‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 4)Chapitre 50 sur 69 · LE SIFFLET QUI CHANTE · texte numérisé non relu

LE SIFFLET QUI CHANTE

ne bonne femme avait deux enfants, un petit garçon et une petite fille. Ayant, un jour, besoin de bois pour chauffer son four, elle envoya le petit garçon et la petite fille au bois voisin pour lui rapporter chacun un fagot de brindilles et de bois mort.

— « Pendant ce temps, ajouta la mère, je mettrai la farine dans la maie et je pétrirai le pain de la semaine. Hâtez-vous, surtout, et rapportezmoi de beaux fagots. Du reste, j'aurai soin de

pétrir une grosse galette au beurre et aux œufs pour celui de vous deux qui rapportera le plus de bois. »

Les deux enfants se hâtèrent d'arriver à la forêt et se mirent à ramasser les brindilles et le bois mort pour en faire de gros fagots. Mais bientôt le petit garçon aperçut un nid de « normelles »

(merles) et, laissant là son bois, il grimpa sur l'arbre et dénicha les petits oiseaux. Descendu de Parbre, il ne s'occupa plus de son fagot et laissa sa sœur rechercher le bois mort par le taillis.

La petite fille, jugeant son fagot suffisamment fort, appela son frère pour l'aider à le charger sur ses épaules. Mais celui-ci :

— « Tu vas me donner ton fagot et prendre le mien. Je veux avoir le gâteau à moi tout sent.

— Tu n'y penses pas, sans doute, mon frère 1 j'ai ramassé tout ce bois mort et tu as déniché les merles; il est juste que nous rapportions : moi, mon fagot, et toi, tes merles !

— Alors, tu ne veux pas me le donner?

— Non.

— Eh bien ! je vais te tuer ! »

Et, tirant son couteau, il tua sa petite sœur, fît un trou au pied d'un grand chêne et l'enterra. Il

revint ensuite à la maison, rapportant le fagot de sa pauvre sœur.

— « Et ta sœur, où est-elle? lui demanda sa mère.

— Ma sœur a passé son temps à cueillir des fleurs pour en faire un gros bouquet. Quand elle m'a vu revenir avec ce fagot de bois sec, elle s'est mise à pleurer et n'a pas voulu m'accompagner.

— Alors, tu as mérité la galette au beurre frais et aux œufs. C'est bien. Je vais chauffer le four et je te la donnerai lorsqu'elle sera cuite. »

La bonne femme chauffa le four, fit cuire son pain et la galette et donna celle-ci au méchant petit garçon.

Le soir venu, la petite fille ne rentra pas. Sa mère courut par tout le bois avec les gens du village pour le retrouver, et comme on ne put y parvenir, on crut que le loup avait mangé l'enfant.

A l'automne, après la moisson, un gardeur de porcs était, avec ses cochons, sur la lisière de la forêt. Il s'assit au pied du chêne et arracha une fougère qui croissait tout auprès. Il fut tout surpris de trouver un petit os dans les racines de la plante.

— « Tiens, se dit-il, un petit os ! je vais m'en faire un sifflet. »

Lorsqu'il en eut fait un sifflet, il le porta à ses lèvres et le sifflet se mit à chanter fort gentiment :

« Menez-moi, menez-moi vite, porcher ; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée. »

Le petit gardeur de porcs appela des femmes qui se rendaient à la rivière pour y laver leur linge et il leur demanda de jouer de son sifflet. Le sifflet se mit à dire :

« Menez-moi vite à la maison, laveuses ; Ce n'est pas vous qui m'avez tuée. »

— « Il faut aller raconter ceci aux juges, dirent les laveuses. Peut-être on saura ce que cela veut dire. »

Le petit berger alla chez le juge, qui, lui aussi, joua du sifflet merveilleux. Le sifflet disait :

« Allez donc vite à la maison, mon juge, Et vous y verrez qui m'a tuée. »

Le juge finit par trouver la maison de la petite fille. Il fit jouer la mère et le sifflet dit :

« Ma bonne mère, ma bonne mère, Ce n'est pas vous qui m'avez tuée. »

Le petit garçon ne voulait pas jouer du sifflet. Le juge Py força. Alors le sifflet dit :

« C'est vous, c'est vous, mon frère ; C'est vous, c'est vous qui m'avez tuée. »

Le juge en savait assez. On chassa le méchant enfant dans les bois, et je ne sais ce qu'il est devenu.

(Conté en 1882, par M. Joseph Vouaux, qui le tient de sa grand* mère).

Cf. Paul Sébillot, dans la Littérature orale de la Haute~Bretagne t p. 220, les Trois Frères et p. 223, les Petits Souliers rouges; id., Contes populaires de la Haute-Bretagne, n° lx ; Husson, Chaîne traditionnelle, p. 19; Mèlttsine, col. 423 : Le Roi et ses trois Fils, conte recueilli dans le département de la Loire; E. Cosquin, Le Sifflet enchanté, dans Romania; Gubernatis, Novell, di S. Stefano, n° 20 ; Comparetti, n° 28 ; la Semaine des Familles, 8* année, i86>-i866, p. 709; Grimm, n° 28, et la variante hetsoise (t. III, p. $$); Pitre, n° 79 de sa collection; Imbriajâ, XII Canti..., Napoli, 1877, p. 195, etc., etc.. Cf. également les notes de MM. Cosquin, dans la Romania; Grimm, à la suite du conte hessois ; R. Kcehler, à propos du conte sicilien n° 51 de la collection Gonzenbach. M. Reinhold Kcehler dte nombre de contes de ce type recueillis en Allemagne, en Saxe, en Transylvanie, en Pologne, an Tyrol, en Catalogne, en Espagne, dans l'Armagnac, etc.

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