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LIVRES A RETRANCHEMENTS

côté des livides cartonnés, il est à propos de placer ceux dont certaines éditions offrent des passages qui ont disparu dans des réimpressions; le nombre en est considérable, et parfois des circonstances piquantes se présentent; nous nous bornerons k quelques exemples.

Diverses éditions de Virgile publiées au xv^ siècle contiennent des Priapeia attribuées fort k tort au chantre d'Enée; on les trouve dans l'édition princeps (Roma, 1469, in-fol.), où elles forment un cahier de 5 feuillets, qui ne devait pas être joint k tous les exemplaires, car il n'en est pas fait mention dans la table (il ne se trouve pas dans l'exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, mais il est incomplet d'un feuillet dans celui de la Biblio-

Ihèque nationale). Ces poésies se rencontrent dans une édition de 1472, in-folio, dans une autre (absque nota) in-fol., 223 feuillets, dans celle qu'on attribue à Philippe de Lavagnia (vers 1-473), dans celles de Leonardus Achates et de Udalric Gallus, 1473; dans celle de 1486 (Vimentice, per Joannem de Yienna); les Junte de Florence admirent ces impuretés dans leurs éditions de 1510 et de 1514; elles ne figurent que dans un seul des Virgile publiés par Aide, celui de 1505, mais Jean Petit, à Paris, se gardait bien de les élaguer de ses éditions de 1530 et de 1535; nous les retrouvons dans celle de Bâle, 1575, in-fol. (1).

Du reste, les Priapeia ont été publiées k diverses reprises soit à part, soit k la suite de Pétrone; (voir le Manuel du Libraire, lequel n'indique pas une édition (sine loco) 1781, in-8, que nous avons vue, M. V. Parisot (notice en tète des Petits poèmes de Virgile. Paris, Panckoucke, 1835), observe qu'il ne faut pas accumuler ces trop énergiques gravelures sur un bouc émissaire unique; il y a lieu de les répartir sur un groupe d'amis de Mécène et de courtisans d'Auguste. Horace, Ovide, Cinna (désigné liv. II, 435 des Tristes), Virgile lui-même, prirent part k ces jeux d'esprit.

(1) Le catalogue de la Bibliothèque Soubise, 1787, contenant celle de l'illustre J.-A. de Tiiou, présente, n» 4736, un manuscrit in-8, sur vélin : Virgilii Opéra et procaces de Priapo Joci; il fut payé 144 livres, prix élevé à cette époque.

Il existe une traduction française avec commentaires des OEuvres d'Horace, par le P. Sanadon ; (l'édition de 1728, 2 vol. in-i, offre une orthographe bizarre, abandonnée ensuite); celle avec la rubrique de Paris, 1756, 8 vol. in-12, présente dans les pièces libres des retranchements qui ne sont pas dans les exemplaires qui portent la rubrique d'Amsterdam. Le roi de Prusse, Frédéric II, s'amusa à faire réimprimer, en 1747, la traduction de Sanadon, restitutis omissis, édition royale; il n'en fut tiré, dit-on, que 24 exemplaires; nous n'en avons jamais vu qu'un seul, celui qui fut payé 44 francs à la vente Parison, en 1862, n° 894 (1).

Une fable de Phèdre, la 14*^ du livre IV, est d'une licence qui l'a fait écarter, avec raison, des éditions destinées aux collèges ; elle est d'ailleurs dans bien d'autres, entre autres dans celle de Rigault (1607), qui la commente savamment, et dans celle qui fait partie de la collection Lemaire ; elle n'a pas été

(1) Ce bibliophile fort instruit, ami intime de l'auteur du Manuel du Libraire, ne voulut jamais rien publier. Le catalogue de sa bibliothèque, précédé d'une notice intéressante, présente de beaux et bons livres. Ce fut lui qui eut la bonne fortune de trouver sur un quai l'exemplaire de César (Anvers), accompagné d'une longue note autographe de Montaigne ; il l'obtint pour une vingtaine de sous; plus tard, après une lutte acharnée, ce précieux volume fut acquis au prix de 1,450 francs (et 5 p c. pour les frais), par le duc d'Aumale. Le docteur Payen a reproduit ce passage dans ses Nouveaux Documents relatifs à Montaigne.

comprise dans la traduction que donne la Bibliothèque latine-française de Panckoucke. Elle est en latin mais non traduite, ainsi que la fable 13, donil ne reste que trois vers, dans diverses éditions, . notamment dans celle de La Haye, Gosse, 1725, comme étant contraires à l'honnêteté.

