LE SIFFLET QUI PARLE
|L y avait une fois un homme qui avait trois filles; il s'en fut en voyage et leur dit au moment de partir :
— Qjie voulez-vous que je vous rapporte ?
— Moi, répondit l'aînée, je voudrais une robe couleur du soleil.
— Moi, une belle rose, dit la seconde.
— Ce que tu me donneras me fera plaisir, répondit la plus jeune.
— Mais enfin, que souhaiterais-tu ?
— Un peu de réséda dans une petite boîte en bois.
A son retour, le père apporta à ses filles ce qu'elles lui avaient demandé. L'aînée mit sa belle lobe couleur du soleil, mais elle ne pouvait faire un pas sans la tacher; la rose de la seconde se fana en un jour, tandis que la troisième conserva bien son réséda qu'elle avait soin d'arroser.
L'aînée devint jalouse de sa cadette et résolut
de s'emparer de sa boîte de réséda. Elle dit à sa sœur :
— Je vais aller me promener dans le bois avec ma petite sœur.
Elle y alla avec elle, et quand elle fut au milieu des arbres, elle la tua avec un couteau qu'elle avait apporté, et elle l'enterra au pied d'un chêne.
Quand sa mère la vit revenir seule, elle lui dit:
— Où donc est ta sœur?
— Ah ! maman, les loups l'ont mangée.
Et la jeune fille s'empara du pot de réséda qu'elle porta dans sa chambre.
Quelque temps après, un marchand qui passait par le bois vit au pied du chêne un objet étrange qu'il ramassa et qui avait la forme d'un sifflet. Il l'approcha de ses lèvres, et le sifflet disait :
Sifflez, sifflez, marchand; Ce n*est pas vous qui m*avez tuée céans.
Il y avait sur la lisière du bois un château, — c'était celui des parents de la petite fille ; — le marchand s'y rendit et montra au maître' du logis le petit sifflet qu'il avait trouvé. Le seigneur l'approcha de ses lèvres, et le sifflet disait :
Sifflez, sifflez, papa; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée là-bas.
Il le passa à sa mère, qui rapprocha de ses lèvres, et le sifHet disait :
Sifflez, sifflez, ma mère, Ce n*est pas vous qui m*avez tuée naguère.
La cadette l'approcha de $cs lèvres, et le sifflet disait :
Sifflez, sifflez, ma sœur ; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée.
Mais Taînée ne voulut pas toucher au sifflet. Son père l'y força en la menaçant de la battre, et dès qu'elle l'eut approché de ses lèvres, le sifflet dit:
Sifflez, sifflez, ma sœur ; C'est vous qui m'avez tuée.
Q.uand les parents entendirent cela, ils la chassèrent de la maison paternelle, et je ne sais ce qu'elle est devenue.
(Ctnti en 1880, par HaàtmoistlU Mathilde Ddasalle, de Matignon, qui l'a appris d'une de ses bonnet^ Marie Onm, de Plancoêi.)
Cf. La Flanto (la Flûte), conte agenais recueilli par J.-F.. Bladé (ce sont deux frères qui vont à la recherche d'une orange;, l'aîné tue son cadet qui Tavâit trouvée ; le fils aîné devient héritier, et se marie ; quand son fils a sept ans, il va dans la forêt
et rapporte un dont il se fait une flûte qui chante comme le -sifflet tle notre conte) ; U Roi et ses trois fils^ conte recueilli par M. V. Smith dans le département de la Loire (Mélusine* col. 42 j) ; les remarques de M. Husson, CIxttne traditionnelle, p. 59 et sqq., où sont ciiés des analogues allemands^ Scandinaves et écossais, et Gubematis, Mythologie xpologique^ t. I, p. 211, et t. II, p. 342.