LA TRUIE SAUVAGE
Trois mois après leur mariage, le gentilhomme, en se promenant un jour dans le jardin du château, vit trois belles fleurs, qu'il n'avait pas encore remarquées. Et à mesure que les fleurs croissaient et s'élevaient, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Cela lui parut de mauvais augure.
— Est-ce que ma femme serait menacée de mourir ? pensa-t-il avec douleur.
Au bout de neuf mois, sa femme mît au monde trois fils, d'une seule couche, trois enfants superbes! On les baptisa, puis on leur chercha des nourrices. Ils avaient tous les trois des cheveux d'or, et quand on les peignait, il tombait des pièces d'or de leurs têtes.
La truie avait défendu à leur père de les toucher ; il ne les voyait même que par le trou de la serrure, pendant que leurs nourrices les peignaient.
Six mois après, le père, en se promenant dans le jardin du château, vit encore trois fleurs magnifiques, et à mesure qu'elles croissaient et s'élevaient sur leurs tiges, les feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l'inquiétude à l'égard de sa femme. Mais, au bout de neuf mois, la truie donna le jour à trois autres fils, plus beaux encore que les trois premiers. On les baptisa aussi ; on leur donna des nourrices, et
Ton en prit tous les soins imaginables. Us avaient aussi des cheveux d'or, et quand leur mère les peignait, il tombait aussi des pièces d'or de leurs têtes.
Six mois après, en se promenant dans le jardin du château, le père remarqua encore trois belles fleurs, et à mesure qu'elles croissaient et que leurs tiges s'élevaient, leurs feuilles se flétrissaient et tombaient à terre. Et il en conçut encore de l'inquiétude au sujet de sa femme.
Mais, au bout de neuf mois, la truie donnait encore le jour à trois enfants, — trois petites filles, cette fois, — belles comme le jour.
Voilà neuf enfants, en moins de trois ans 1
La truie dit alors à son mari :
— Je suis à présent délivrée, grâce à toi ! Ma mère trouvait les enfants de toutes les autres femmes laids et contrefaits, et Dieu, pour la punir, lui donna une truie pour fille.
Et aussitôt elle changea de forme et devint une belle princesse (i).
G>nté par Marie-Yvonne Guézennec, de Plouaret. (i) Ce conte semble être incomplet.