‹ Les livres cartonnésChapitre 3 sur 4 · ARDOUIN. COLLECTIO CONCILIORUM · texte numérisé non relu

ARDOUIN. COLLECTIO CONCILIORUM

12 vol. in-fol.

Le Parlement de Paris, sur un rapport de six docteurs de Sorbonne, interdit la vente jusqu'à ce que de nombreux cartons eussent été faits et intercalés dans ce vaste recueil. L'éditeur fut accusé d'avoir supprimé plusieurs pièces importantes, de les avoir remplacées par des pièces apocryphes et d'avoir avancé des propositions contraires aux maximes de l'église gallicane. La collection embrasse les conciles tenus depuis l'an 34 jusqu'en 1714.

(1) Il en a été rendu compte dans la Correspondance littéraire, t. III, p. 401 ; voir aussi un article de M. Francis Wey, dans le Bulletin du Bibliophile, 14« série (1859), p. 468-476.

Nous n'avons pas ici à rappeler la bizarrerie des opinions soutenues en fait d'histoire et d'archéologie par le jésuite Hardouin (mort en 1729); le savant évoque d'Avranches, Huet, lui reprochait avec raison son effrénée et intarissable paradoxotogie.

HARTSHORNE. Ancient metrical Talés. 1846.

Un passage peu décent a réclamé un carton.

HELVETIUS, De l'Esprit, 1753, in-4«.

Inutile de rappeler le scandale que produisit la publication de ce livre qui fit alors grand bruit et que personne ne lit aujourd'hui. En vain l'auteur introduisit dans son texte primitif des cartons (d'ailleurs de peu d'importance) et multiplia des rétractations; le Parlement, les prélats, la Sorbonne, la cour de Rome firent pleuvoir sur lui les condamnations. Parmi les travaux qu'on peut consulter au sujet d'Helvetius, nous indiquerons un bon article de M. L. Louvet, dans la Nouvelle Biographie générale. (Paris. Didot) tome XXIII, col. 875-886, et un mémoire de M. Damiron, inséré dans le tome IX des Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, et réimprimé dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la philosophie au xix« siècle.

Le censeur Terrier, employé aux affaires étrangères, ayant trop légèrement approuvé le livre de YEspinty perdit son emploi, et pour se moquer de lui, on fit circuler un prétendu errata qui reproduisait les passages retranchés.

HERMANT (Jean). Histoire du diocèse de Bayeux,

Caen, 1705, in-4, 1^'^ partie (les deux suivantes sont restées inédites).

Cet ouvrage contenait un passage désobligeant pour l'abbé de Glioisy, qui fut dignitaire de l'église en question; il fut retranché par égard pour ce singulier ecclésiastique, dont la biographie ne saurait faire partie des Histoires édifiantes. Sainte- Beuve lui a consacré un piquant article dans les Causeries du tundi, tome IIL

Voici le passage supprimé :

Page 493, ligne 10. « Mais soit que le séjour de )) Paris eût pour lui plus d'agrément que la ville de )) Bayeux, soit qu'il ne crût pas pouvoir remplir les

)) fonctions de son ministère il s'en démit en

)) faveur de M. l'abbé de Pibrac. Si M. l'abbé de )) Choisy n'a pas eu ce semble tous les égards pour )) un corps aussi illustre que celui de l'église de )) Bayeux, en lui remettant une dignité qu'il tenait )) si généreusement de lui, il mérite beaucoup de )) louanges d'avoir jeté les yeux sur un aussi digne )) sujet. ))

Il paraît que ces lignes furent signalées à l'auteur car dans certains exemplaires, le feuillet 493 a été supprimé et remplacé par un autre où ce passage ne se trouve pas.

Contre l'ordinaire, c'est le feuillet à malices qui est le plus commun (1).

(1) Nous devons ce renseignement à l'obligeance d'un des bibliophiles les plus distingués et les plus instruits de Paris, M. le baron Jérôme Pichon.

HILLER (Louis-Henri). Mysterium autis sténo - GRAPHICS., Ulmœ, 1682, in-8, 478 p. et 6 pages d'errata, tant les fautes d'impression sont nombreuses.

Cet ouvrage qui ne s'adapte spécialement qu'au latin*, à Tallemand, au français et à Fitalien, est aussi exact et beaucoup plus complet que YArs decifratoiiaj de Breithaupt, mais il est moins méthodique.

ULLEMIER(M"^^ Alexandrine), sage-femme de la Faculté de Paris. — Mémoires d'une sage-femme. Paris, Dumont, 1835, 2 vol.

in-8.

Une édition annoncée comme la seconde (même année) ne diffère que par l'insertion de fort nombreux cartons. M""*^ JuUemier avait été très-bien avec un médecin spécialiste fort connu, M. Giraudeau de Saint-Gervais; s'étant brouillée, elle se vengea en insérant dans ses souvenirs bien des choses de nature à déplaire au docteur et h sa famille. Celui-ci exigea des cartons et, dans la seconde édition, dans les endroits où on lisait « le docteur Giraud...., ou M. de Saint-Gervais, on trouve le docteur Decorde. D'autres noms propres ont été modifiés, ainsi quo des noms géographiques. On peut lire dans les Siiperclieries littéraires dévoilées par Quérard (2^édit. revue et augmentée par MM. P. Jannet et G. Brunet, Paris. Daffis, 1869), tome II, -480, un long exemple de ces suppressions.

Les Mémoires de M'"« Jullemier ont été rédigés

par M. Touchard-Lafosse, romancier et compilateur actif, dont les nombreux ouvrages sont fort oubliés.

OTZEBUE. (Auguste), Souvenirs de Paris EN 1804. Traduit de l'allemand avec des notes. Paris. Barba, 1805, 2 vol. in-12. Cette traduction est due au dramaturge Guilbert de Pixerécourt; un chapitre intitulé : Le Premier Consul et ses entours touchait k des points bien délicats; il effaroucha l'ombrageuse poKce que dirigeait Fouché, elle exigea des cartons. Même sort fut réservé à la traduction d'un autre écrit de Kotzebue : Souvenirs de voyage. 1806, 4 vol. in-12 (1).

A BAUMELLE. Mémoires pour servir a l'histoire de M""« de Maintenon. 1754. ^|l5 vol. in-12.

Cet ouvrage ne put circuler qu'après avoir été cartonné; les exemplaires qui ont conservé le texte primitif sont fort rares. Voir Quérard, France littéraire, t. IV, p. 202. Ces Mémoires valurent à l'auteur une détention k la Bastille, il y passa plus d'un an.

LA BRUYÈRE. Paris, 1802. 3 vol. in-12.

Edition pubUée par Renouard, qui raconte (Cat. d'un amateur, t. I, p. 222) la cause assez bizarre

(1) Un très-petit nombre d'exemplaires contiennent, à la fin du ler volume, le chapitre intitulé : Le Premier Consul et ses entours, dont la police impériale exigea rigoureusement la suppression. »

qui amena un feuillet double, ou carton, à la page 240 du tome l'' :

« Ennuyé de l'insignifiante clef qu'on conserva )) malgré moi, j'écrivis un jour sur une épreuve où » il était fait mention du mariage d'un M. Vedeau )) avec une demoiselle Genou : fen suis bien aise ; )) j'oubliai d'effacer ces mots, et le compositeur les )) introduisit dans le livre. »

LA CAILLE (imprimeur et libraire à Paris, mort en 1733). Histoire de limprbierie. 1689, in-4.

Dans quelques exemplaires, les pages 5 à 16 sont remplacées par un carton de 12 feuillets non chiffrés, et les pages 53 à 60 par un autre de 18 feuillets, également non chiffrés ; les trois portraits (qu'il faut sans doute reléguer parmi les apocryphes de la peinture) de Gutenberg, de Fust et d'Ulric Gering, se trouvent placés parmi ces cartons. Le Mamiet du Libraire indique quelques autres différences. A la vente de Bure, en 1849, on a payé 50 francs un exemplaire non cartonné de ce livre fort peu exact, mais qui mérite encore d'être consulté, en raison de quelques renseignements qu'il renferme ; il a été apprécié avec sévérité par Prosper Marchand, Fournier et Née de La Rochelle. L'auteur avait laissé un exemplaire chargé de corrections et d'additions en vue d'une seconde édition qui n'a point vu le jour.

LA SABLIÈRE (de). Madrigaux. Paris, Barbin, 1680, in-12.

42 LIVllES CARTONNÉS

Le feuillet contenant les pages 7 et 8 a été cartonné, et il ne se trouve que dans un petit nombre d'exemplaires; il contient le madrigal : Divine Iris, dans le mystère.

Un bel exemplaire, avec le feuillet supprimé, a été payé 59 francs, vente Veinant, n°469.

LENGLET DU FRESNOY (Nie.) Méthode pour ÉTUDIER l'histoire. Paris, 1729. 4 vol. in-4°. Supplément, 1740. 2 vol. in-4'^.

