LA HLLE QUI SE 1I4ARIA A UN MORT I
— Non, votre sœur, qui a contribué à me délivrer, comme vous, viendra, à présent, avec moi au paradis, et vous-même, vous nous y rejoindrez, sans tarder. Mais, il faut qu'auparavant vous retourniez à la maison, pour raconter à votre père et à votre mère et à votre frère tout ce que vous avez vu et entendu ici. Voici une lettre que vous leur remettrez, pour leur dire qu'ils ne soient pas inquiets au sujet de leur fille et sœur, car elle se rend avec moi au paradis, et si elle n'avait pas été ma femme, elle aurait été la femme du diable !
Le prince retourna, alors, â la maison et donna la lettre à lire à son père et à sa mère, et leur raconta tout ce qu'il avait vu et entendu durant son voyage. Il mourut, peu après, comme il lui avait été annoncé, et il alla rejoindre sa sœur et son beau— frère, là où ils étaient, pour rester avec eux à jamais (1).
(i) Conté par Marie -Yvonne Stéphan, servante à Pluzunet (Côtes-du-Nord). 1872.
Les éléments chrétiens mêlés à ce conte d'origine païenne doivent 'être une altération relativement moderne d'une table tréb ancienne.
Il faut aussi remarquer, et c'est sans doute encore nine altération, que, contrairement à ce que l'on voit d'ordinaire, c'est le fils .lîné, et non le cadet, qui est le héros du conte.
LA FEMME DU TRÉPAS (i)
pL y avait une vieille fille restée sans mari, sans doute parce qu'elle n*en avait jamais trouvé. Elle avait passé la quarantaine, et on lui disait souvent par plaisanterie :
— Vous vous marierez encore, Marguerite.
— Oui, oui, répondait-elle, quand le Trépas viendra me chercher.
Un jour du mois d'août, elle était seule dans la maison, occupée à préparer à manger aux batteurs, quand un personnage qu'elle ne connaissait pas entra soudain et lui demanda :
— Voulez-vous me prendre pour mari ?
(r) En breton, la mort personnifiée « Ann Ankou » est du masculin; c'est pourquoi j'emploie le mot Trépas^ au lieu de la Mort.