LA FILLE Q.UI SE MARIA A UN MORT
Et il prit la baguette blanche donnée par son beau-frère et se rendit au bois. Quand il fut près du grand rocher, il frappa dessus deux coups en croix, et le rocher s'entr'ouvrit aussitôt, et il vit dessous son beau-frère, qui lui dit :
— Ah I c'est toi, beau- frère chéri ? Je suis bien aise de te revoir ; mais, tu désires, sans doute, voir ta sœur aussi ?
— Oui, je veux voir ma sœur, pour savoir comment elle se trouve,
— Eh bien ! suis-moi, et tu la verras.
— Où?
' — Dans mon palais ; descends et suis-moi.
Le jeune prince hésitait à descendre dans le trou noir qu'il voyait devant lui ; mais l'autre reprit :
— Viens avec moi, et sois sans crainte ; il ne t'arrivera pas de mal.
Il descendit dans le trou, et ils pénétrèrent tous les deux profondément sous la terre, jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à un château magnifique. Dans ce château, le jeune prince vit sa sœur, dans une belle salle, magnifiquement vêtue et assise sur un siège d'or. Ils éprouvèrent une grande joie de se revoir. Le maître du château s'en alla, et les laissa tous les deux ensemble.
— Comment te trouves-tu ici, sœur chérie?
demanda le frère à la sœur.
— Je me trouve bien, frère chéri ; tout ce que je peux souhaiter m'est accordé sur-le-champ. Il n'y a qu'une chose qui me déplaît; mon mari ne reste pas avec moi. Tous les matins, il part en voyage, au lever du soleil, et, pendant toute la journée, je suis seule.
— Où va-t-il donc de la sorte ?
— Je ne sais pas, frère chéri, il ne me le dit pas.
— Je le lui demanderai, demain, pour voir.
— Oui, demande-le-lui.
Le lendemain, le prince se leva de bon matin, et il parla de la sorte à son be^u-frère :
— Je voudrais aller aussi avec vous, pour me promener, beau-frère ?
— Je le veux bien, cher beau-frère.
Mais, à peine furent-ils sortis de la cour, que le maîire du château demanda à son beau-frère :
— As-tu fermé la porte à clef sur ta sœur ?
— Non vraiment, répondit-il.
— Eh ! bien, va fermer la porte, vite, et puis, retourne.
Le prince alla fermer la porte ; mais, quand il revint, son beau-frère déjà était parti. Il se mit en colère, en voyant cela, et se dit :
— Eh bien 1 puisqu'il en est ainsi, je m'en retourne à la maison, tout de suite.
Il avait avec lui sa baguette blanche; il en frappa deux coups en croix sur un grand rocher
LA FILLE aUI SE MARIA A UN MORT 7
qui fermait l'entrée du souterrain, auprès du château, et le rocher s'entr'ouvrit aussitôt, et il entra dans le souterrain. Quand il arriva à l'autre extrémité, il frappa deux autres coups en croix sur le rocher qui le fermait de ce côté, lequel s'entr'ouvrit aussi, et il se retrouva sans mal à la maison.
Tout le monde s'empressait autour de lui, ' pour lui demander des nouvelles de sa sœur.
Il raconta tout ce qu'il avait vu et entendu.
— Jésus ! dirent le père et la mère, qu'est-ce donc que cet homme-là ?
— Moi, dit le prince aîné, je veux aller aussi voir ma sœur, et, avant de m'en retourner, je saurai ce qu'est cet homme.
Et il prend la baguette blanche des mains de son jeune frère, se rend au bois et frappe deux coups en croix sur le rocher.
Le rocher s'entr'ouvre aussitôt, et il voit dessous son beau-frère, qui lui dit ;
— Ah I bonjour, filleul ; descends et partons, vite.
Le prince descend dans le souterrain, et son beau-frère le conduit jusqu'à sa sœur, puis il s'en va. Comme son frère, il fut étonné de voir sa sœur assise sur un siège d'or et richement parée.
— Tu te trouves bien ici, à ce qu'il semble, chère petite sœur? lui demanda-t-il.
— Oui, frère chéri, je suis assez bien ici
Il n'y a qu'une seule chose qui me contrarie.
— Qu'est-ce donc, chère petite sœur?
— C'est que mon mari ne reste pas avec moi ; chaque matin, il part de la maison, et me laisse seule, tout le long du jour.
— Où donc va-i-il de la sorte, tous les jours, petite sœur ?
— Je ne sais pas, frère chéri.
— Je lui demanderai de l'accompagner, demain matin, pour voir.
— Oui, demande-lui, frère chéri ; mais, prends bien garde qu'il ne l'arrivé comme à notre jeune frère.
— Oh I sois tranquille, je ne serai pas pris ainsi, moi.
Le lendemain matin, aussitôt le soleil levé, le maître du château était sur pied, et son beaufrère aussi. Celui-ci lui demanda de lui permettre de l'accompagner.
— Volontiers, lui dit-il, mais, partons vite, car il est temps.
Et ils sortirent ensemble du château. Mais, à peine eurent-ils fait quelques pas :
— As-tu fermé la porte à clef sur ta sœur?
demanda le maître du château.
— Oui, oui, parrain, je l'ai fermée, répondit le prince.