« Il y a quelques exemplaires sur très-grand part pier, in-folio qui ont l'avantage de n'avoir subi )) qu'une partie des retranchements très-nombreux )) qui ont été faits à l'ouvrage par le censeur. Un » exemplaire unique, sans aucun carton, ayant » appartenu à de Boze, censeur de l'ouvrage, a été )) payé 1,500 francs, mar. citron, à la vente Camus » de Limare, en 1786. (Manuel du Libraire.) »

Histoire de Jeanne d'Arc. Paris, 1753-54. 3 parties en 2 vol. pet. in-12.

Selon les éditeurs de la Bibliothèque historique de la France, t. IV, p. 291, cette édition contient des passages (dans la préface de l'ouvrage et l'avertissement de la 3"^^ psrtie) qui ne se trouvent pas dans celle d'Amsterdam (Paris), 1759. 3 tomes in-12.

C'était un singulier ecclésiastique que l'abbé Lenglct du Fresnoy; ses éditions de Marot et de Régnier montrent qu'il ne s'effarouchait pas d'une liberté de langage assez vive, mais ce qui est plus grave, c'est qu'on lui attribue la révision de l'édition

du Cabinet satyrique, sans lieu ni date, 2 vol. in-12, portant sur le frontispice : Au mont Parnasse, de fimprimérie de messer Apollon, L'année satyriqtie, édition recherchée d'ailleurs et dont un bel exemplaire a été adjugé 134 francs à la vente Chaponay.

Plan de l'histoire générale et particulière de LA MONARCHIE FRANÇOISE. Pavis, 1753. 3 vol. in-12.

Cet ouvrage a subi un certain nombre de cartons; les passages retranchés ont été indiqués en détail au Bulletin du Bibliopfiile, 1874, p. 275-284; il n'est pas fait mention de ces changements dans les Mémoires de Michaut sur Lenglet du Fresnoy, 1761, in-12.

Voici quelques exemples de ces adoucissements :

L'Académie des sciences commente et s'occupe non de phrases, de mots et de paroles, mais de choses utiles. (Les mots en italiques retranchés.)

Chamillard, qui n'entendait rien à la guerre. (Même observation.)

Desmarets, quoique ministre sage, et intelligent,

fut obligé Remplacé par : Un ministre très-sage

et trôs-intelligent.

Élection du roi de Pologne à force de basses intrigues. (Le mot basses retranché.)

LESPINOY (Ph. de). Recherches de^ antiquités de Flandres. Douay, 1631, in-fol.

L'ESTOILE (Pierre de). Journal du règne de Henri IIL Paris, 1741 et 1744. 9 vol. in-8. Les bibliophiles recherchent les exemplaires sans

cartons, c'est-à-dire ceux où les feuillets supprimés ont été conservés ; il y a trois sortes d'exemplaires : l*' ceux qui ont été cartonnés et qui ne donnent pas les passages mis à l'index ; 2° ceux qui ont conservé ' les feuillets mis à l'index mais sans avoir conservé les feuillets qui devaient les remplacer; 3<> ceux qui ont les uns et les autres, avec les feuillets doubles placés à la fm des volumes ou à côté l'un de l'autre. Le Bulletin du Bibliophile, S'"^ série, 4830, p. 949- 953, contient un article signé J. T. et indiquant les passages modifiés dans les cinq premiers volumes, les seuls, à ce qu'il paraît, qui aient été cartonnés.

Voici quelques exemples de ces suppressions :

T. II, p. 30, texte primitif. Battre ses ennemis, mais hélas ! le bon prince ne se donnait pas de tels soins; il avait ses mignons et à imaginer de quelle manière il s'habillerait le lendemain et quelle nouvelle mode il inventerait.

T. II, p. 106. Les capucins voulurent être de la partie, car de quoy ne sont-ils pas?

T. II, p. 169. Qu'on a extrait fidèlement de leurs registres; cette définition ne fait pas honneur k la faculté de théologie.

T. II, p. 317. Henri Estienne, qui croyait à peine en Dieu.

T. II, p. 358. Depuis ce temps, tous les Montesquiou sont en horreur à la maison de Condé.

LIBER CONFORMITATUM (Vrr^ S. Francisci ao viTAM J.-G*) (Auth. F. Bartholomaî degli Albizzi), Mediôlani, 1510, in-fol.

Les absurdités contenues dans ce volume lui ont donné une célébrité peu enviable; il a été réimprimé sans changement, dans la même ville, en 1513, mais la réimpression de Bologne, 1590, sous le titre de Liber aureus, inscriptus liber conformitatum, a éprouvé des altérations considérables, ainsi que celles de 1620 et de 1625.

Les réformés s'emparèrent avec empressement de cet amas de légendes ridicules ; un des disciples de Luther, Conrad Badins en publia sous le titre d'Aicoranus Francisionorum (Francfort, 1540) un extrait malveillant qui obtint plusieurs éditions et dont une traduction française {Genève, 1560) a été réimprimée k diverses reprises (1). Entre autres histoires peu vraisemblables, signalons celle du loup enragé guéri par le saint, parce qu'il promet de ne plus faire du mal à personne, mais avec la condition qu'on aura soin de le nourrir.

LOMAZZO, Trattâto della pittura, Milano, 1584, in-4.

Dans quelques exempt, on trouve à la fin un carton renfermant un chapitre supplémentaire k placer k la page 328, après le chap. 16 du livre IL

(1) Voir au Manuel du Libraire des détails sur cette édition. On recherche celle d'Amsterdam, 1734. 3 vol. in- 12, à cause des gravures de Bernard Picart, quoiqu'elles se ressentent de la vieillesse de ce laborieux artiste ; de beaux exemplaires ont été payés 305 fr., vente Radziwill, no 1291 et 160 fr. J.-Ch. Bruuet, n» 582.

LONGINE. Delli Ultizza de dise, Trad. du P. Pinelli, Padovo, 1639.

LONGUERUANA. Berlin (Paris), 1773. 3 tomes in-12.

L'abbé Dufour de Longuerue, né en 1652, mort en 1733, personnage instruit, caustique et mordant, se piquait fort peu de politesse. Le manuscrit de cet Ana se trouva dans les papiers de l'abbé Goujet et fut publié par Desmarets, mais la censure exigea divers carions. Une réim^pression forma le tome second des Opuscules fugitives sur l'autorité ecclésiastique. Yverdun, 1786-87. Londres, 1788. Voir aussi Peignot, Répertoire de bibliographies spéciales, 1810, p. 235.

Lettres sur l'éducation des princes (par de Fontenay), 1746. Edimbourg, John Free Man (Paris, Banez).

Un passage relatif au Prétendant, page LXXXVIII, fut remplacé par un carton.

C'est, le seul ouvrage que la France littéraire de Quérard mette sur le compte de cet auteur.

LUCIEN. (EuvRES traduites par Bellin deBallu. Paris, 1788. 6 vol. in-8.

Dans la plupart des exemplaires, les erratas des cinq premiers volumes ont été retranchés, et il se trouve, entre les pages 184 et 185 du 3'"'' volume, un carton destiné à remplir une lacune.

Ce carton a été occasionné par des hardiesses qui, en Grèce, ne scandalisaient personne.

« Mais le lecteur français veut être respecté. »

LUCRÈCE, traduit par La Grange, an IL 2 voL in-4.

Deux feuilles, réimprimées pour faire disparaître des fautes qui avaient échappé au correcteur, ne se trouvent que dans un très-petit nombre d'exemplaires.

LUCRÈCE, traduit en vers par de Pongerville.

La seconde édition, datée de 1828, n'est autre chose que la première, sauf quelques cartons destinés à introduire des morceaux retouchés. On en a d'ailleurs retranché l'épître dédicatoire à Louis XVIII (1) et les pages XLVII à LXXII des pièces préhminaires qui contiennent une notice sur Epicure et des fragments des écrits de ce philosophe, d'après les manuscrits trouvés k Herculanum. Circonstance dont il n'y a peut-être point d'autre exemple ; Pongerville, après avoir traduit Lucrèce en vers, en donna une autre traduction en prose (Paris, 1829-32. 2 vol. in-8), qui fut réimprimée en 1836, quoiqu'elle n'obtint qu'un médiocre succès. Quant à la traduction en vers, le Manuel du Libraire dit : Beaux vers, mais qui manquent d'exactitude »; selon la Revue critique, habituellement sévère : « Le délayage de Pongerville ne compte pas, » (no du 8 décembre 1866); article rendant

(1) Louis XVIII, ami fervent de la littérature latine, fit accorder d'efficaces encouragements à la volumineuse collection entreprise par Lemaire, mais il stipula que Lucrèce et Pétrone resteraient exclus.

compte d'une nouvelle édition, publiée cette même année, 2 vol. in-8, à laquelle M. Patin a, de son côté, consacré un article dans le Journal des Savants, juin 1866.

ra

ALVASIA (C.-C). Felsina pitrice. Boiogna, 1698. 2 vol. in-4.

On trouve ordinairement à la page 471 du tome II un carton où l'on a remplacé dans la 14« ligne, les mots Idea d'jan Boccolaio Urbinate, qui s'y trouvent primitivement, par ceux-ci : Idea del gran Raffaelle, Cet ouvrage fort estimé et qui contient la biographie des peintres polonais, a été continué par Luigi Crespi {Roma, 1769, in-4), mais ce troisième volume a été l'objet de vives critiques. (Voir le cat. Godda. Paris, Potier , 1850, n» 560).

