LA FEMME DU TRÉPAS I
— Qui êtes- VOUS ? lui dit-elle, bien étonnée.
— Le Trépas, répondit Tinconnu/
— Alors, je veux bien, vous prendre pour mari.
Et elle jeta là son bâton À bouillie, et courut à Faire à battre :
— Venez dîner, quand vous voudrez, dit-elle aux batteurs, pour moi, je m'en vais, je me marie I
— Ce n'est pas possible, Marguerite I s'écrièrent les batteurs,
— C'est comme je vous dis ; mon mari, le Trépas, est venu me chercher.
Le Trépas, avant de partir, lui dit qu'elle pouvait inviter aux noces autant de monde qu'elle voudrait, et qu'il reviendrait exactement au jour fixé. -
Quand vint le jour convenu, le fiancé arriva, comme il l'avait promis. Il y eut un grand repas, et, en se levant de table, il dit à sa femme de faire ses adieux à ses parents et à tous les invités, car elle ne devait plus les revoir. Il lui dit encore d'emporter une croûte de pain, pour la grignoter, en route, si elle avait faim, car ils devaient aller bien loin, et de dire à son plus jeune frère» qui était son filleul, encore au berceau, de venir la voir, quand il serait grand, et de se diriger toujours du côté du soleil levant.
l6 VOYAGES VERS LE SOLEIL
Marguerite fît ce qu'on lui recommandait, et ils partirent alors.
Ils allaient sur le vent, loin, bien loin, plus loin encore; si bien que Marguerite demanda s'ils n'arrivaient pas bientôt au bout de leur voyage.
— Nous avons encore un bon bout de chemin à faire, répondit le Trépas.
— Je suis bien fatiguée, et je ne puis aller plus loin, sans me reposer et manger un peu.
Et ils s'arrêtèrent, pour passer la nuit, dans une vieille chapelle.
— Grignote ta croûte de pain, si tu as faim, dit le Trépas à sa femme ; pour moi, je ne mangerai point.
Le lendemain matin, ils se remettent en route. Ils vont encore loin, bien loin, toujours plus loin ; si bien que Marguerite, fatiguée, dit de nouveau :
— Dieu, que c'est loin ! n'approchons-nous pas encore ?
— Si, nous approchons ; ne voyez- vous pas devant vous une haute muraille ?
— Oui, je voiï une haute muraille devant moi.
— C'est là qu'est ma demeure.
Ils arrivent à la haute muraille, et entrent dans une cour.
— Dieu, que c'est beau ici ! s'écria Marguerite.