‹ Les Littératures populaires de toutes les nationsChapitre 17 sur 32 · LA FILLE QU: SE MARIA A UN MORT · texte numérisé non relu

LA FILLE QU: SE MARIA A UN MORT

— C'est bien, partons, alors.

Ils passèrent, peu après, par une grande lande aride où il n'y avait que de la fougère et de l'ajonc maigre; et pourtant on voyait couchées parmi la bruyère et l'ajonc deux vaches grasses et luisantes. Cela étonna le prince, qui dit:

— Voilà des vaches bien grasses et bien luisantes, sur une lande où elles ne trouvent rien à brouter !

Son beau- frère ne répondit pas; mais, les vaches dirent :

— Dieu vous bénisse I

Et ils continuèrent leur rouie. Ils passèrent, alors, par une belle prairie où il y avait un pâturage excellent, et, au milieu de l'herbe, qui leur allait jusqu'au ventre, on voyait deux vaches, mais si maigres, si maigres, qu'elle n'avaient que les os et la peau. Et le' prince, en voyant cela, dit encore :

— Voilà deux vaches bien maigres ; et pourtant elles sont dans l'herbe jusqu'au ventre I

— Dieu vous bénisse I lui dirent les deux vaches, comme les deux autres ; mais, le beaufrère du prince ne dit rien.

ht ils continuèrent leur route. Un peu plus loin, ils passèrent par un chemin profond et trèsétroii, où deux chèvres se heurtaient la tête l'une

contre l'autre, et si violemment, que le sang en jaillissait autour d'elles.

— Jésus ! s'écria le prince, voilà deux pauvres bêtes qui se tueront ! Comment passerons-nous ? Elles obstruent tout le passage.

Son beau-frère ne répondait toujours point ; mais, les deux chèvres aussi dirent ; « Que Dieu vous bénisse ! » Et elles cessèrent de se battre, et les deux voyageurs purent passer, sans mal.

Plus loin encore, ils arrivèrent à une vieille église en ruine, et y entrèrent. Elle était pleine de monde, mais, c'étaient tous des morts, et il n'en subsistait que les ombres seulement.

— Me répondrez-vous la messe, puisque vous êtes chrétien ? demanda au prince son beau-frère.

— Je le veux bien, répondit-il, bien étonné ; mais il n'était pas peureux.

Et l'autre revêtit, alors, des habits de prêtre, puis il monta à l'autel et se mit à célébrer la messe, comme un véritable prêtre. Quand il fut à l'élévation, il se mit à vomir des crapauds et autres reptiles hideux..., et tous les assistants faisaient comme lui.

Quand la messe fut terminée, tous ceux qui étaient dans l'église, le prêtre à leur tête, vinrent au prince, et lui dirent :

— « Vous nous avez délivrés ! merci ! merci I » Puis ils s'en allèrent.

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