MARTYRE de frère Jacques Clément, 1589.

A la page 31, un carton imprimé en plus gros caractères, renferme un passage supprimé à la demande des Bénédictins de Saint-Germain des Prés, accusés d'entretenir des relations avec l'armée royale. Notons qu'un exemplaire non cartonné, aux insignes de M""« de Pompadour, s'est, grâce au blason qui décorait sa reliure, élevé au prix, excessif peut-être, de 540 francs, à la vente de la peu nombreuse mais très-belle collection formée par M. Léopold Double.

Quant aux diverses éditions de ce livret, voir le Manuel, t. III. 1508.

MÉDAILLES sur les principaux événements du

LIVRES CAIITONNÉS 49

règne de Louis-lc-Grand avec des explications historiques (par Charpentier, Tallemant, Racine, etc.) Pans, Imprimerie royale, 1702, gr. in-fol.

Une préface, faite pour cette édition, fut supprimée peu de temps après la publication et ne se trouve que dans fort peu d'exemplaires, mais elle se rencontre parfois dans une autre édition de 1723, et d'ailleurs Camusat Ta réimprimée dans son Histoire des journaux. (Amsterdam, 1734. 2 vol. in-12, 1. 1, p. 180-197); c'est une dissertation numismatique, et on ne devine pas trop quels motifs déterminèrent sa proscription.

On suppose que ce fut Louis XIV lui-même, trèsavide de louanges, qui jugea cependant que, cette fois-là, l'encens était prodigué avec trop d'abondance. Voir le très-bon travail de M. Aug. Bernard, Histoire de l'imprimerie royale, p. 155.

En compensation des médailles adulatrices frappées pour célébrer Louis XIV, on en pourrait citer d'autres inspirées par un esprit tout différent.

Les Hollandais avaient frappé des médailles satiriques dirigées contre le grand roi. Un écrivain fort peu connu, le chevalier du Jant (1), préposé aux

(1) Nodier a consacré à ce personnage un chapitre piquant (le XLIV) de ses Mélanges tirés d'une petite bibliothèque. (Paris, 1829, p 331); il en est question dans un livret de M, Motret :

Essai d'explications de vieux quatrains de Nostradamus (Paris, 1806, p 24-27). Voir une note insérée dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, édit. de 1840, t. X, p. 59.

médailles de Monsieur, eut la malencontreuse idée de les reproduire, afin d'y répondre gauchement par des contre-médailles adulatrices; « cette ré- )) plique étourdie, toute marquée qu'elle fut au » sceau d'une maladroite bonne foi, pourrait passer » sans trop d'efforts d'imagination pour un libelle » déguisé. » Le petit volume du chevalier : Prédictions tirées des Centuries de Nostradamus avec

Vexplication des médailles, 1673, pet. in-12. 83 pag., fut supprime avec soin.

Consulter l'ouvrage de J.-C. Klotz : De Historia nummorum contumeliosorum et satyricorum. Altenburgi, 1765.

Dans l'article que la Biographie universelle a consacré à cet érudit, Boissonnade tait observer qu'il mentionne une médaille licentieuse, d'après un livre trop connu (1), YAloysia; c'était pousser un peu loin les recherches.

MÉMOIRES DE M. DE Bordeaux, intendant des finances, 1758.

Le catalogue Leber (2) indique cet ouvrage comme ayant été l'objet de quelques cartons.

(1) Attribué généralement à Chorier, mais le véritable auteur est encore ignoré,

(2) Ce catalogue, publié par le libraire Techener en 3 vol. in-8 (1839) est fort curieux; il contient un grand nombre (le livres rares et singuliers, surtout en ce qui concerne l'histoire de France , et de nombreuses notes offrent d'utiles informations. Cette collection a été acquise par la ville de Rouen. (Heureuse ville! s'écrie, non sans ironie, l'auteur du Manuel du Libraire.)

MÉMOIRES d'un pauvre hère (par G. de Bonnet et A. Delcour). Paris, 1829, 4 vol. in-18.

Le général Desfourneaux ayant trouvé dans cet ouvrage des imputations portant atteinte à son honneur, assigna les auteurs en police correctionnelle; des passages furent supprimés et remplacés par des cartons. Voir le Courrier des Tribunaux du 2 octobre 1829, et les autres journaux judiciaires de cette époque.

MÉMOIRES SUR LA COUR de Louis XIV, 1822, in-8.

Cet ouvrage est formé d'extraits de la correspondance fort active que la princesse palatine, duchesse d'Orléans et mère du Régent, entretenait avec ses parents d'Allemagne; cette princesse, dont Saint- Simon a tracé le singulier portrait, et qui conservait, au milieu des splendeurs de Versailles, une physionomie fort tranchée, s'exprimait, dans ses épanchements épistolaires, avec une naïveté qui dédaignait parfois toute bienséance. Malgré de notables retranchements, le volume publié par le libraire A. Schubert (un grave et savant magistrat, M. Monmerqué, n'y avait pas été étranger, dit-on), fut incriminé et saisi; sa destruction fut ordonnée par jugement correctionnel du 22 mars 1823, confirmé par arrêt du 26 juin suivant; toutefois un certain nombre d'exemplaires, ayant été cartonnés, purent entrer dans la circulation. Depuis, deux volumes de lettres de la Duchesse ont été publiés, l'un par M. Menzel,

dans la Bibliotfiek de V Union littéraire de Stuttgart, (traduit par G. Brunet. Paris, Charpentier, 1855, 2 vol.); Fautre par le savant historien de Raumer (traduit par M. Rolland. 1863, in-12).

MÉNAGIANA. Paris, 1715 ou 1729, A vol. in-12. Troisième édition de cet Ana, beaucoup plus ample que les deux précédentes ; elle fut publiée par Bernard de la Monnoye, écrivain fort spirituel, mais hardi et se souciant peu des bienséances; il y introduisit bien des traits trop risqués. Il fallut expurger le livre, et le Manuel constate qu'on connaît des exemplaires de quatre façons différentes : i^ Sans autre carton que celui de la page 129; 2° avec les cartons suivants, t. I, p. 30, 110-112, 260, 307, 335, 365, 370; t. II, p. 5, 15, 113 k 115, 159, 324 et 325 ; t. III, p. 106, 253 à 260, 407 ; t. IV, p. 21, 105, 121 et 123, 320 et 321; 3» avec les cartons, mais avec les feuillets à supprimer, conservés soit k la fin de chaque volume, soit réunis à la fm du dernier; 4° sans changements, mais avec les cartons réunis à la fm du 4*^ volume, en un cahier de 48 pages, sous le titre d^Index expurgatorius du Menagiana.

Les éditions d'Amsterdam, 1713-16 et 1762, en 4 vol. in-12, ne sont pas cartonnées. Dans l'édition de Paris, 1729, les passages qui avaient effarouché la censure ont disparu; ils ont été remplacés par les passages modifiés. La réimpression du Menagiana, tom. II k IV de la collection des Ana (Paris,

1789-91 ; 10 vol. m-8), a de même laissé de côté les hardiesses de La Monnoye, qui parfois, dans ses moments de loisir, ne reculait pas devant l'obscénité. Certains vers latins de sa façon égalent ce que Martial a tracé de plus risqué, et il se plaisait à transcrire de sa menue et jolie écriture des priapées italiennes. Le catalogue de la vente Nodier (1844, no« 1016 et 1017) offre deux de ces manuscrits : la Cazzarià deVArsiccio Intronato (1) et la Priapeia di Guttery Clugnicese, 1586 (2).

Nous possédons un exemplaire de Tédition de 1715; k la fm du 4^ volume est un Indice expurgatoire, paginé 1—46. Parmi les passages retranchés, on observe Fimitation en dix vers d'un distique de Martial : Qiiœris cur noiim te ducere, Galla? (tom. I, p. 307) et un extrait d'un discours latin de Philelphe

(1) Pseudonj-me d'Antonio Vignali. Voir à l'égard de ce livre plus qu'erotique, le Manuel du Libraire, t. I, 1708. Depuis la vente Leblond, faite en 1804, il ne s'est pas, nous le croyons du moins, montré aux enchères aucun exemplaire des deux éditions du xvi® siècle, 138 et 91 pages, mais une réimpression à petit nombre, accompagnée d'une notice intéressante, a vu le jour à Paris, il y a quelques années.

