III. l:(, t. VII, p. 61, Les histoires (A) IV. 18i
Plutatïque
Pour Plutarque, jéludierai aussi bien les Opuscules, où les exemples historiques sont très nombreu.x, que les Vies qui traitent l'histoire à la manière des moralistes.
Coste avait déjà remarqué que Alontaij^ne lisait Plutarque dans les traductions de Jacques Amiot (2). Au moins pour les Œuvres morales, on peut préciser davantage. On peut démontrer que, suivant toute vraisemblance, c'est l'édition de 1572, la première, qu'il avait entre les mains. En eiïet, dans l'édition de 1572, Amyot avait écrit (f" 172 v») : « Sylla aiant pris la ville de Peruse condamna tous les habitans à mourir, excepté son hoste, auquel il pardonna pour l'anciene alliance d'tiospitalité qu'il avoit avec luy ; mais sou hoste luy respondit qu'il ne vouloit point estre tenu de sa vie au meurtrier de son pais, & se jetta parmy la trouppe de ces citoiens que l'on massacroit où il fut meurtry quant & eul.x. » Dès la seconde édition, en 1574, il corrige Peruse et rétablit à la place Prenesie qui subsiste daiis les éditions suivantes. Or, Montaigne a fait allusion à cette anecdote au premier Essai du premier livre, et il place l'aventure, lui, non à Preneste, mais à i'erusc. Puisque seule la première édition donne Peruse, c'est bien probablement la première édition que Montaigne avait (.'{). Cette conclusion ne
(1) J';ii clapné de cette liste nii ou deux passa;,'e.s (jui ne peuvent (Certainement |)as venir d'Hérodote. Par exemple, dans l'essai I.-21 « La bru de Pythagoras » (t. I, p. i'i9], il est manifeste que la source est dans Diogène et non dans Hérodote. 11 est possible d'ailleurs que plusieurs des allusions que j'ai maintenues viennent de sources de seconde main. Par exemple, l'allégation de l'Essai I.-4i est inexacte; elle prête à Hérodote cette affirmation que des hommes reslent |)longés six moix ])ar an dans le .sommeil, alors qu'Hérodote n'y croit pas. Peut-être Montaigne a-t-il trouvé cela cliez quelque comnilateui-.
(2) La traduction des Vies parut en Iuj9, chez Vascosan, cl de nouveau en IjGj cl 1567. La traduction des Œuvres morales lut publiée en 1572.
(3) En voici le litre : Les Œuvres morales et meslees de Plutarque. Translatées du Grec en François par Messire Jacques A mijot, à présent Evesque d'A uxerre, Conseiller du Roy en son privé Conseil, et grand Aumosnier de France. — A Paris, de l'Imprimerie de Michel de Vascosan MDLXXII . Avec Privilège du Boy.
serait iiiliriiiée (jue s'il avait tcouvé l'anecdote cluv. (|iit'l(nie vulgarisateur de son temps (|iii en eût fait usage avant lui, mais une recherche attentive ne me l'a fait rencontrer nulle part.
l^our étudier les emprunts faits par Montai.^ne à Jacques Amyot, nous avons un très riche et excellent répertoire: c'est l'ouvrage publié par Miss Grâce Norton, sous le litre suivant : « Le IHularquc de Montaigne, Sélections from AmijoCs translation of Plutarcli arrangea ta illustrate Montaigne s Essays, compiled and ediled by miss Grâce Norton. Boston and New-York, Houghton, iMilïlin and conipany, 1906. » C'est un recueil de passages d'Aniyot auxquels Montaigne a fait allusion dans les Essais. 11 rend de grands services pour l'élude de Montaigne. Mais miss Norton s'est contentée, ou à peu près, de relever les sources indi([uées par les commentateurs Ses additions sont peu nombreuses. Il y avait lieu de compléter cependant. Les commentateurs ont surtout signalé des faits historiques dérobés par Montaigne pour être insérés à titre d'exemple dans ses Essais. Les faits de ce genre comportent en général un nom propre, et les noms propres sont signalés dans les index, (|ui décèlent ainsi très aisément les larcins.
Ils ne se sont pas sutïisamment donné la peine de faire la chasse, à travers le gros in-folio d'Amiot, aux emprunts qu'aucun nom propre ne signale à l'attention. Voici un certain nombre d'emprunts et d'allusions que j'ajoute à la collection dressée par miss Norton. Aucun d'eux ne me paraît avoir été jusqu'à présent signalé.
Je donnerai parallèlement les textes de Montaigne et d'Amyot pour les emprunts qui me paraîtront suffisamment précis pour que la comparaison soit instructive. J'y joindrai l'indication de quelques autres passages où Montaigne a suivi de moins près son modèle.
