchirait la poitrine du moine, et dont saint Suliac le délivra.

Habasque (Not. historiques, t. III, p. 91) raconte ainsi qu'il suit une légende qui lui fut dite au Chemin-Chaussée, canton de Matignon : « Guillaume Pinchon (saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc) venait de voir des parents qu'il avait dans les environs. Il faisait chaud, et se trouvant altéré, il entra dans un cabaret pour s'y rafraîchir, après quoi il donna sa bénédiction à l'hôte et se disposa à sortir. « De l'argent, » lui dit Thôte. Guillaume n'en ayant pas, on saisit son bréviaire. Le saint continua sa route et alla coucher & l'hôtellerie de l'Abraham, où on eut pour lui toutes sortes d'égards. Avant son départ, on lu» ' remit son bréviaire, et saint Guillaume dit : ■ Quiconque ha- « bitera l'Abraham y vivra à l'aise, pourvu qu'il soit sobre et « laborieux. Quant au Chemin-Chaussée, jamais il ne prendra « d'accroissement, et à mesure qu'on y bâtira une maison, il en « tombera une autre. » Cette prédiction du saint rappelle la Ligende de Rieux (Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 19-20.) Les lavandières de Rieux refusent tout secours & un enfant qui

était dans une barque ; la marée la porte à Redon, où des laveuses compatissantes le soignent. L'enfant grandit aussitôt; c'était Jésus-Christ qui dit : « Rieux s'appauvrira tous les jours d'un sou, et Redon s'enrichira chaque jour d'un sou. »

Les légendes du Morbihan contiennent plusieurs récits relatifs à la vie des saints bretons (Cf. Saint Jugon, Us Sept saints. Saint Gdbrien, Le plus grand saint du paradis) ; je pense qu'en cherchant bien, on finirait par recueillir en Haute-Bretagne une foule de tra4itions sur les saints locaux.

Sur les voyages de Jésus-Christ en Bretagne, qui se retrouvent fréquemment dans les récits des Bretons bretonnants, j'ai deux légendes qui sont dans les Contes populaires de la Haute-Bretagne (Je Mariage de Jean le Diot, n*» xx, et Saint Pierre en voyage, nP lui).

Il est assez fréquemment question, dans les légendes de la Haute-Bretagne, de ce qui se passe à la porte du paradis, voire même à celles de l'enfer et du purgatoire (Cf. Le Diable attrapé, n® xLi ; la Fève, n» xii, des Conta populaires^ et plus loin, la Fève et Saint Antoine, portier du paradis')^ et plusieurs récits ont pour théâtre l'enfer lui-même (Cf. le Diable attrapé) ou le paradis (Cf. les Trois violoneux en paradis, n9 lxv, les deux contes de la Fève, et celui de Saint Antoine).

Dans mon enfance, j'ai entendu raconter à Matignon le conte du Meunier en paradis; le voici en substance: « Un meunier, avant de mourir, avait recommandé à ses enfants d'avoir biea soin de l'enterrer avec son quart (mesure k blé). Son désir fut accompli, et quand le bonhomme se trouva dans l'autre monde, il prit son quart sous son bras et arriva à la porte du paradis. Saint Pierre lui dit : « Que venez- vous chercher ici? Vous « savez bien qu'il n'y a pas céans de place pour les meuniers. « — Je le sais bien, répondit le bonhomme ; mais je viens « seulement pour regarder un petit peu. i» Pendant qu'il était

A la porte, un autre mort arrive, et au moment où saint Pierre est occupé avec lui, le meunier, comme par inadvertance, met son quart à rouler, et entre à sa suite dans le paradis, où il s'assied dessus. Saint Pierre arrive pour le faire déguerpir : « Je suis sur mon bien, » répond le bonhomme. Saint Pierre se dispute avec lui et veut l'expulser. Le meunier tient bon et fait tant àb bruit, que Dieu le Père entend la dispute, et veut en savoir la cause. Le meunier, toujours assis sur son quart, répète qu'il est sur son bien, et demande que saint Yves soit son avocat. Saint Yves plaide et gagne sa cause. Voilà comment il y a un meunier en paradis. » On peut comparer & •cette légende le fabliau bien connu du Vilain qui conquist le paradis par plaid.

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