(2) Livret de 20 pages; conversation entre quatre courtisanes vénitiennes ; imitation des Ragionamenti de l'Arétin Un exemplaire s'est montré à lune des ventes du fonds de librairie De Bare, en 1836; il était relié avec un autre ouvrage du même auteur, la Camilletta, 1586 ; adjugé à 36 francs. Cet exemplaire a été payé, eu 1849, 48 fr. 50 c. (vente Buvignier); c'est le seul exemplaire de la Priapeia qui, à notre connaissance du moins, figure sur quelque catalogue. Guttery a un court article dans la Biographie universelle, au supplément.

oi LIVRES CARTONNÉS

(p. 335), un conte en vers (inséré d'ailleurs dans divers recueils) : La Rage d'amour (t. II, p. 159); une citation de Cornélius Agrippa, au sujet d'une assertion de Rabelais, liv. IV, ch. 38 (p. 324) ; un conte en vers, imité d'une anecdote qui figure dans le IV*^ livre de la Mensa pliiiosopfdca de Michel Scotus (tome III, p. 106), le Salamatec iyoniiois (p. 253) ; une épigramme bien connue d'ailleurs (p. 407); un quatrain de Saint-Usans (t. IV, p. 22), la traduction d'une épigramme de Salazar, une pièce en vers latins (p. 105-106); un conte en vers latins : Gerontes et AnciUa (p. 320) ; il a passé dans notre langue.

MÉNAGIER (le) de Paris traité de morale et d'économie domestique, composé vers 1273 par un bourgeois parisien, publié pour la première fois parla Société des bibliophiles françois, Paris, 1846, 2 vol. in-8. C'est particulièrement aux soins de M. le baron Jérôme Pichon, président de la Société dont il s'agit et bibliophile dont l'instruction égale la ferveur et le goût délicat qui est due k cette très curieuse publication.

Dans les exemplaires cartonnés on lit, t. I, p. 59, les mots : « Secrets membres de nature; » dans les exemplaires non cartonnés, ces membres sont nommés avec la crudité d'expressions dont le xiii*' siècle ne s'effarouchait pas.

A la ligne 5 de la page 60, un mot trop hardi a été retranché, ce qui a entraîné des modifications dans la note placée au bas de cette page.

LIVRES CARTONNES .^O

Dans les exemplaires ordinaires, il est dit qu'il était difficile de reproduire les expressions donl^ l'auteur se sert. Dans les exemplaires non cartonnés, l'éditeur dit que, sous sa responsabilité personnelle, il a laissé subsister ces expressions dans cent exemplaires; de fait, il se pourrait bien que ce nombre de cent eut été dépassé, le but était de ne pas faire rougir les dames faisant partie de la Société clés bibliophiles, en plaçant leurs noms en tète d'un livre où l'on aurait trouvé des mots verij skocking bien qu'employés dans une excellente intention par le vieux bourgeois de Paris. Consulter k l'égard du Ménagier le Journal des Savants, novembre 1848 (art. de Ch. Magnin), la Bibliotliéque de l'Ecole des Chartes, 2^^ série, t. IV, p. 353, la Bibliothèque universetle de Genève, février 18ô8, p. 294.

MÉNESTRIER (le Père). Eloge de la ville de Lyon. Lyon, 1669, in-4.

Il y a des exemplaires où les feuillets pages 127- 128, 153154 ont été cartonnés. L'exemplaire qui a figuré à la vente Yemcniz était intact.

MEZERAY. Histoire de France. Paris, 1648-51. 3 vol. in-fol.

On trouve rarement des exemplaires bien complets, c'est-à-dire avec tous les feuillets dont le Mamiel du Libraire, 5*^ édit., t. III, p. 1694, donne une énumération détaillée qu'il serait trop long de reproduire ici. Les exemplaires dans lesquels les cartons ne se trouvent pas, n'ont point de valeur;

o6 LIVRES CARTONNÉS

aux adjudications qu'indique le Manuel, on peut ajouter celles de deux exemplaires avec les cartons et reliés en veau : 151 francs, H. de Chaponay, et 140 francs, Radziwill. Il existe quelques exemplaires en grand papier, mais ils sont fort rares, et on n'y rencontre presque jamais tous les cartons.

Mezeray trouve aujourd'hui bien peu de lecteurs, et on ne lui rend pas justice, selon Victor Cousin, qui a écrit : « Je trouve l'ouvrage de Mezeray excel- )) lent et bien au-dessus de sa réputation. » Voir aussi un article de Sainte-Beuve dans les Causeries du Lundi, t VIII, p. 157-181.

MILLOT. Essais dramatiques. 1836.

Signalés au catalogue Soleinne comme ayant été cartonnés.

MIRABEAU. La monarchie prussienne, 1784.

6 vol. in-8.

Divers cartons furent nécessaires pour que la vente fût autorisée. Cet ouvrage n'est d'ailleurs ([u'unc compilation indigeste, et Mirabeau se borna à peu près à y mettre son nom. Le libraire Lejay, qui avait fait les frais de l'impression, subit une perte très-sensible.

MIR/EUS. Opéra diplomatica. Lovanii, 1723-1748.

Le Bulletin du Bibliophile belge, t. II, p. 134-149, renferme une notice sur les divers ouvrages de cet infatigable écrivain; ils sont au nombre de cinquante-six, et il s'y rencontre d'épais volumes infolio. Quelques passages furent cartonnés.

LIVRES CARTONNES O l

MOLIÈRE. (OUVRES. Paris, 1682, 8 vol. iii-12.

La police exigea des cartons surtout dans les tomes VU et VIII qui portent le titre d'OEiivres posthumes et où figure (t. VII) le Festin de Pierre. Un heureux hasard a fait découvrir un exemplaire non cartonné, ce qui a permis de rétablir le véritable texte de l'auteur dans plusieurs passages que la censure avait altérés; cet exemplaire où les cartons occupaient 27 feuillets, avait appartenu k M. de la Reynie, lieutenant-général de la police à l'époque où fut publiée l'édition. Il fut transporté k Constantinople, et lorsqu'il revint dans sa patrie, un bibliophile des plus fervents qui réunissait une collection dramatique dune incomparable richesse, M. de Soleinne, en fit l'acquisition ; lors de sa vente qui eut lieu en 1843, il fut adjugé 800 francs k M. Armand Berlin ; quelques années plus tard, il fut payé 1,210 francs par M. le comte de Montalivet. Un autre exemplaire non cartonné fut payé 2,560 francs par M. B. Delessert, k la vente Chaudey faite par M. Potier en décembre 1867 (n° 543). Ajoutons qu'en 1816, la Bibliothèque alors royale, obtint au prix modique de 62 francs k la vente d'un libraire obscur, Regnault-Bretel, un exemplaire en partie cartonné; la 2« scène du 3^ acte de Do« /î^a/Mie l'était pas. Consulter au sujet de cette édition, une notice curieuse de M. Beuchot, Journat de ta tUmtirie, 1817, p. 362, la note du catalogue Soleinne, n° 1305, et la Bibliographie motiéresque de IM. Paul Lacroix (Paris, Fontaine, 1875) p. 81 ; monographie

qui, en son genre, mérite le nom de chef-d'œuvre. L'excellente édition de Molière, donnée par M. Louis Moland {Paris, Garnier, 1863, 8 vol. in-8% donne, t. III, p. 418, sur le Festin de Pierre (acte III) scène 1), quelques détails qu'il est à propos de signaler à l'égard des mots ajoutés par les éditions hollandaises au texte même non cartonné. Encore faut-il croire (quelque chose dans le monde).

Même scène (p. 421) Sganarelle à Don Juan : « Il » m'importe bien que vous vous perdiez ou non et » que... {U m'importe bien que vous soyez damné). » Dans la fameuse scène du pauvre (acte III, se. 2), l'édition de 1682, non cartonnée, porte: « Je te veux )) donner un louis d'or, et je te le donne pour l'amour )) de l'humanité; » elle ne contient pas la condition imposée par Don Juan, celle de jurer, impiété à laquelle le pauvre se refuse. Il est certain que cette circonstance faisait partie de la première représentation, mais elle parut scandaleuse et Molière dut la supprimer immédiatement.

Acte V, scène 2. Le personnage dlionime de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer; phrase retranchée dans l'édition cartonnée de 1682. Cette édition donne même scène : «Je serai le vengeur de la vertu opprimée», les éditions hollandaises portent : je serai le vengeur des intérêts du ciel. A la fin du dernier acte, le cri de Sganarelle : Mes gages l mes gages l causa du scandale; on y vit le mot d'un imi)ie qui n'est nullement frappé de

tcireur à Taspect d'une catastrophe terrible, et cette exclamation ne se trouve que dans les impressions hollandaises; les éditeurs de 168!2, Lagrange et Vinot, avaient eu la précaution d'introduire dans le texte de Molière quelques modifications réclamées par la prudence, mais l'autorité ne les jugea pas suffisantes.

M. Moland observe (t. I, p. GLXVIII) que la fameuse scène du pauvre ne fut pas comprise par les contemporains. « Don Juan trouvant la résis- » tance lii où il devait le moins l'attendre, s'arrête » et comprend q'uil y a là quelque chose à laquelle » il est forcé de rendre hommage et qui le vaincra » peut-être. C'est dans cette scène que la note morale )) résonne et que l'espoir se réveille au moment où » il semblait que tout fut irrévocablement perdu. — » Le Festin de Pierre est plus audacieux, plus » avancé, plus radical que le Mariage de Figaro, )) mais il allait trop au delà du temps où il parut » pour que la portée en fût saisie tout entière. On )) n'en devina qu'à demi la signification mystérieuse » et menaçante ; on fut choqué seulement de la » témérité d'une telle conception qui, parfaitement )) admissible au moyen âge, n'était plus conforme )) aux règles de prudence commandées à la scène )) moderne ; on trouva que les impiétés du person- )) nage principal étaient dangereuses à ouïretinsuf- )) fisamment réfutées par Sganarelle. Après quinze )) représentations, le Festin de Pierre disparut de ;> l'affiche, probal)lement sur quekjue secrète injonc-

)) tion, car les recettes n'avaient cessé d'être très- » productives. »

MOLIÈRE. L'ÉCOLE des femmes. Paris, 1663, in-12.