^Vlontaignc
Amyot
Ainsi faisoint les Egyptiens, qui, Quant à la façon de faire d'Ae-
au milieu de leurs festins et parmy gypte où ils ont accoustumé d'ap-
leur meilleure chère, faisoient apor- porter ordinairement au milieu d'un
ter 1 anatomie sèche d'un corps festin l'anatomie sèche d'un corps
dhouime mort, pour servir d'advertisseinent aus conviés.
d'houmie iiiort, et le uiouslrer à tous les conviez, en les admonestant de se souvenir qu'en peu de temps ils seront tels, encore (jue ce soit un fort mal plaisant \- importun entremets, toutefois si ail quelle comodité.
(Bancquet des sept Sages, f. 151 D.)
Tout ainsi que les oyseaus vont quelquefois a la queste du grein, et le portent au bec sans le taster, pour en faire bêchée a leurs petitz, ainsi nos pédantes vont pillotant la science dans les livres, et ne la logent qu'au bout de leurs lèvres, pour la dégorger seulement et mettre au vent.
Ceulx qui... ne font qu'espier s'ils pourront derobber quelque chose de la philosophie pour l'aller incontinent prescher; comme charlatans, ou au milieu d'une place,...
ce contrefaiseur de philosophe ressemble proprement à l'oyseau que descrit Homère, qui porte incontinent en sa bouche tout ce qu'il peult prendre, à ses disciples, comme à des petits qui sont encore dedans le nid sans plumes, et cependant il meurt de faim luy mesme : ne prenant rien de ce qu'il apporte pour s'en valoir et nourrir, ou ne digérant rien de ce qu'il prent.
(Comment on pourra aparcevoir si l'on profite en l'exercice de la vertu, f. 115 H.)
La science passe de main en main, pour cete seule fin d'en faire parade, d'en entretenir autruy, et d'en faire des contes, comme une vaine monnoie inutile a tout autre usage et emploite qu'a conter et jetter.
Comme Anacharsis disoit qu'il ne voioit point que les Grecs usassent de leurs deniers monnoyez à autre usage qu'a jetter et compter :
aussi ne font ceulx là autre chose que compter et mesurer leurs beaus propos, sans en tirer autre commodité ne profit.
|Ib., f» 115 C.)
Ceux qui escrivent les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aus conseils qu'aus evenemens, plus a ce qui part du dedans qu'a ce qui' ar-
L'une (l'histoire) regarde plus les choses, l'autre (la biographie) les personnes ; l'une est plus publique, l'autre plus domestique ; l'une con-
rive au dehors, ceus la me sont plus propres.
(II, 10. D, t. I,p. 351.)
cerne plus ce qui est au dehors de l'homme, l'autre ce qui procède du dedans ; l'une les événements et l'autre les conseils.
(Les Vies. Prejace au trespuissant et treschrestien Roy de France Henry deuxième de ce nom.)
Les Stoïciens disent, quand le sage œuvre, il œuvre par toutes les vertus ensemble, quoy qu'il y en ait une plus apparente, selon la nature de l'action.
(II. 11, D, t. II. p. 10.)
Chrysippus dit que les vertus s'entre-suyvent l'une l'autre non seulement en ce que qui en a l'une, il a toutes les autres, mais aussi en ce que qui œuvre selon l'une, œuvre quand &. quand, selon toutes les autres.
(Les contredicts des philosophes stoiques, t. 568 F."
Nous pouvons dire que les elephans ont quelque participation de religion, d'autant qu'après plusieurs ablutions et purifications, on les void haussant leur trompe comme des bras, et. tenant les yeus fichés vers le soleil levant, se planter long temps en méditation et contemplation, a certaines heures du jour, de leur propre inclination, sans instruction et sans précepte.
(II, 12. D, t. II, 50.)
Ils usent lies elephans) de prières envers les Dieux, en se purifiant avec l'eau de la mer, & adorant le Soleil levant, en haulsant contremont leur trompe, comme si cestoit leur main, le tout sans que personne leur ait enseigné à ce faire, aussi est-ce le plus devost & le plus religieux de tous les animaux.
Quels animaux sont les plus adtise::, ceulx de la terre, ou ceulx des eaux (f. 515 G.)
