UNE PAGE DE LA BIBLE DITE DE CROMWELL
un hôpital, il fut accosté par ce même soldat, qui seprésenta en lui serrant fort cordialement la main et lui dit : « Vous ne me reconnaissez pas, n'jest-ce pas ? Mais moi je me souviens de vous. A vrai dire, je ne vous oublierai jamais. J'ai envers vous une dette dont je ne pourrai jamais m'acquitter. Vous vous rappelez qu'il y a plusieurs mois, vous avez distribué des Nouveaux Testaments à la gare de X... Vous m'en a\ez donné un, je l'ai mis dans mon sac, et quand je suis arrivé au front parmi les scènes affreuses de destruction, en face du danger et de la mort, alors qu'on ne savait pas ce que la minute suivante allait apporter, j'ai trouvé le temps de lire le petit livre que vous m'avez donné, je suis un homme nouveau, et c'est à votre petit livre que je le dois. Je ne sais comment je pourrai jamais assez vous remercier ! »
Un cavalier du Kansas disait : « J'ai négligé la Bible, mais je commence à m'apercevoir que, de ne pas lire ce livre, c'est comme si l'on oubliait de se laver /es dents. Cela me fait l'effet d'une sensation de malpropreté. Aussi je continue mes lectures assez assidûment à présent. »
Au Camp Custer, un simple soldat désirait un Nouveau Testament, quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire. « Je ne sais pas lire », disait-il, « mais j'aime à en sentir un dans ma poche ».
j\Xme Alice Hegan Rice, tandis qu'elle remplissait lesfonctions de bibliothécaire d'hôpital, offrit un roman à un ancien garçon de café avant d'avoir remarqué qu'il était absorbé dans la lecture de la Bible. « Non »,
dit-il, « sans lever les yeux, je ne veux rien lire avant d'avoii' vu comment ce que j'ai là va tourner », Et il faisait voir une édition de poche de l'Évangile selon Saint-Jean.
« Pendant la terrible épidémie de grippe qui a frappé notre camp avec une violence toute particulière », écrit un aumônier militaire américain, « j'ai été en rap,ports très étroits tous les jours avec les malheureuses victimes de ses ravages et je suis sûr qu'un certain nombre de jeunes gens que je connais doivent la vi.e au ssui réconfort et à la seule force que leur a donnés la lecture d'un Nouveau Testament de poche. Et beaucoup d'autres ont été fortifiés et soutenus dans leur voyage à travers la Vallée des Ténèbres par les saintes promesses sur lesquelles ils se sont appuyés si fermement ».
Un soldat du second régiment d'infanterie de Pen- «ylvanie disait à son aumônier : « Ce n'est pas la sorte de Bible que je désirais ». Comme il lui demandait de c[uelle sorte il en voulait une, il répondit : « Je veux un Ancien Testament, avec Notre Père dedans. » L'aumônier lui dit que ce livre n'avait encore jamais été publié. Le soldat répartit qu'il croyait que c'était ce qu'il désirait. « Tout au moins, je désire cette partie de la Bible que je pourrai lire tous les jours. » Quand l'aumônier lui eut déclaré qu'il pouvait en lire n'importe quelle partie chaque jour, le soldat ne se tint pas pour satisfait. Il dit : « Ma mère avait l'habitude de me lire une partie de la Bible tous les jours et c'est ce que je veux. » L'aumônier se mit alors à citer le
psaume 23. « C'est cela. C'est cela que je désire », s'écriat-il.
Il est certain que durant les guerres d'autrefois, le tonnen-e des Psaumes était un antidote contre le tonnerre de la bataille. Pendant les Croisades, il n'y eut que bien peu de batailles contre les Sarrazins, auxquelles on ne chanta pas le « Venite » du Psaume 95, le cri de guerre des Templiers.
En 1380, alors que les hordes tartares marchaient sur Moscou, Démétrius, Grand Prince de Russie, s'avança à la rencontre des envahisseurs sur les bordsdu Don. Après avoir ki le Psaume 46, « Dieu est notre refuge et notre force », il se jeta dans la mêlée, qui se termina par la défaite des Tartares.
Les Psaumes étaient le cri de guerre de Jean Sobieski^ C'est à l'un d'eux que l'Invincible Armada emprunta sa devise. C'étaient les mots de passe de Gustave Adolphe et de Cromwell, les chants de bataille des Huguenots et des Cévennois.
A la bataille de Courtrai, en 1587, les Huguenots chantèrent les versets 24 et 25 du Psaume 118. « Les poltrons ont peur », cria un jeune seigneur de la Cour du duc de Joyeuse, qui commandait les Catholiques : « Ils se confessent. Monseigneur », déclara un vétéran» ' Quand les Huguenots font cela, c'est qu'ils sont prêts à lutter jusqu'à la mort. »
Les « Invincibles » de Cromwell étaient un corps qui^ suivant la phrase de Carlyle, avait la crainte de Dieu, mais n'en connaissait pas d'autre. On ne permettait ni le pillage, ni l'ivresse, ni le désordre, ni l'impiété»
La tradition rapporte que chaque soldat de l'armée de Cromwell était porteur d'une petite Bible. Ce n'était pas une Bible complète, mais une broclim'e de 16 pages formée de citations appropriées de la version de Genève de l'Écriture Sainte, intitulée : « Bible de poche du Soldat », et imprimée, à ce qu'on présume, en 1643. Les passages choisis avaient trait à la guerre et avaient pour but de donner du nerf aux hommes pour le combat. En 1693 pendant la guerre contre la France, on réimprima cette brochure sous le titre « Bible à deux sols du Soldat Chrétien ». Et les citations étaient modifiées suivant la version du roi Jacques.
Durant la guerre civile en Grande-Bretagne, le commencement d'une bataille était souvent annoncé par le chant des Psaumes. Il en fut ainsi à la bataille de Marston Moor. En portant à sa tombe le corps de John Hampden, ses soldats chantèrent le Psaume 90, qui, depuis 1662, a pris place dans le service des morts.
Les Psaumes furent encore le cri de guerre des Hugue^ nots en 1704, lorsque Cavalier remporta sa grande victoire. C'est au chant du Psaume 48, que Roland, l'un des chefs camisards, défit les Royalistes, au Pont de Salindres, en 1709.
La lecture et la foi de ces guerriers d'antan produisirent des hommes de la trempe de Sir Richard Grenville, qui, avec ses cent hommes et sa petite frégate de 40 tonneaux, combattit contre 53 vaisseaux de guerre espagnols montés par dix mille hommes. Les dernières paroles de Sir Richard nous ont été pieusement transmises par Sir Walter Raleigh :
« C'est ici que je meurs, moi Richard Gren\'ille, l'esprit joyeux et tranquille parce que j'ai fini ma vie comme doit le faire un vrai soldat, qui a combattu pour son pays, sa reine, sa religion et son honneur. C'est pourquoi mon âme abandonne ce corps avec tant de joie, et laissera toujours derrière elle la renommée impérissable d'un vaillant et loyal soldat qui a fait son devoir comme il devait le faire. »