LA BELLE ET LE ROSSIGNOL
Rossignol du vert bocage, Toi qui sais si bien voler, Va-t'en porter une lettre A ma charmante maîtresse, Qu'elle est dans son lit couchée.
L'orsignol (i) a pris son vol, Au jardin d'Amour s'envole; Sur le blanc sein de la belle, En chantant des airs nouvelles, La belle elle s'y réveilla.
Où sont-ils ces mauvais gens, Qui font des chansons sur moi?
(i) Orsignol ou orsignou, rossignol»
— Oui ; c'est votre amant, la belle, Que vous croyez si fidèle,
Qui fait des chansons sur vous.
— Si c'est mon amant que j'aime, En fera tant qu'il voudra;
Il m'a cueille une rose,
La plus belle de toutes mes roses,
La plus belle de mon rosier.
— Si je t'ai cueille une rose, Elle m'a été bien chère vendue, Elle m'a été vendue le double, La valeur de cinq cents doubles, La monnaie de cent écus.
— Cent écus n'est pas grand'chose; Voilà mon honneur perdu;
Mon honneur, mon pucelage, Pour une fille à mon âge, Vaut bien mieux que cent écus.
(Chanté en septembre 1882, par M. Auguste Carnoy, âgé de quatre-vingt-deux ans, d Warlcy- Bailîon [Somme]).
Ce rôle de messager d'amour donné ici au rossignol est on tbème fort commun dans. la chanson populaire. Cf. à ce sujet :
£. Rolland, Faune populaire de la France, t. II, p. 27$ : Le Rossignol messager, chanson des environs de Lorient ; p. 277, une chanson des environs de Bourges ; p. 278, une ronde de la Meuse et des Vosges; p. 279, une ronde de la Charente-Inférieure. Cf. également Le Message du Rossignol, chanson du Velay, publiée en 1878 dans le tome VII de la Rpmania, par M. Victor Smith; le recueil des Poésies populaires de la France, mss. de la Bibl. nat., 3343, fol. 6$, donne une variante de cette chanson au point de vue de la rose perdue pour cent écus par la belle.