Martial, dont la licence est parfois excessive, appelait des suppressions nombreuses; ses éditeurs se sont parfois avisés de réunir les obscœna et de les placer à part, ce qui épargne la peine de les chercher. C'est ainsi qu'on trouve un cahier spécial de 50 pages dans l'édition ad nsum Delpliini (1680, in-4), et un autre de 56 pages dans l'édition de L. Smids, 1701, in-8.

L'édition princeps de VAntliologia de Planude, Florentiae, 1494, in-4 (imprimée en lettres capitales) contient une épîtredédicatoiredeJ. Lascaris à Pierre de Médicis; elle fut supprimée dans de nombreux exemplaires lorsque, dans les derniers mois de 1494, les Français envahirent l'Italie.

Les bibliophiles recherchent un ouvrage espagnol

fort curieux : Processo de cartas de amores con

un dialogo que fiabla de Las mugeres (por Castillejo). L'édition de Venise, Giolito, 1533, in-8, est la seule dans laquelle le passage relatif aux religieuses se trouve en entier.

On sait de quelle estime jouit l'ouvrage de Fr. Guicciardini : DelV istoria dltalia, libri XYl; l'édition de Fiorenza, 1561, in-foL, renferme des passages qui ont été supprimés dans quelques édi-

tîons anciennes; celle de Genève, 1621, contient, dans les livres III, IV et V, divers morceaux qu'on chercherait en vain dans les impressions précédentes; elle a reparu à diverses reprises; voir le Manuel du Libraire.

Un livre d'un autre Espagnol : Et Viage entretenido (Madrid, 1605) a subi des mutilations semblables. Le catalogue de la belle bibliothèque espagnole de Don José Miro, vendue à Paris en 1878, offre (n° 410) un exemplaire avec des passages effacés à l'encre par l'Inquisition, passages qui n'ont pas été reproduits dans les éditions suivantes, excepté dans celle de 1604.

La première édition, sans lieu ni date (Genève, 1565, au plus tard), du Traicté de la conformité du langage françois avec te grec, petit in-8, par Henry Estienne, renferme divers passages qui ont été supprimés dans la seconde (Taris, 1569), notamment celui dirigé contre le pape,au verso du 14«feuillet préliminaire. L'avis au lecteur, placé à la fin du second volume et terminé par un passage sur l'orthographe du livre, ne figure pas dans la réimpression.

Un autre ouvrage d'Henry Estienne, Ylntroduction au traité de la conformité de merveilles (ou Apologie pour Hérodote) présente une circonstance semblable; l'édition originale, novembre 1566, offre des passages qui ne se trouvent pas dans la réimpression, et il y a des exemplaires où la feuille S a été changée afin de faire disparaître un passage licencieux; le Manuel cite un exemplaire intact, adjugé à

145 francs, vente Berlin ; à celle L. de M., en 1876, un autre exemplaire, relié en maroquin, a été porté à 415 francs.

Diverses éditions des poésies de Ronsard renferment des pièces qu'il fut jugé nécessaire de ne pas reproduire; elles ont été réunies dans un volume intitulé :

Recueil des sonnetz, odes, élégies et aiUtres pièces

retranchées des œuvres de P. de Ronsard. Paris,

1609, in-12.

Un littérateur distingué, un poète charmant, M. Prosper Blanchemain, avant d'entreprendre son excellente édition des OEuvres de Ronsard. 1858, 10 vol. in 16, avait publié, en 1855 (Paris, Aiibry, petit in-8), les OEuvres inédites de l'écrivain. Il y a placé les vers supprimés dans la Franciade, poème fort oublié aujourd'hui.

Ronsard, en révisant et corrigeant l'édition de 1584, in-folio, a fait disparaître un certain nombre de pièces que l'habit ecclésiastique dont il s'était revêtu et les circonstances politiques du temps ne permettaient pas d'avouer, la plupart étaient l'œuvre de sa jeunesse. Le Discours sur les misères de ce temps a subi de grands changements; on observe la suppression de 16 vers qui, dans l'édition de 1552, aussi bien que dans celle de 1567, se lisent après celui-ci :

De son sceptre royal ont médité la perte.

