I. — CHANSON DE MENSONGES
Qu'as-tu vu, \ Compère, J (bis)
Qu'as-tu vu? ) J'ai vu une anguille Qui peignait sa fille Pour aller danser.
Compère, commère, Pour aller danser.
— Compère, vous mentez.
QjLi'as-tu vu ? etc.
J'ai vu un crapaud Qu'aiguisait sa faux Pour aller faucher.
Compère, commère, Pour aller faucher.
— Compère, vous mentez.
Qu*as-tu VU ? etc.
J'ai vu un lieuve Qui tremblait la fieuve Cont* un échalier, Compère, commère, Cont' un échalier.
— Compère, vous mentez.
Qu'as-tu vu ? etc.
J'ai vu une guernouille.
Qui filait sa quenouille Au coin d'un fossé, Compère, commère, Au coin d'un fossé.
— Compère, vous mentez.
Qu'as-tu vu? etc.
pai vu un cochon Qui jouait du violon Et savait valser.
Compère, commère.
Et savait valser.
— Compère, vous mentez.
Qu'as-tu vu ? etc.
J'ai vu un renard Qui cuisait du lard Dans un pot percé, Compère, commère.
Dans un pot percé.
— Compère,vous mentez.
Qji*as-tu vu? etc.
J*ai vu une cônille QjLii coiffait sa fille Pour aller s*marier, Compère, commère, Pour aller s'raarier.
— Compère, vous mentez.
{Matignon,')
Comparez une « chanson de mensonges d'Eure-et-Loir, » publiée dans Milusine, col. 314.
IL — LA BiaUE A JACaUES ANDRÉ.
Chansonnette paisante (i), Voul'ous la ouï chanter :
C'est d'une bique blanche, La bique à Jacques André.
Depès qu'elle est chez nous, La pauvre bique blanche, Depès qu'olle est sez nous, O n'a point zeu de chance.
Le pâtous qui la mène Se nomme Nicolas,
(x) PaisanU n'a que trois syllabes ; plusieurs poètes du seizième siècle ne comptaient que deux syllabes dans paysan.
La mène et la ramène Tout à Tentour du bois :
Tout à Tentour du bois, La pauvre bique blanche, Depès qu'olle est sez nous, O n'a point zeu de chance.
Quand c'fut au matin jour, Not* femme o s'y leva ; O mit son cotillon, A l'étab'e elle s'en va.
La pirouitte pirouinnée Est morte entre deux vaches ; Elle s'en va tout dret Conter ça à son Jacque.
— T'en souvient-i', mon Jacque, T'en souvient-i', qu'un saï, Not' chieuve était malade.
Tu t'y moquis de mai ? Olle est morte à matin Sur une poignée de fieurre :
Te v'ia bien couyonné Ta qu'aimas tant son bieurre.
— Va-t'en, ma pauvre femme.
Va-t'en chez l'écorchous ; Dis-li : Not' pauvre chieuve Est morte par malhoû,
Est morte par malhoû, La pauvre bique blanche; Depès qu'oUe est sez nous,
n'a point zeu de chance.
1 tirit de ses hannes (i) Un grand vilain coutiau, Li dit : Ma pauvre chieuve.
Il faut que j'aie ta piau.
Il faut que j'aie ta piau.
Ma pauvre bique blanche, Pour en faire un mantiau, A ma grand'tante Jeanne.
La chieuve dont je vous parle
Avait de bons parents ;
C'est la cousine germaine
Du bouc à Trémaudan (2).
Le d'funt Biquet
Était son feu grand-père ;
La chieuve Margot
Était sa d'funte grand'mère.
(JDinan, CombourgJ)
(i) Culottes.
(2) Il est plusieurs fois parlé dans les chansons galaises du bouc à Trémaudan. Cf. ci-aprés la Chieuve de Trémaudan. Je ne sais à quel fait local attribuer cette allusion : il y a aux environs de Lamballe une famille de Trémaudan.