11 y a deux éditions sous cette date, l'une de 93 pages, l'autre de 95 ; il faut à celle de 93 pages, un carton paginé 73 et 74 en double pour combler une lacune laissée à l'impression entre les pages 74 et 75 (scène II du 5*^ acte). Ce carton manque souvent. (P. Lacroix, Bibliographie moliéresque, p. 9).

Observons ici que l'édition du Festin de Pierre donnée k Amsterdam par H. Wetstein, 1683, petit in-12 est la première qui donne dans toute leur intégrité la scène du pauvre et celle qui précède (l^e et 2^ du 3*^ acte; elles renferment des passages qui ne se trouvent même pas dans les exemplaires non cartonnés de l'édition de Paris, 1682, (P. Lacroix, p. 26.)

MONTAIGNE. Essais. Paris, 1595, in-fol.

Le docteur J. F. Payen (mort en 1870) avait fait de Montaigne et de ses écrits l'objet des études les plus persévérantes ; il a été le premier à remarquer que, dans plusieurs exemplaires de cette édition, il se trouvait aux pages 63 et 64, un carton ou feuillet réimprimé dans lequel, en ajoutant k chaque page, deux lignes de plus que dans les autres, on était parvenu à intercaler à la fin du chapitre XXII du premier livre, vingt-deux lignes qui avaient été omises. (Voir le Bulletin du bibliophile, 1860, pages 1204-1207.)

Ces mêmes exemplaires offrent aussi une réimpression du feuillet qui porte les pages 69 et 70, mais avec cette seule différence que la l^ ligne de la page 70 de Tétat primitif commence par un Qiie une et qu'à la réimpression on lit qu'une. M. Payen déclare qu'il doit la connaissance de ce fait à l'un des plus honorables et des plus savants libraires de Paris, M. Potier; il transcrit les 22 lignes qui ont donné naissance à la lacune, et il ajoute qu'il n'a trouvé le carton que dans deux exemplaires, celui qui faisait partie d'une vente de livres appartenant à M. de Clinchamp (mai 1860) et le sien.

Observons que cette édition de 1595 a notablement augmenté de valeur; le prix le plus élevé que cite le Manuel (5*^ édition) est 305 fr., vente Solar (exemplaire Hoym cédé à 4 livres A sols en 1738); depuis, on a payé 1,750 francs, vente Benzon, et 1,020 francs en février 1878.

Dans quelques exemplaires seulement de l'édition des Essais, publiée par Naigeon (Paris, Didot, an X), les pages 177-182 du tome I'-^ sont doubles, des modifications ayant déjà été reconnues nécessaires dans le texte primitif du commentateur; de rares exemplaires contiennent aussi (p. 8-63) un avertissement de Naigeon sur le caractère et la religion de Montaigne; les opinions ultra-irréligieuses de cet ami de Diderot expliquent les motifs de la suppression de ce morceau, daté du 15 germinal an X; il avait été, dès 1793, annoncé dans une des notes que Naigeon joignit à l'article Pijrrho-

nisme de Diderot (inséré dans le Dictionnaire de philosophie, qui fait partie de V Encyclopédie méthodique) mais il fut jugé très-inopportun au moment du rétablissement du culte et il fut supprimé ; il a d'ailleurs été reproduit dans l'édition de Montaigne, publiée par le libraire Desocr (Paris, 1818, grand in-8 et 4 vol. in-18, sauf quelques retranchements qui portent sur des déclamations philosophiques ou sur des discussion srelatives à des éditions des Essais.

Ce n'est pas d'ailleurs la seule suppression introduite dans le travail de Naigeon. L'exemplaire des Essais (édit. in-4 de 1588) conservé à la Bibliothèque de la ville de Bordeaux, et tout chargé d'additions et corrections autographes (1), porte une variante remarquable dans le chapitre de V Institution des enfants; Montaigne suppose un disciple qui ne montre que de mauvaises dispositions ; les textes imprimés donnent: « Qu'on le mette pastissier dans )) quelque bonne ville, feust-il fils d'un duc; » le manuscrit porte : « Que de bonne heure son gou- » verneur l'estrangle s'il e^t sans témoin, ou qu'on

» le mette pastissier » Cette recommandation,

tombée de la plume du philosophe dans un moment

(1) Ce très-précieux exemplaire attend encore un éditeur qui en tire tout ce qu'il peut fournir pour une édition définitive des Essais. Voir un mémoire de 51 pages : Les Essais de Michel Montai fçne, leçons inédites recueillies par un membre de l'Académie de Bordeaux (G-. Brunet). Paris, Tcchencr, 1848, in-8.

d'humeur irréfléchie, obtient l'approbation de Naigeon : « Ce conseil a quelque chose de sévère et )) môme de dur, mais on sent d'autant mieux la )) nécessité de cette mesure qu'on a soi-même plus )) réfléchi et mieux observé et qu'on est plus avancé )) dans la connaissance de l'homme physique et )) moral. » Naigeon suppose aussi que M'^'^ de Gournay craignit d'insérer ce passage dans l'édition de 4595 : « Trop attentive aux opinions, aux préjugés, » à la voix de son siècle, oubliant la postérité, elle » n'osa pas insérer un conseil aussi ferme, mais )) trôs-éloigné des idées reçues alors. »

La note partagea le sort de l'avertissement ; Naigeon dut, à regret, la remplacer par une autre de même étendue dans laquelle il expose son opinion en termes moins vifs. Quelques exemplaires ofli'ent les deux notes; ils ont en double les pages 177-182. Un bel exemplaire bien complet, papier vélin, 281 francs, vente Cape.

Renvoyons d'ailleurs sur cette édition de Tan X à l'excellente Notice bibliograpkiqne sur Montaigne, par le docteur Payen, {Paris, Duverger, 1837, in-8. 41 p.); c'est un tirage à part, à peu d'exemplaires et non destiné au commerce d'un travail inséré en tète de l'édition des OEuvres de Montaigne qui fait partie du Panthéon littéraire.

MONTESQUIEU. Œuvres. 1827, 8 vol. in-8.

On doit trouver dans le tome V deux cartons pour les pages 261-262 du tome II et pour les mêmes pages du tome III.

MORET DE VALBONAIS. Histoire du Dauphiné. 1732, 2 vol. in-folio.

Un exemplaire avec des cartons était dans la bibliothèque de Lancelot qui avait revu cet ouvrage.

APOLÉON ET LOUISE, ou le mariage du héros. Lettres sur Funion de S. M. Napoléon-le-Grand et S. A. L et R. Marie-Louise (rédigé par Le Mazurier). Paris, Chaumerot, 1810, 2 vol. in-12, 215 et 228 p., 2 portraits.

Dans l'adresse présentée à l'impératrice par M. Pierre, maire de Bar, on lisait, t. I, p. 135 : « Cette cité, dont j'ai le bonheur d'offrir les hom- » mages à Votre Majesté, était une des capitales de )) vos ancêtres ; heureuse sous leur règne paternel, )) elle sera toujours une des premières à vous por- » ter l'amour et la fidélité, etc. »

Les mots que nous souhgnons furent jugés inopportuns ; un carton les fit disparaître.

NOUVEL (le) Emile, ou l'éducation pratique, 1770, 2 vol. in-12.

La police exigea quelques cartons avant d'autoriser la circulation de cet ouvrage.

a°^S ALLAVIGINI (card. Sforza). Istoriadel con- >^3 ciLio Di Trento. Romay 1656, 2 vol. in-fol. ^SSi Un très-petit nombre d'exemplaires sont

antérieurs à la réimpression de plusieurs feuillets du second volume amenée par le désir de l'auteur de faire quelques changements dans sa rédaction primitive. Cette histoire fut écrite dans le but de

combattre celle dont le célèbre Fra-Paolo Sarpi était lauteur et qui était hostile à la cour de Rome. Il existé un ouvrage intitulé : Nouvelles lumières politiques pour le gouvernement de l'Eglise, ou C Evangile nouveau par le cardinal Palavicini, révélé par luy dans son Histoire du concile de Trente, suivant la copie, 1676, in-12; édition qu'on joint à la collection elzévirienne; celle avec la rubrique de Cologne, 1687, est la même avec les douze premières pages réimprimées. Renouard {Cat. d'un amateur, t, I, p. 115) observe que cette ironie perpétuelle n'est pas toujours de bonne foi; bien des passages du cardinal sont faussement allégués ou présentés d'une manière ridicule. Voir aussi Du Roure, Analecta Biblion, t. Il, p. 2-i8.