Un jésuite espagnol, Jean Mariana, publia en

1599, à Tolède, un volume qui fit du bruit : De rege et régis institutione libris III; il avançait qu'en certains cas, il est permis de donner la mort à un roi; il excusait le crime de Jacques Clément; le Parlement de Paris condamna l'ouvrage, et le gouvernement français en réclama la suppression auprès de la cour d'Espagne. Diverses réimpressions ont eu lieu, mais elles sont tronquées et sans valeur. Voir l'article consacré par M. L. Joubert à Mariana, dans la Nouvelle Bibliographie générale, t. XXXIII, col. 618, et une notice de M. Ad. Franck, membre de l'Institut : Revue contemporaine, 2^ série, t. XV (juin 1860).

Nous n'avons pas l'intention de parler avec quelques détails de l'illustre Tabarin ; M. Leber a laissé peu de chose à dire à l'égard de ce farceur célèbre (voir les Plaisantes recherches d'un homme grave), disons seulement que la première édition du Recueil général des rencontres (Paris, 1622, pet. in-12) contient une question, la 8^ qui, trop forte de sel tabarinique, n'a pas reparu dans les réimpressions du xvu" siècle. Les questions 20 et 52, quelque peu risquées, ont de même été supprimées, mais seulement après une seconde épreuve. Toutes ces grosses plaisanteries ont d'ailleurs été reproduites dans les deux éditions de Tabarin, publiées simultanément en 1858; l'une fait partie de la Bibliothèque elzévirienne, l'autre a été publiée par le libraire Dclahaye. Voir, dans le Bulletin du bibliophile, 1858, p. 1262-

1269, un article intitulé : De Tnbnriu et de ses nouveaux éditfiirs.

Un volume intitulé : Poésies diverses et autres œuvres galantes du sieur de G*** (Cantenac), Paris, 1662, in-12, est sorti de l'oubli oui il méritait de rester, parce qu'il contient entre les pages 102 et 105 une pièce licencieuse : YOccasion perdue et retrouvée, qui a été attribuée à Pierre Corneille; cette assertion inséréedains\eCarpentariana{\lM,\i. 264), a été vivement contestée par divers auteurs; elle a été soutenue par un bibliophile fort distingué qui publia, en 1862, une nouvelle édition de ce petit poème (1). (Voir l'édition de Corneille, publiée par M. Marty-Lavaux, (Paris, Hachette), préface du tome VIII, et la J5i/)//o- (jrapkie cornélienne, par M. E. Picot. (Paris, A. Fontaines, 1876, p. 230). Quoi qu'il en soit, YOccasion fit scandale, elle dut disparaître des exemplaires non vendus ; elle avait d'ailleurs, dès 1655, paru dans divers recueils (notamment dans VEslite des plus belles poésies de ce temps, Paris, Veuve Pepingué, 1658, in-12, où elle forme un cahier intercalé de 50 pages imprimées à part et manquant dans la plupart des exemplaires. Après 1662, elle se monti'e encore jusqu'en 1737 dans des collections de Poésies héroïques et gaillardes, publiées en Hollande.

(1) Consulter une notice intitulée : L'Occasion perdue et retrouvée est-elle de Corneille? p 210-230 des Dissertations bibliographiques par P. L. (Paul Lacroix) Jacob, bibliophile. Paris, 1^64, iu-12.

Le fameux Dictionnaire français de Richelet, défendu lors de sa publication, à cause des hardiesses de divers genres qu'il renfermait, offre, dans les éditions &' Amsterdam, 1700, in-foL, et dans celle de Genève, 1710, in-4, des passages satiriques qui ne sont pas dans celle de 1680, 2 vol. in-4. Consulter k cet égard une notice curieuse insérée au Butletin du Bibliophile, 1855, p. 476.

De nombreuses éditions de Boileau, destinées aux écoles ou aux collèges, ont subi des retranchements considérables. Parfois, on ne s'est pas contenté de supprimer un assez grand nombre de vers ; on a introduit dans quelques passages des changements qui n'auraient sans doute pas reçu l'assentiment du célèbre satirique. Renvoyons aux indications que fournit à cet égard M. Berriat Saint-Prix, dans sa très-bonne édition de Boileau, 1828, 4 vol. in-8.

Molière ne pouvait échapper au zèle des correcteurs; M. Paul Lacroix consacre la 16^ section (pages 145-147) de sa très-consciencieuse Bibliographie moliéresque (Paris, A. Fontaine, 1875, in-8) à l'indication des comédies expurgées pour la jeunesse. Un certain Altcyrac k Gambray, s'évertuait k cet égard en 1806 ; V Avare, le Bourgeois gentilhomme, le Malade imaginaire ont passé par ses mains; il changeait les titres et supprimait les rôles de femmes. Il existe un Molière de la jeunesse (Lyon, 2 vol. in-18) où, ne se bornant pas k des mutilations ou k des changements, on a introduit

des tirades complètement étrangères à Timmortel comique. N'oublions pas une édition « épurée pour la jeunesse, » 1869, in-8; Tarrangeur a châtré et réduit toutes les comédies dont il s'est emparé; de plus, il a souvent substitué sa prose et ses vers au texte original.

