PREFACE XI
et Lannion. Douée d'une intelligence médiocre, elle possède une excellente mémoire, aime avec passion les vieilles chansons et les contes merveilleux, auxquels elle n'est pas éloignée de croire, et conte simplement et avec un grand respect pour la tradition. Pileuse à la quenouille de profession, et pèlerine par procuration, elle est aussi presque constamment sur les routes, se dirigeant vers qiulque place dévote des Câtes-du-Nord, du Finistère ou du Morbihan, pour implorer le saint dont (fest la spécialité de guérir le mal de la personne qui l'envoie, ou de son cheval, ou de sa vache, ou de son porc, et rapporter une fiole pleine de Veau de sa fontaine ; car chaque chapelle, en Bretagne, a sa fontaine, dont l'eau est réputée propre à guérir quelque infirmité physique ou morale. Partout où elle passe, elle s^enquiert des traditions courantes de la localité, écoute, apprend, et, deux ou trois fois par an, je lui donne rende:^vous à Plouaret, pour me faire part des acquisitions nouvelles dont s'est enrichi son trésor. Cest vraiment étonnant tout ce qu'elle m'a chanté ou conté, et je lui ai de grandes obligations, tant pour mon recueil de Gwerzîou Breiz-Izel ou Chants populaires de la Basse-Bretagne, que pour la présente publication.
J'ai puisé à bien d'autres sources, comme on pourra
Xn PRÉFACE
Je voir, par les noms inscrits à la fin éU chacun iê ma conUs, mais u sorU U Us deux principales.
L'arrondissement de Lannûm est artaimmenl la région hreUmne où les chansons, les contes et les mystères, ou jeux sdniçues des anciens temps, se sent le mieux conservés : aussi, Vai^je déjà appelé aiUettrs VAttiquc de la Basse-Bretagne (i)» L esprit tréeerois me setnble, en effet, en générai, plus délié, plus mivert et plus cultivé que celui du ComouaHiais, mah surtout du Léonard, Dans h pays de Lion, mdgri de patientes et longues recherches, un peu sur tous les points, je n'ai trouvé de contes qu*à Vétat de frag^ ments, et encore fort peu ; les poésies chantées aussi, gwerziou et soniou, y sont rares, si ce n'est peut- Hte aux environs de Morlaix, ok Us anciens évichés de Tréguier et de Léon se trouvaient en contact. Le Léonard ne chante pas; et (piant aux manuscrits crasseux de vieux mystères, pompeusement décorés du nom de. tragédies^ je n*en ai pas trouvé un seid dans tout U Léon (2), tandis que U pays de Tréguier
(i) Dans la Préface de Sainte Ttyphine et le Roi Arthur, mystère breton en deux fournies et huit actes, texte breton et traduc- «MM fratêçaise, — > Clairet, imprimeur d Quimperli, i86j,
(a) Je nHgnore pas que le manuscrit de Sainte Nonne a itè pourtant trouvé dam la commune de Dirinon, au sud de LanderiMii ; mak c'ett dijd la Corymutille.
PRÉFACE Xin
et de Lannwn m'en a fourni une soixantaine, qui sont aujourd'hui déposés à la Bibliothèque nationale, à Paris. Dans la Comouaille, l'on chante et l'ofi conte plus que dans le Léon, surtout du côté de Huilg02t, de Cdlorec, de Plounevej^u-Faou, et j'en ai rapporté quelques contes curieux,
Morlaix possédait un théâtre breton, il n'y a pas encore plus de vingt ans, et, deux fois la semaine, on y jouait, dans la langue du pays, les Quatre fils Aymon, Huon de Bordeaux, Orson et Valentin, Sainte Tryphine, Sainte Geneviève de Brabant, le Purgatoire de Saint Patrice, et plusieurs autres pièces d*un répertoire populaire fort apprécié dans le pays. J'ai assisté plusieurs fois à ces représenta^ tions, et j'ai acquis un certain nombre des manuscrits de la troupe morlaisienne. Il est à remarquer qu'ils provenaient tous des Côtes-du-Nord, de Lannioti ou de Plwj^net, qui avaient aussi leurs troupes d'acteurs bretons.
Ces trois volumes ne contiennent pas tous les contes inédits que j'ai dans mes cahiers, bien que j'y aie reproduit quelques-uns qui avaient déjà paru dans différents recueils, comme la Revue Celtique et Mélusine. J'avais la matière de cinq volumes, au moins ; mais, l'économie matérielle de la publication m'a forcé