PROPOS SUR LES PRÊTRES
Un prêtre prêchait sur Tévangile de la multiplication des pains.
Il y avait en face de la chaire un adlézi qui faisait à chaque instant : « Hum 1 hum I » en secouant la tête.
— Tu ne veux pas croire cela, Jean ? demanda le prédicateur.
l'esprit a la CAllPAGNE ^8l
— Non, répondit-il; je voudrais voir le four dans lequel ils ont été cuits.
— Mettez-le dehors.
— Je vais bien y aller tout seul.
Un héritier était allé au presbytère pour savoir combien lui coûteraient les messes qu'il voulait fûre dire pour le défunt.
— Combien les messes ? demanda-t*il.
— Trente sous.
— Et les vêpres?
— Les vêpres sont pour rien.
— Alors, dites des vêpres.
Une femme riche perdit son mari ; elle allait souvent prier pour lui et demandait au recteur s'il était en paradis ou en purgatoire.
— Je sais bien où il est, dit le prêtre, et je vous le dirai si vous voulez me payer.
On convint de la somme de six cents francs que le prêtre reçut et compta.
— Où est mon homme? demanda la femme.
-^ A la porte du paradis, où on est à lui scier
les cornes pour qu'il puisse y entrer. (Ercé.)
382 l'esprit a la campagne
Le reaeur de Marpiré alla avec sa servante à la foire de Vitré, où il acheta deux cochons — en vous respectant : Tun avait le eu noir, et l'autre la queue écourtée.
En revenant de la foire, je ne sais par quelle aventure les cochons se perdirent, et la servante s'enquérait de tous côtés si on n'avait pas vu ses bêtes. « Nous les conduisions, dit-elle, il n'y a pas encore longtemps ; M. le recteur avait la queue écourtée, et moi le eu noir. »
Je ne sais pas si ceux qui l'écoutèrent eurent beau jeu. (Ercé.)
La femme d'un braconnier alla à confesse et s'accusa d'avoir mangé du lièvre à son repas du midi (on était au vendredi).
— Votre mari est chasseur, lui dit son confesr seur. Apportez-moi un lièvre au presbytère, et revenez demain ; je vous donnerai l'absolution.
Le lendemain elle porta un lièvre à la servante du curé, puis elle alla au confessionnal, où elle reçut l'absolution.
Mais quand la cuisinière écorcha le lièvre, elle vit que ce n'était qu'une peau bourrée de son»
et elle se plaignit à son maître d'avoir été trompée par la femme du chasseur.
— C'est bien, dit le prêtre ; je rattraperai aussi» Le lendemain quand la femme se présenta pour
communier, le recteur, au lieu de lui donner une hostie, lui mit dans la bouche un bouton ea os qu'il avait arraché à son caleçon.
Sentant dans sa bouche cet objet dur, la vieille dit à sa voisine :
— As-tu mangé ton bon Dieu?
— Oui.
— Il paraît, répondit-elle, qu'ils m'ont donné Dieu le Père, car il est si dur que je ne peux l'avaler. (Gosné, Ercé.)
Il y avait une fois une femme dont le mari était malade ; elle envoya son petit garçon chercher le prêtre :
— Tu le prieras, dit-elle, d'apporter la sacristie à ton père.
Arrivé au presbytère, le petit garçon dit :
— Bonjour, monsieur le recteur. Mon père est bien malade ; il faut lui apporter la sacristie.
— La sacristie ? Il faudrait pour cela plus d'un harnais (attelage).
Le prêtre prit le pochon à extrême-onction, et il se mit en route pour porter le sacrement au malade»
L ESPRIT A LA CAMPAGNE
Qyuad ils furem arrivés à la msûson, le prêtre exhorta le maladei qui était un peu sourd, puis il- alla as lit et lui dit par trois fois :
-^Ouvrez la bouche.
Le bonhomme n'ouvrait pas la bouche, et le -prêtre dit à la femme de tAcher de se hste ctttendre de son mari*
"'^Vère, dit-elle; mais c'est qu'il ne sait pas ce que c'est que la bouche. Thuraud, cria-t-elle, ûuvère la goule pour que monsieur le recteur mette la sacristie dedans.
C2Mand le bonhomme eut communié :
-^ Clos ta goule, Thuraud, dit la bonne fenktie; la sacristie est dedans. (Plouêr.)