L'avidité avec laquelle on recherche tout ce qui se rattache k notre immortel Molière, a ramené l'attention publique sur un libelle intitulé: La Fameuse comédienne, ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière. Francfort (Hollande), 1688, pet. in-12.

Cette édition contient (p. 42 et 43), ainsi que celle de Francfort, 1697, un passage relatif au duc de Bellegarde, au comédien Baron et à Molière ; ce passage a été retranché dans l'édition intitulée : Les Intrigues de Molière et celles de sa femme (s. 1. n. d.) in-12, 88 pages.

L'attention minutieuse avec laquelle on étudie aujourd'hui tout ce qui concerne Molière a donné de l'importance ii ce libelle ; il a obtenu deux réimpressions récentes; l'une en 1870 par les soins de M. Jules Bonassies, avec de savantes notes, l'autre en 1876, avec préface et notes par M. Ch. Livet (in-18, XXII et 235 pages), les notes commencent à la page 85; elles ont pour but de combattre les calomnies du pamphlet.

On ignore quel est l'auteur de cet écrit : Voir de longs détails à cet égard, dans le Dictionnaire des Anonymes de Barbier, t. II, 424 (3^ édition, revue

et fort augmentée. Paris, librairie Daffis). M. Paul Lacroix a cru pouvoir attribuer le petit volume en question à La Fontaine (ce qui a été fort contesté); il Fa môme inséré dans les OEuvres inédites de La Fontaine, qu'il a publiées en 1863 (Paris, Hachette); cette réimpression ne contient pas les passages supprimés, mais ils sont rétablis dans une réimpression faisant partie de la Collection moliéresque, publiée également par M. Lacroix (Genève, Gay, 1868, in-12, 79 p.); voir aussi la Bibliographie moliéresque, véritable monument élevé par cet infatigable travailleur à la gloire de l'immortel auteur du Misanthrope (Paris, A. Fontaine, 1875, n" 1171- 1176, p. 251-253).

11 a été avancé que Montesquieu voulant vaincre l'opposition que son admission à l'Académie française éprouvait de la part du cardinal de Fleury, présenta à Son Éminence une réimpression qu'il avait faite des Lettres persanes; les passages trop risqués avaient disparu.

Le Catalogue des rôles gascons et françois conservés dans la Tour de Londres (rédigé par Carte, et traduit par de Palmeure). 1743, in-fol., contenait une préface de l'écrivain anglais; on jugea à propos, après coup, de la faire disparaître ; elle fut remplacée par une autre que composa Bougainville.

Le sombre roijian de M. -G. Lewis : The Mo7ik (il y en a des traductions françaises), publié à Londres en 1798, 3 vol. in-12, fit scandale; dans des éditions suivantes, les passages susceptibles d'offenser

la décence, et des citations inopportunes de la Bible furent retranchés; depuis, le texte primitifs a été reimprimé.

Un libraire, bibliophile et bibliographe fort distingué, Renouard, publia, en 1810, une belle édition des OEuvres de Massillon, en 13 volumes in-8; on dit, on imprima qu'elle était mutilée, que la censure impériale y avait fait de nombreux changements, de scandaleuses aUérations; Renouard s'empressa de démentir cette fausseté; des avis insérés dans les journaux du temps et dans les catalogues, montrèrent la fausseté de cette prétendue mutilation; elle fut toutefois, en 1817, reproduite par un journaliste qui avança que, sous le régime impérial, il s'était fait une édition du célèbre sermonnaire diminuée à L'usage des sujets du conquérant. Renouard répliqua en offrant dix louis pour toute expression changée ou modifiée, non conforme à l'édition de 1745, qu'on trouverait dans la sienne.

Une brochure de circonstance annonça, en 18U, que dans une édition du Petit Carême, un long passage {tout ce qui Lui paraîtra gtorieux deviendra Légitime) avait été supprimé par ordre de la censure, mais c'est de pure invention, car jamais celte édition mutilée n'a pu être découverte.