PEIGNOT. Précis de l'Histoire de France. 1815.

Les changements survenus dans la situation politique de la France amenèrent des cartons, des contr£-cartons et des doubles titres.

PERGY (Thomas). Reliques of Ancient English PoETRY. London, 1765. 3 vol. in-8.

Publication bien faite et qui a obtenu plusieurs éditions (1767, 1775, Francfort, 1790, London, 179i, 1812, 1839, 1841, 1854, 1854); dans quelques-unes de ces éditions, des changements ont eu lieu pour faire disparaître quelques passages un peu risqués, et une gravure représentant a ladij bathing a été supprimée.

tH) LIVRES CARTONNÉS

PIGNOTTl (Lorenzo). Storia dellâ Toscana. Firenze, 1824, 6 vol. in-8.

Troisième édition d\m ouvrage estimé; c'est la seule qui reproduise intégralement les passages altérés k la censure dans l'édition de Pise, 1813- 1814, 9 vol. in-8. Ces passages, au nombre de treize, se trouvaient dans les tomes II, III, V et VII de ladite édition, et ils n'ont été conservés que dans un bien petit nombre d'exemplaires; le plus remarquable (page 136 du tome VII), est une note latine en 15 lignes, en caractères romains, contenant un récit emprunté au chroniqueur Burchard. Dans les exemplaires mutilés, cette note se trouve entièrement modifiée et imprimée en italiques; les éditions de Pise, 1815 et de Livourne, 1820, sont également expurgées. (Manuel du Libraire d'après Molini.)

POÉSIES SATYRIQUES DU XV!!!*^ SIÈCLE. Lomin'S

(Paris, Cazin), 1782, 2 vol. in-18.

On ne trouve que dans un petit nombre d'exemplaires les pages 225-228 qui terminent le second volume; elles contiennent, indépendamment de deux épigrammes, l'une contre La Harpe, l'autre contre Lemierre, une épître de Dorât : A celle qui se reconnoitra (M"« Raucourt), pièce dont le retranchement fut la conséquence de quelques traits un peu vifs. Sœur de la cantharide, l'abeille ardente avait outrepassé le jeu. Qu'on nous permette une citnlion :

Toi, la plus belle des Didoiis, Chaste un peu moins que Pénélope, Dans ce pays d'illusions, Il nest rien que*nous ne fassions Pour fuir l'ennui qui nous galoppe ; Plumes en lair, nez en avant On court, grimpé sur la chimère.

Vers le plaisir qui fuit d'autant; Toujours séduit, toujours enfant, On aime, on plaît à sa manière...

Transcrivons encore les cincf derniers vers :

Sois gaie, insolente et jolie;

Sur la scène avec énergie.

Viens, prends le sceptre, asservis- nous.

Tiens le thyrse dans une orgie,

Et tu n'auras que des jaloux.

POTOCKI (le comte J.). Fragments historiques SUR L\ ScYTHiE. 1795, 3 vol. in-4; cet ouvrage reparut en 1796, avec un carton pour le titre, qui ne porte plus le nom de l'auteur; d'autres sont placés dans le corps de l'ouvrage.

POUGET. Institutiones theologic.e. 1725, i2 vol. in-folio.

Pour que l'édition pût être vendue, plusieurs feuillets furent remplacés par des cartons placés h la fin des volumes. L'ouvrage fut, après la mort de l'auteur, saisi avec éclat k la sollicitation du cardinal de Bissy et soumis à un censeur qui exigea des changements.

()8 LIVRES CARTONNES

PRÉCEPTEUR (le) par Arnoux. 1750, iii-8. Livre parfaitement oublié aujourd'hui, mais la censure se ravisant après coup, exigea quelques cartons.

PTOLÉMÉE. Composition mathématique, traduit par Halma. 1813, 2 vol. in-4.

Au premier volume, il faut réunir trois cartons et un cahier de 60 pages contenant des notes, corrections et ^ck/rd.9s^me«^s,parDelambre; cette traduction fait partie d une volumineuse collection des anciens astronomes grecs traduits par l'abbé Halma; malheureusement ce travail peu estimé n'a eu aucun succès.

PUISAYE (comte Joseph de). Mémoires. 1803, 1808, 6 vol. in-8.

On a réimprimé les 32 premières pages du tome IV et les pages 169-176, 305-312, 529-530, 567-568 et 609-678.

EFLEXIONS sur l'état de l'Eglise en France pendant le xviii^ siècle et sur sa situation actuelle (par l'abbé de LAMEN- XAIS). Paris, 1808, in-8.

Ce volume fut saisi par la police impériale; les exemplaires furent rendus en 1814, et mis en vente après qu'on eut fait, avec le secours des cartons, des corrections que le changement de gouvernement rendait opportunes. Une édition nouvelle, augmentée de Mélanges religieux et philosophiques, vit le jour en 1819; elle fut, en 1820, suivie d'une autre annoncée comme « revue et corrigée. » Des

éditions annoncées comme « revues et corrigées, » en 1821 et, 1825, ne sont que la seconde avec un titre nouveau. Voir le Dictionnaire des anonymes de Barbier, 3^ édit. fort augmentée {Paris, Dafjîs, 1875 et suiv.), t. IV, col. 1-44-146; un article de Quérard, inséré dans le journal qui porte ce nom (t. II, p. 541-544) : Histoire d'un ouvrage de M. de La Mennais, et les Mélanges de iittératiire et d'histoire de M. de Feletz. Paris, 1828.

RESTIF DE LA BRETONNE. Le drame de la vie. 1793, 5 vol. in-12.

Un carton curieux, t. V, p. 1330, est indiqué au catalogue Chauday, n» 1204. Voir au sujet de cette production étrange la Bibliographie des ouvrages de Restif de la Bretonne, par M. Paul Lacroix (Paris, Fontaine, 1874, in-8), monographie des plus complètes, des plus exactes et modèle du genre.

RÉVÉLATIONS indiscrètes du wiu'' siècle (pai* Auguis). 1814, in-18.

En décembre 1813, l'impression était achevée, et Auguis, qui était l'éditeur, allait la faire paraître, mais la police intervint et interdit la mise en vente; des réclamations étaient venues de divers côtés; Fontanes demandait la suppression de diverses pièces en prose et en vers dont il était l'auteur et qu'on avait reproduites; les parents de M'"'' d'Houdetot s'opposaient à ce qu'on laissât subsister le portrait de cette dame, tracé par Choderlos de Laclos. L'éditeur fut contraint de remplacer pai'

d'autres pièces celles qu'on rempèchait de publier;

{-,Tàce à diverses substitutions, Fouvrage parut, en

1811, avec les changements ordonnés et avec une

nouvelle table des matières.

l''^ partie : le portrait de M""° d'Houdetot, p. 289,

remplacé par celui de M"™*^ de Beauharnais.

Cet ouvrage était formé de fragments empruntés à divers auteurs de la seconde moitié du siècle ; certains passages provoquèrent de vives réclamations, et il fallut supprimer 42 feuillets. Ils se composent presque exclusivement de morceaux en vers ou en prose écrits par Fonlanes lorsqu'il était encore jeune et qu'il jugea inopportun de remettre sous les yeux du public, lorsqu'il fut parvenu à de hautes dignités (1). Parmi ces écrits se trouvait une lettre adressée h Dorât; l'auteur annonçait que ne pouvant se résoudre à ramper devant les puissants du jour, il fuyait Paris et allait s'ensevelir dans une solitude éloignée.

Rapport à l'Institut sur les manuscrits de Gresset; sur Malfilâtre; lettres k Dorât, parFontanes, retranchés, ainsi que les morceaux suivants du même auteur :

Neuf pièces de vers; traduction du Songe d'Énée (Enéide, liv. II); le Chant du Barde; Essai sur l'as-

(1) En 1814, le Nain jaune, petit journal alors redoutable, donna une traductioji littérale et bouffonne du nom ilu grand-maître de l'Université ; Monsieur Faciunt A sinos.

tronomie, etc.; le toul occupe les pages 147495; ou a mis en plajce deux morceaux en prose : sur l'Ariosle et le Tasse, par Métastase ; l'abbé Vella, par Charles Villers; et cinq pièces de vers : trois de M. J. Ghéuier : (Epître à Eug^énie; Epître à Lesueur; fragments d'un Essai sur la satire); une de Saint-Martin rilluminé (le Cimetière d'Amboise), enfui une de Beaumarchais : l'Oncle à la mode de Bretagne.

Les pièces supprimées ne se trouvent que dans un petit nombre d'exemplaires; afin de tempérer la sécheresse inévitable dans un travail bibliographique, nous en placerons ici quelques extraits.

Voici d'abord un extrait du portrait de M""^ d'ii. (d'Houdetot), non signé dans le corps de l'ouvrage, mais dont la table des matières nomme pour auteui* Choderlos de Laclos.

« Avec une figure plus qu'ordinaire, elle alluma » les passions les plus vives. Jetée dans les liens du » mariage, elle n'en connut que les horreurs; la » maternité ne lui valut presque que des larmes, )) et son cœur sensible et avide des vraies jouis- » sànces, ne les trouva que dans l'amour.

