COQUELET EN VOYAGE
}OQ.uelet trouva un jour une grosse perle dans le fumier de la cour. Ayant entendu dire par un vieux coq, son grand-père, je crois, que la perle valait à Paris plusieurs grands sacs d'orge et de sarrazin, il mit ses grandes guêtres de voyage, prit son bâton, dit adieu à ses amis et, sautant, sautillant, prit le chemin de h grande ville.
Au milieu de la journée, Coquelet eut bien soif, et il se détourna pour demander à la rivière la permission de boire de son eau.
— <r Volontiers. Ici dit la rivière. Je te donnerai de mon eau tout autant que tu le désireras. Mais que me donneras-tu en échange?
— Je ferai pour toi ce que tu me demanderas.
— C'est bien; tu me mettras dans ton c. et nous ferons voyage ensemble.
— C'est entendu, » dit Coquelet.
Il but à même la rivière, se reposa quelques instants et, quand i! fut pour repartir, il prit la rivière dans son c...
Cette nuit-lâ, Coquelet coucha à la belle étoile. Le matin venu, Coquelet reprit son bâton et se remit en marche. Comme il traversait un grand bois, un épervier vint fondre sur notre héros pour en faire son déjeûner, sans doute. Mais un petit renard, qui passait par là, avait guetté répervier.
L'oiseau s'était à peine laissé tomber sur le dos du petit coq que le renard se jetait sur lui et le tuait.
— « Oh! merci, merci, gentil Renard; tu m'as sauvé la vie, tu peux t'en vanter.
— A charge de revanche, Coquelet. Mais où vas-tu ainsi?
— A Paris, vendre une grosse perle que j'ai trouvée dans la basse-cour du fermier. Si tu veux
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m'accompagner, je te mettrai dans mon c..., de compagnie avec madame la Rivière, qui doit bien s'ennuyer là, toute seule.
— Volontiers, volontiers 1 » dit le renard, qui se fourra auprès de la rivière.
Coquelet, le soir venu, ne trouva rien de mieux qu'un bois pour se coucher. Malheureusement, des voleurs savaient que Coquelet devait passer par là et ils l'attendaient dans la forêt pour le tuer et lui voler sa perle. Coquelet se coucha sans se douter de rien et, dès qu'il fut endormi, les voleurs prirent de grosses cordes, le lièrent solidement et prirent leurs grands couteaux pour lui couper la tête.
Mais un gros loup qui cherchait aventure en ce moment vit le danger où se trouvait Coquelet, se jeta sur les voleurs et leur causa une telle peur qu'ils s'enfuirent à la hâte sans demander leur reste.
— « Maître Loup, tu m'as sauvé la vie, se hâta de dire Coquelet; délie-moi et compte sur Coquelet à la vie, à la mort I »
Le loup, en quelques coups de dents, eut bientôt fait de ronger les cordes dont les brigands s'étaient servis pour attacher Coquelet; puis il
demanda à ce dernier de lui permettre de raccompagner à Paris.
— « Avec plaisir; monsieur le renard et madame la rivière sont dans mon c...; tu vas t'y fourrer et tu leur tiendras compagnie, » lui dit Coquelet.
Le loup prit place à côté du renard et de la rivière, et Coquelet reprit son chemin avec une ardeur nouvelle, sautant, sautillant en vrai coq qu'il était.
Le soir venu, Coquelet alla frapper à la porte d'une ferme.
— « Pan, pan! ouvrez à Coquelet.
— Que demandes-tu?
— L'hospitalité pour la nuit. »
Le fermier refusa d'abord de le laisser passer la nuit dans sa maison ; mais enfin il finit par permettre à Coquelet de coucher dans la bergerie avec les moutons.
Faute de mieux, notre coq accepta. Mais au milieu de la nuit il dit au loup :
— « Compère loup, réveille-toi.
— Qu'y a-t-il ?
— Nous sommes dans une bergerie toute pleine de beaux moutons : n'as-tu pas faim ?
— Si, si; fais-moi sortir de ton ventre. »
Coquelet fit sortir le loup, qui dévora tous les
moutons. Puis, avant le lever du soleil, Coquelet s'enfuit avec le renard et la rivière pour ne pas être accusé des dégâts commis par le loup.
Le sixième jour après son départ de la cour de son maître, Coquelet arriva à une auberge où il demanda un gîte pour la nuit. L'aubergiste le lui refusa et, à force de supplications, ne voulut que lui permettre d'aller au poulailler coucher avec les poules. Mais, vers minuit, Coquelet dit au renard, endormi dans son ventre à côté de la rivière :
— « Maître renard, maître renard, réveilletoi, je t'en prie ! Il y a de bien belles poules dans ce poulailler !
— Dis-tu vrai?
— Aussi vrai que je suis Coquelet et que je vais à Paris vendre une perle trouvée dans le fumier de la ferme. Veux-tu sortir de mon ventre?
— Oui, oui. Hâte-toi, car tu viens de me donner appétit. »
Coquelet livra passage au renard qui, une fois libre, n'eut rien de plus pressé que d'égorger
2l6 LITTÉRATURE ORALE
toutes les poules et de s'enfuir en emportant les plus belles.
Comme la veille, Coquelet ne se souciait pas * d'être pris pour Fauteur de tout ce massacre; aussi quitta-t-il l'auberge un peu avant le jour, emportant toujours la rivière avec lui. Il était temps, car les gens de l'auberge commençaient à se lever et Coquelet eût été reconnu quelques minutes plus tard.
Sautant, sautillant, Coquelet reprit la route de Paris.
La dernière nuit avant son arrivée à Paris, notre coq arriva à une chaumière et y demanda l'hospitalité. Là encore on ne voulut point lui donner de lit, et c'est à peine si on lui permit de coucher sous la chaise.
— « On me le payera ! » s'était dit Coquelet. Vers le milieu de la nuit, la rivière dit à
Coquelet :
— « A rester ainsi immobile, je me fatigue bien plus qu'à courir dans la campagne, et puis je manque d'espace. Que me conseilles-tu?
— Étends-toi par la maison. ;
— Mais je te noierai !
— Ne crains rien pour moi ; je vais me mettre
sur le seuil de la porte, tu sortiras de mon ventre et tu Répandras à loisir. »
Coquelet ouvrit la porte doucement, se plaça sur le seuil et laissa sortir la rivière, qui inonda la chaumière et se répandit au loin dans la campagne.
Coquelet arriva à Paris, y vendit sa perle au marchand moyennant beaucoup d'argent et de sacs de blé et de sarrasin, et revint vivre heureux avec sa femme et ses enfants.
(Conté en mars 1878, par Fernand Vasseur, élève du pensionnai Breuval, à Mailly-de-la-Somme).
Cf. Moitié de Coq, conte du pays messin, publié par M. René Paquet (Nérée Quépat) dans la Mélusine, col. 181 et suiv., et les notes qui suivent ce conte.
Voir également un conte d'A. de Lamothe, publié dans YAImanacb du Pèlerin pour 1882.