Les Mémoires de Casanova de Seingalt ont été l'objet de mutilations et d'adoucissements extrêmes dans l'édition publiée par Aubertde Vitry, en 1828, in-12; l'impudente effronterie avec laquelle l'auda-

deux aventurier vénitien raconte les écarts de son orageuse carrière ont disparu, mais ils se retrouvent dans des éditions plus récentes, et parmi ces éditions, il en est une, publiée à Bruxelles, qui offre parfois des différences sensibles avec les éditions française. La bibliographie casanovienne offre encore bien des obscurités, et il paraît inadmissible d'attribuer à cet Italien, qui parlait mal notre langue, une rédaction en excellent français et d'un style vif et animé. D'autres écrits portant le nom de Casanova et retouchés sans doute, sont fort lourds et fort ennuyeux {]); M. Paul Lacroix a émis l'idée que Henri Beyle (Stendahl) avait pu être l'arrangeur des Mémoires, mais ce n'est qu'une conjecture.

La Sorcière de Michelet se présente k notre souvenir ; les éditions belges postérieures à celle de Paris, novembre 1862 (ainsi porte la rubrique), renferment des passages qui manquent à la première, mais elles sont elles-mêmes incomplètes de deux pages relatives au procès du Père Girard et de la Cadière, supprimées sur les épreuves sans doute par un scrupule de l'éditeur.

Ce desideratum se retrouve d'ailleurs dans la préface d'une édition de Thérèse philosophe, publiée à Bruxelles en 1866; on sait que ce roman plus que libre met en scène, sous les noms de Darig

(1) Icosaméron, ou Histoire d'Edouard et d'Elisabeth. M. Larchey a parlé avec détails de ce livre, fort oublié, dans le Bibliophile français.

et d'Emdice, les deux personnages du célèbre procès jugé à Aix, en 1732, et qui préoccupa l'Europe entière; un jésuite n'était-il pas en cause? Nous empruntons ce détail à V Intermédiaire des chercheurs et des curieux, n° de mai 1878 (t. XI, p. 276). On pourrait citer quelques ouvrages où le texte n'a pas été modifié, mais qui présentent des gravures cartonnées; c'est ainsi que dans un volume in-folio, publié par l'infatigable abbé Michel de Marolles (1) : Tabieaux du Temple des Miises. Paris, 1655, in-fol., l'estampe de Salmacis et Hermaphrodite, gravée par Bloemaert ayant été, après coup, envisagée comme trop libre, a été remplacée par une autre estampe gravée par Poilly; il est fort difficile de rencontrer des exemplaires où cette figure se trouve en double (2). Quelques estampes gravées pour l'édition des Contes de La Fontaine (1762, 2 vol. in-8), furent écartées, et elles donnent une valeur particulière aux très-rares exemplaires qui en renferment la suite plus ou moins complète. Parfois aussi les estampes, sans être supprimées, ont

(1) Très-mauvais prosateur, poète détestable, Marolles s est du moins fait connaître comme amateur d'estanapes ; c'est à ce point de vue quun iconographe des plus distingués, M. G-eorge Duplessis, la envisagé dans une notice intéressante (P^r/5, Rapilly, 1869, in-8). Sainte-Beuve avait déjà consacré à cette figure originale une de ses Causeries du Lundi.

(2) Ce nest pas la seule différence qu'on remarque entre divers exemplaires de ce recueil. Voir V Abécédaire de P. Mariette, p. 137.

98 LIVRES CARTONNES

éprouvé des changements, et celles de premier état ont, aux yeux des amateurs, un prix tout spécial. Il en est ainsi, pour l'édition gravée du Temple de Gnide de Montesquieu, 1772; voirie Guide de l'amateur de livres à figures et à vignettes, par H. Cohen, 1876, col. 312.

Parmi les livres k figures cartonnées se place le recueil publié par Perrault :

Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle. Paris, 1696-1700, 2 vol. gr. in-fol.

La censure exigea la suppression des portraits d'Arnauld et de Pascal; on mit à leur lieu, pour combler la lacune, ceux de Thomassin et de Du Gange; plus tard, il fut permis de remettre en place les deux images proscrites pour cause de jansénisme. Des exemplaires où se trouveraient ces deux portraits et leurs remplaçants auraient de la valeur; un bel exemplaire, en grand papier, 995 francs, vente Radziwill, mais en condition ordinaire le prix est peu élevé. Une description de ce recueil se trouve dans le Peintre graveur français, de M. Robert-Dumesnil, t. IV, p. 228.