» L'amour fut pour elle ce qu'il doit être, l'occu- )) pation et le bonheur de la vie. Elle recueillit les )) restes philosophiques d'un homme estima])le » qui n'était froid qu'en poésie et en amour; elle » commença par aimer avec tendresse et finit par )) tomber dans l'admiration, sentiment qu'exigeait » son philosophe ami. Il ne se contentait pas » h moins; on l'estimait au delà de sa valeur; on

)) le louait avec profusion; tout cela est queliiue » chose, mais il fallut encore un pas, et c'est à ce )) degré sublime que M""*^ d'H... se monta pour n'en )) jamais descendre. Elle a admiré pendant vingt )) ans... M"^^d'H... fut liée avec un frère dissipa- » leur, avec un autre voisin de l'avarice, avec une. )) belle-mère plus que singulière; elle vécut avec » des athées, avec des dévots, avec des prudes, » avec des étourdies et vécut avec tous sans jamais » leur sacrifier rien de son caractère primitif. » (1).

Parmi les morceaux retranchés figure une lettr(> de Fontanes adressée à Dorât; en voici le début :

« C'est au fond d'un désert et non dans le sein » de la capitale que j'avais résolu de vivre. La soli- » tude convient mieux à l'infortune qui veut au )) moins se plaindre en liberté, que ces prisons » fastueuses où des esclaves imitent les travers » et les vices d'autres esclaves, où le vrai sage ne » peut faire un pas sans colère et sans pitié. Je mv » dis de bonne heure : tu es malheureux, tu es trop » fier pour ramper; végète donc dans une retraite )) ignorée; Paris n'est pas fait pour toi. »

(1) Tout le monde sait que Vami de M""^ d'Houdetot était Saint-Lambert, le chantre glacial des Saisons.

Nodier a dit que nul bibliophile ne saurait admettre ce poème dans sa collection; toutefois, à la vente Perkinsen 187.5, on a payé 33 liv. st. un exemplaire de l'édition de 1796 qui s'était adjugé à 400 francs, en 182.5; il est vrai qu'il était sur peau-vélin et avec les dessins de Chaudet, artiste médiocre d'ailleurs.

Foiilanes était fort jeuno lorsqu'il exhalait ces accents d'une misanthropie farouche; il changea d'avis plus tard, se réconcilia avec Paris ^t se courbant devant un maître, il se résigna à devenir un très-important personnage.

Auguis a été l'éditeur d'un grand nombre d'ouvrages qu'il a souvent accompagnés de notices ; on lui a reproché des plagiats ; voir son article dans la France litiéraire de Quérard; M. J.-Ch. Brunet, qui ne l'aimait pas, nous dit un jour : « Si Auguis me rencontre dans la rue et me salue, je ne lui rends pas son salut. » Il a consigné sa mauvaise humeur dans le Manuel (III, 1458), en parlant d'une édition de Marot, publiée par Auguis, lequel avance qu'il a compté, dans l'édition de Lenglet du Fresnoy, « plus de 50,000 fautes, toutes plus grossières les unes que les autres. » « C'est là une de ces hyperboles qu'il )) faut bien excuser chez certaines personnes ù » cause de l'habitude; je n'ai pas compté les fautes )) de l'édition d'Auguis, mais j'en ai aperçu qui ne » sont pas dans celle de Lenglet, lequel a foui'ui au )) nouvel éditeur tout ce qu'il a donné de bon dans )) la sienne. »

Saisissons cette occasion pour faire remaniuer que M. Brunet, passionné pour la bibliographie, portait jusqu'à la jalousie le culte qu'il lui rendait ; on aurait pu lui appliquer ce que Pope (Epître à Ar])urnotli) a dit d'Addison (traduction de Delille) :

Et qui, tel que ces rois que TOrient vénère

Croit ne pouvoir régner qu'en étranglant son frère.

/4 LIVRES CARTONNES

Il aurait voulu être le seul à s'occuper de la science des livres ; il en voulait à quiconque s'aventurait sur un terrain qu'il était disposé à regarder comme son domaine exclusif, et il a consigné parfois, dans le Manuel, l'expression de ses rancunes; les diverses éditions présentent, en certains endroits, des changements singuliers; M. Paul Lacroix (bibliophile Jacob) est qualifié d'abord de « spirituel et fécond écrivain, » puis seulement de « fécond, » et enfin de « spirituel et très-fécond. » Le consciencieux annaliste des Aide et des Estienne avait été vivement persiflé dans la 3^ édition : « L'amateur » qui a réuni tant de beaux livres grecs et non ro- » gués, ne peut être qu'un très-habile helléniste. » Ces attaques ont disparu des éditions suivantes; M. Brunet a de même effacé ce qu'il avait écrit h propos de M. Leber, « l'homme de France, comme » chacun sait, qui connaît le mieux son Tabarin et » qui a composé, sur ce farceur, un travail empreint » de tout le sérieux d'un rapport adressé au mi- » nistre. » (Leber était chef de division au ministère de l'intérieur) ; ailleurs il le montre comme « tout disposé à transformer en objets de haute curiosité les vieux livres insignifiants qui lui tombent sous la main. » Le bibliophile Motteley (dont la riche collection, léguée à la Bibliothèque du Louvre, est devenue la proie des flammes) est qualifié « d'industriel en librairie. » J.-M. Guichard, trop tôt enlevé à la bibliographie, et Quérard, que Brunet avait froissés en passant, lui répliquèrent avec aigreur*.

RITSON (Joseph). Ancient engleisch metrical ROMANCES.. 1808, 3 vol.

L'éditeur jugea k propos, l'impression terminée et avant la mise en vente, de faire quelques cartons atln d'éliminer des passages ([ui se ressentaient trop d'une naïveté dont personne ne se scandalisait au moyen âge. Lowndes (Bibiiograph. Man., p. 2098) donne une longue liste des nombreux ouvrages de Ritson sur la littérature anglaise du moyen âge, et il s'exprime ainsi à l'égard du volume dont nous parlons :

« The editor had indulged in remarks of so un - )) qualled and licentions tendency on religions niat- )) ters that the publisher insisted on their being )) cancefled prior to the publication, and the most )) offensive were accordingly expunged or modera- )) ted. One of the passages will give an idea of the )) whole : Merlin, a powerful magician and a more )) deep-sighted and veraciqns prophet than the Jew )) Isaiah. »

Les passages retranchés, au nombre de douze,furent réimprimés à part sur un seul feuillet,, à fort petit nombre, et on les trouve joints à quelques exemplaires.

Une brochure de Ritson : The Quip Modest, relative à l'édition de Shakespeare, contient (préface, p. VIII) une vive attaque contre G. Steevens; ce passage fut conceUed; toutefois, on le rencontre dans (luelques exemplaires.

ROBERT. L'Etat de la Provence. 1693, 3 vol. iri-12.

Quelques cartons devinrent nécessaires par suite des réclamations de plusieurs familles.

ROYAUME (de)^ (Pseudonyme de N. Fontaine.) Histoires du vieux et du nouveau testament représentées par DES FIGURES. Pavls, 1670, in-4.

Depuis deux siècles le succès de cet ouvrage, provenant surtout des gravures qui accompagnent chaque feuillet du texte, ne s'est pas démenti. On doit trouver entre les pages 296 et 297, 4 feuillets cotés GCXGIX-GGCVI qui manquent quelquefois. Notons aussi que deux estampes de Séb. le Glerc (la Vocation d'Abraham et la Pénitence des Ninivites) manquent dans la plupart des autres éditions. Gelle de 1670 est entrée dans la catégorie des livres précieux, dont la valeur ne cesse de s'accroître. L'exempl. Golbert qui avait été payé 385 francs à la vente Renouard est monté à 805 fr. Vander Helle; à la'vente Benzon, en 1875 (n°^ 6 et 7) un bel exempl. a été adjugé à 710 fr. et un autre de toute beauté a été poussé jusqu'à 1305 francs.

AINT-DISDIER. La ville et la république

DE Venise, 4"^ édit. La Haye, A. Moetjens,

1685, pet. in-12.

Gettc prétendue 4""^ édition est, en réalité, la 3"""

donnée par Dani(;l Elzevier, en 1680, l'année même

de son décès. Moetjens ac({uit un grand nombre

d'exemplaires non vendus, et arrangea plusieurs

cartons pour faire croire à une édition nouvelle. Nodier est, entré dans quelques détails au sujet de cette supercherie. Voir les Mélanges extraits cCune petite bibiiotlièciue, 18:2i, p. 24.

SAINT-FOIX. Œuvres. 1778, 6 vol. in-8.

Quelques cartons furent regardés comme nécessaires.

SEGM (Bernardo). Storie fiorentine del anno 15:27 AD ANNO looo. Aîujusta, P. Hertz, 1723, in-fol.

Dans presque tous les exemplaires, la page 30i offre une lacune qui est marquée par des points ; sur quelques-uns seulement on trouve collée une bande de papier imprimée, destinée à suppléer ce qui manque au texte, c'est-k-dire le récit d'un attentat infâme commis par le duc de Parme, P. L. Farnèse, sur révèque de Fano. Voir l'article Varclii.

