LES PETITS SOULIERS ROUGES
|L était nue fois ane £anme qui avait deux enfants: un petit garçon et une petite fille.
Elle avait une paire de petits souliers rouges que chacun des enfants voulait avoir.
La mère leur dit :
— - Allez tous les deux dans la forêt faire des fagots, et celui qui reviendra le premier aura les souliers rouges.
Quand ils furent arrivés dans la forêt, le petit garçon, qui était déjà grand, attacha sa soeur au pied d'un arbre et se mit à fûre ses fagots ; quand il eut fini, il la détacha et arriva le premier à la maison.
Il demanda les souliers à sa mère, qui lui dit :
— Prends-les ; ils sont dans la huche.
Comme il se baissait pour les prendre, elle
laissa tomber le couvercle sur sa tête et lui coupa le cou ; puis elle le mit dans la marmite avec des choux pour faire de la soupe.
Quand la petite fille rentra, elle dit :
— Où est mon petit frère, que je le voie avec ses souliers rouges ?
— Il est dans le jardin, répondit la mère.
La petite fille y alla et revint sans avoir trouvé son frère.
Sa mère lui ordonna alors de souffler le feu pour faire bouillir la soupe.
Pendant que la petite fille ^oufîlait, elle entendit sortir de la marmite une voix qui disait :
Petit feu, ma petite sœur ; Petit feu, ma petite sœur.
A la porte, un oiseau perché sur une branche de pommier chantait :
Tu cuis ton petit frère ; Tu cuis ton petit frère.
Elle demanda à sa mère ce que cela voulait dire.
— Donne un coup de balai à l'oiseau, répondit-elle, et il va se taire.
L'oiseau s'enfiiit ; et quand la soupe fut faite, la mère envoya la petite fille dans la forêt porter à manger à son père.
Elle rencontra sur son chemin la sainte Vierge qui lui dit : *
— Ramasse tous les os que ton père jettera autour de lui en mangeant, et apporte-les-moi.
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S'il en jette dans la rivière, tu iras aussi les chercher.
La petite fille recueillit précieusement tous les os que son père jetait, et ceux qui étaient dans la rivière, elle alla les chercher sans se noyer. Alors la sainte Vierge rassembla les os et refit le petit frère.
(Conté par Jeanne Ba^ul, de Trélivan.)
C*est un des contes d'enfants les plus connus; j'en ai publié une -version dans les Contes populaires de la Haute- Bretagne : Us Souliers rouges, n^ lx ; j'en connais encore trois autres versions. ^Cf. Husson, Chaîne traditionnelle, p. 19, pour les os recueillis par la sceur, et le pigeon qui se retrouve dans le conte lx, intitulé : Le Pigeon blanc, conte écossais recueilli par Chambecs et traduit par M. Loys Brueyre.) Les similaires allemands sont connus, surtout le Genévrier de Grimm, et c'est à l'un d'eux qu*est empruntée la chanson mise par Gœthe dans la bouche de Marguerite devenue folle.
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