N'oublions pas deux estampes de Hogarth, un peu risquées, Befoi^e and after (Avant et après); elles sont presque toutes absentes de la collection des œuvres de cet artiste si cher aux Anglais.

Quelques indications nouvelles, parvenues pendant l'impression, nous mettent k même d'ajouter les articles suivants :

CHANSONS FOLASTRES DE Gaultier Garguille. Paris, Claudin, 1858, in-18.

La Querelle de G. G. et de sa femme, facétie quelque peu salée; a nécessité un carton qui a été introduit dans la plupart des exemplaires.

Une fort bonne édition de ces chansons grivoises fait partie de la Bibliothèque elzévirienne\ elle se recommande surtout par une savante et fort curieuse introduction de M. Ed. Fournier (CXII pages), relative à la farce et à la chanson en France, avant 1660.

L'édition originale, Paris, 1632, in-12, est entrée dans la classe des livres précieux; l'exemplaire Nodier, payé 65 francs, a été revendu 145 francs, Desq; celui de De Bure, 280 francs, est monté à 465 francs, Ghedeau et k 580 francs, L. de M. n° 499.

M. Philippe de Ghennevières donne sur Gaultier Garguille des détails amusants dans ses Histoires baguenaudières, mais ils sont dus k l'imagination du narrateur.

IGONOGRAPHIE des estampes a sujets galants et des portraits de femmes célèbres par leur beauté. Genève, Gay, 1868, in-8 k 2 colonnes.

Des passages relatifs k des portraits de l'ex-famille impériale ont été supprimés dans un grand nombre d'exemplaires destinés k entrer en France et remplacés par des cartons.

100 ^ LIVRES CARTONNES.

Le catalogue de la vente de la bibliothèque de M. Aug. Poulet-Malassis (1«'" juillet 1878) nous fournit les indications suivantes :

Les Odes funambulesques par Théodore de Banville. Atençon, 1857, in-18. Exemplaire avec le carton de la Chanson de Coiinette, remplacée, p. 41, par une méditation poétique et littéraire.

La Légende des siècles, par Victor Hugo. Bruxelles, 1859, 2 vol. in-8. Dans une lettre adressée k M. Gh. Baudelaire, le poète dit avoir fait faire, pour des virgules, onze cartons.

OEuvres inédites de Plron, publiées par Henri Bonhomme. Paris, 1859, in-8. Deux cartons, p. Xni-XÏV et 87-88.

Au moment de mettre sous presse, nous sommes redevables à l'infatigable obligeance de M. le baron Jérôme Pichon de quelques informations nouvelles. Il existe un volume fort oublié : Cléon à Eudoxe, touchant le Mém. des chirurgieris contre la prééminence de lamédecine sur la chirurgie, ii&rAudry. 1739. Un médecin distingué, M. le docteur L. Paulmier possède un exemplaire rempli de cartons au nombre de 30 préparés pour une nouvelle édition (delà main de l'auteur) qui n'a jamais été imprimée. Une Géométrie de Fréard du Gastel de Bayeux dans les mêmes conditions. Mais, k la rigueur, ces nouvelles éditions n'ayant pas paru, ce ne sont pas ])récisément des livres cartonnés. 11 n'en est pas de même du livre de M. de Lescure : les Maîtresses du Régent, 1860; des cartons p. 103 et 323.

Sans craindre, Iris, que le monde en murmure, Bois quatre coups de ce jus précieux ;

Et je le jure

Par tes beaux yeux.

Que quand la nuit aura voilé les cieux, Quatre autres coups finiront l'aventure.

lo Curieuse petite note sur le mari de M'"^ de Prée. — « M. de P., qui est bon homme, dit qu'il ne se mêle pas de donner des chevaux à sa femme, lorsqu'elle va à la chasse à Chantilly, parce que le duc la monte. Il veut dire qu'il la fournit de chevaux. Il dit à tout moment : « je suis ravi de ca, » et on lui a donné le nom de M. Ravi de ça. (Journ. de Math. Marais, 22 juin 1720.)

Nous ne saurions d'ailleurs trop le redire; notre essai, dont, mieux que personne, nous connaissons toutes les imperfections, n'a d'autre but que de provoquer les recherches d'autres bibliographes plus libres de leur temps, disposant de facilités que nous n'avons pas ; puisse-t-il en résulter un jour k l'égard des livres cartonnés un travail à peu près complet (l'absolu est impossible) et offrant pour chaque ouvrage les passages substitués mis en regard des textes originaux qu'il a fallu modifier.

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