SEGRAISIANA, ou mélanges d'histoire et de

LITTÉRATURE, RECUEILLIS DES ENTRETIENS DE SeGRAIS

(par A. Galland). Paris, 1720, in-12.

Le duc de Noailles trouva que M'"^ de Maintenon n'était pas traitée avec assez de respect; il obtint du chancelier Daguesseau la saisie de ce livre, qui ne put circuler qu'après avoir été cartonné. Un exemplaire, ayant huit cartons restés en épreuves et une notice manuscrite sur les circonstances qui s'opposèrent k la publication de l'ouvrage, s'est montré, en 1839, k la vente Pixeréeourt, où il fut payé 60 francs (n^ 1338).

Le Segraisiana a reparu sous le titre (ÏOEuvves diverses. Paris (Amsterdam), 1723, 2 vol. in-12, et il figure, sous le titre de Mémoires et anecdotes, dans le tome II des OEuvres de M. de Segrais, Paris, 1755, 2 vol. in-12.

SÉNÉQUE. Œuvres, traduites par La Grange. Paris, 1778, 6 vol. in-12.

Dans quelques exemplaires seulement on trouve, tome VI, page 92, la traduction du chap. 16 du livre P'" des Questions nat^irettes; dans les exemplaires ordinaires, ce même passage, contenant des détails trop risqués, est mis en latin.

ABLEAU DU Temple des Muses, avec les descriptions, remarques et annotations, par l'abbé de Marolles. Paris, 1655, in-fol.

Parmi les 60 figures gravées par Bloemaert, celli^ de Satmacès et Hermaphrodite, regardée comme trop libre, a été remplacée par une autre estampe sur le même sujet, gravée par Poilly.

Observons en passant que quelques rares exemplaires des Contes de La Fontaine, édition des Fermiers généraux, renferment des figures qui ont ensuite été supprimées ; d'autres ont subi des modifications.

Les amateurs attachent un grand prix à posséder les estampes qui n'ont pas été cartonnées; l'édition du Tempte de Gnide de Montesquieu (1772, in-8, figures gravées par Vc Mire, d'après Eisen) est dans

le même cas (1). Dans l'édition Variorum des Fables de Phèdre Amstelodami, 1667, in-8), la planche, p. 267, regardée comme peu décente, a parfois été enlevée, grattée ou barbouillée d'encre par des lecteurs scrupuleux (2).

TABLEAUX historiques de la révolution française, ouvrage orné de 222 gravures avec des discours (par l'abbé Fauchet, Ghampfort et Ginguené pour les 25 premières livraisons ; la suite par Pages). Paris, 1791-1804, 3 vol. gr. in-fol.

Le texte des 80 ,premiers tableaux qui parut d'abord, était rédigé dans un sens révolutionnaire fort exagéré; il a subi, dans une réimpression, des modifications considérables. Le texte primitif occupait 380 pages; le nouveau en a 4 de plus; les amateurs cherchent à les réunir l'un et l'autre.

Un bel exemplaire, annoncé comme unique, avec les deux textes, les figures avant la lettre et les eajLix-fortes, a été adjugé k 3,800 francs, vente Em.

(1) Le Manuel du Libraire qualifie cette édition de très-médiocre; il l'évalue, in-8, 5 à 7 francs et, in-4, 10 à 12 francs. Ces prix sont bien dépassés; en 1873, un exemplaire, relié en maroquin, a été adjugé à 550 francs, vente H B , et en 1876, à celle E. Martin, un autre exemplaire, figures dans un état très-rare, est arrivé au chiffre fabuleux de 7,900 francs! Un exemp. avec les dessins originaux a récemment été cédé de gré à gré au prix de dix mille francs !

(2) On pourrait citer des exemples de livres où des passages ont été rendus illisibles; Renouard possédait en ce genre un Apulée.

Martin, en 1877, n° 732; il avait été payé 1,005 fr., en 1810, et 900 francs à la vente Pixerécourt. Le Guide de l'amateur de livres à figures et à vigiiettes du xyin*^ siècle, par M. Henri Cohen, entre dans de longs détails au sujet des diverses éditions de ces Tableaux. (Voir : 3« édit. Paris, Rouquette, 1876, col. 464.-469.)

TASSIN (dom). Histoire littéraire de la congrégation DE Saint-Maur. Bruxelles et Paris, 1770, in-4.

Ce volume, publié sans nom d'auteur, a été cartonné; les exemplaires avec les feuillets supprimés sont rares.

THEOCRITUS. OXONi^, 1770, 2 vol. in-4.

Le savant Toup, auquel on doit cette belle et bonne édition, avait cité, à l'appui de l'explication d'un mot, un passage emprunté à l'Ecriture sainte; quelques censeurs ombrageux se récrièrent, et il en résulta un carton.

THOMAS. (EuvRES. 1822, 6 vol. in-8.

Il y a plusieurs cartons.

TRISSINO. La Italia liberata. 1547-1548.

Des passages offensants pour la cour de Rome ont été cartonnés; ils ne se trouvent que dans un trèspetit nombre d'exemplaires. Ce fut l'auteur luimême qui prit l'initiative de ces changements; ils se réduisent d'ailleurs à peu de chose; ce sont trois vers retouchés, p. 127, et deux mots changés, p. 128.

T. II. Une troisième correction plus considérable, se trouve p., 151 du même volume; cest le retranchement total de plusieurs vers, depuis celui-ci :

Ancor vi vol jo dir quel che mi disse

jusqu'à cet autre :

Del mal guidati popoli di Christo.

TYRTÉE. Les Messéxiennes, traduites en vers français, par Firmin Didot. Paris, 1831.

Un exemplaire, avec le carton de dédicace, est porté au cat. Fossé d'Arcosse, n° 245.

ALLADIER. L'auguste Basilique de l'abbaye DE Saint-Arnould de Metz. 1615,

in-4.

Des cartons aux pages 3-5, 97-103. Voir Noël, Collections lorraines, p. 2-49. Nancy (1850-1853).

Il dit que l'ouvrage est tellement rare qu'on n'a pu savoir en quoi consistaient les cartons ou corrections imposées à l'auteur. Les pages cartonnées sont relatives aux privilèges de l'abbaye au regard des évêques de Metz. La famille de Lenoncourt força l'auteur à rétracter ce qu'il avait écrit p. 255; il protesta ensuite contre cette rétractation comme lui ayant été imposée par violence.

VARCHI (Benedetto). Storia fiorentina. Colonia, (AiigustaJ, Pietro Martello (Paulo Kukzio), 1721, in-fol.

On ne trouve que dans un très-petit nombre d'exemplaires, p. 639 et 640, le récit d'un crime in-

fôme, commis par P.-L. Farnèse (1), et alors toutes les pages de la feuille Liii ont 51 lignes au lieu de 50. Dans les exemplaires ordinaires, l'histoire est terminée à la page 639 ; on a rétabli ces derniers feuillets après coup dans certains exemplaires, mais la réimpression se reconnaît facilement, d'abord k la différence du caractère et du papier, puis à la page 640, qui est terminée sans vignette.

(Manuel du Libraire.)

VILLEGOMBLAIN. Mémoires. 1667.

Les 80 dernières pages du tome II ont été retranchées d'une partie des exemplaires, parce qu'elles contenaient des assertions peu favorables à Henri IV; elles ont été remplacées par une fin moins étendue.

VIES DES SAINTS Pères du Désert (par Bourgoing deVillefore). 1774, in-8.

Les vies de quatre saints, qui terminent le second volume, furent retranchées dans la plupart des exemplaires et remplacées par des cartons. Ces vies remplissent une feuille d'impression avec les figures; ce sont celles de sainte Marie-Magdeleine, de sainte Eugénie, de sainte Sylvie et de sainte Sara, que le censeur supprima comme plus scandaleuses qu'édifiantes ; mais l'éditeur ne voulut pas obtempérer à la sévérité de la censure et sacrifier quatre belles

(1) Poignardé à Plaisance, en 1555; ce fut fun des plus atroces de ces scélérats trop nombreux en Italie pendant le xvi« siècle.

gravures. Voilà pourquoi la pagination de cette feuille supplémentaire continue celle du volume, de manière à ce qu'on puisse à volonté supprimer ou ajouter le carton. (Cat. Pixerécourt, 1839, n° 1772.)

VIRGILE. Les Géorgiques, traduites par Delille. Paris, Btuet, 1770, in-8.

Un carton pour la page 52 à la fm du volume dans un exemplaire qui figure au cat. Chaudey, n° 478.

VOISENON (l'abbé de). (Euvres complètes (publiées par M™^ de Turpin). Paris, 1781, 5 vol. in-8.

Des cartons ont été mis aux pages 71, 149, 15J, 175 et 179 du 4"^« volume.

Un des travaux les plus dignes d'attention consacrés à ce singulier ecclésiastique, est la notice insérée dans un volume de M. G. Desnoiresterres : Les Originaux.

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