Les cupiditez sont ou naturelles ou nécessaires comme le boire et le manger ; ou naturelles et non nécessaires, comme l'acointance des femelles ; ou elles ne sont ny naturelles ny nécessaires. De céte dernière sorte sont quasi toutes celles des hommes : elles sont toutes superflues et artificielles Ces cupiditez estrangieres, que l'ignorance du bien et une fauce opinion ont coulées en nous, elles sont en si
entre les cupiditez vous voiez beaucoup de difïerences, comme celle du boire oultre ce qu'elle est naturelle il est certain qu'elle est aussi nécessaire : & celle de l'amour, encore que nature en donne le commancement, si est-ce que l'on peut bien commodément vivre en s'en passant, cS: pour ce doit elle estre appelée naturelle, mais non pas nécessaire. Il y a un autre genre de cupiditez, qui ne sont ny naturelles
grand nombre qu'elles chassent presque toutes les naturelles, ny plus ny moins que si, en une cité il y avoit si grand nombre d'estrangiers qu'ilz en missent hors les naturels habitans.
(11. 12. D., t. II, p. 56 57)
ny nécessaires, ains coulées de deliors par une ignorance du bien, par une vaine opinion : & celles la sont en si grand nombre qu'elles chassent presque toutes les naturelles, ne plus ne moins que si en une cité il y avoit si grand nombre d'estrangers, qu'ils forceassent les habitants.
Que les bestes brutes usent de la raison (f. 272 r").
11 est advenu aus gens véritablement sçavans ce qui advient aus espics de bled : ils vont s'eslevant et se haussant la teste droite et fiere tant qu'ils sont vuides, mais quand ils sont pleins et grossis de grain en leur maturité, ilz commencent a s'humilier et a baisser les cornes.
Pareillement, les hommes, ayant tout essayé et tout soudé, n'ayant trouvé, en tout cet amas de science et provision de tant de choses diverses, rien de massif et de ferme, et rien que vanité, ilz ont renoncé a leur presumption et reconu leur condition naturelle.
(II. 12, D, t. II, p. 90)
Ainsi comme les laboureurs voient plus volontiers les espics qui panchent et se courbent contre la terre, que ceux qui pour leur légèreté sont haulcs et droits, d'autant qu'ils les estiment vuide de grain et qu'il n'y a presque rien dedans.
Ainsi entre les jeunes gens qui se donnent à la Philosophie, ceulx qui sont les plus vuides et qui ont moins de pois ceulx-lâ ont du commancement lasseurance, la contenance et puis quand ils se commencent à remplir et a amasser du fruict des discours de la raison, ils otent alors cette mine superbe.
Il est, a l'advanture, soustenable que l'ame n'a nulle autre alleure et mouvement que du soufle de ces ventz, et que, sans leur agitation, elle resteroit sans action, comme un navire en pleine mer que les ventz abandonnent de leur secours. (1)
(II. 12, D. t. II, p. 148)
Si l'on oste de tout point entièrement les passions, encore qu'il fust possible de le faire, on trouvera que la raison en plusieurs choses demourera trop lasche cSl trop molle, sans action, ne plus ne moins qu'un vaisseau branlant en mer. quand le vent lui default.
(De la vertu morale, f. 37, F.)
(1) Pour tout le passage qui suit sur les rapports de la raison avec les passions, il faut comparer Plutaïque « De la vertu morale », p. 37*^- '*• "*• ^-
— li)U —
Coiniin3 les chieuri couards, qui deschirent en la maison et mordent les peaus des bestes sauvages qu'ilz n'ont osé attaquer aux champs.
(II. 1;', D. t. II. p. 265)
Ceulx là doncques,... font ne plus ne moins que les couards & chetifs chiens, qui mordent bien les peaux des bestes sauvages, quand ils sont à la niaison, & leur arrachent bien les poils, mais ils ne touchent point à elles aux cliumps.
(Comment iljaut ouir. f. 30, G.)
Architas Tarentinus, revenant d'une guerre ou il avoit esté Capitaine gênerai, trouva tout plein de mauvais mesnage en sa maison, et ses terres en frische, par le mauvais gouvernement de son receveur.
Et l'ayant faict appeller : a Va, luy dit il, que si je n'estois en colère, je t'estrillerois comme tu mérites. »
Platon de mesme, s'estant eschauiïé contre l'un de ses esclaves, donna charge a Speusippus de le chastier, s'excusant d'y mettre la main luy mesme, sur ce qu'il estoit courroucé.
(II, 31, D, t. II, p. 281.)
Archytas le Tarentin et Platon en firent tout de mesme ; car l'un estant de retour d'une guerre où il avoit esté Capitaine gênerai, trouva ses terres toutes en friche, et feit appeler son receveur auquel il dit, si je n'estois eu cholere je te battrois bien. Et Platon aussi s'estant un jour courroucé à rencontre d'un sien esclave meschant & gourmand appela le fils de sa sœur Speusippus, & lui dit, Pren moy ce meschant icy, À me le va fouetter, car quant a moy, je suis courroucé.
{Comment il JauU nourrir les enfants, f. 6, D, E.)
Les parolles d'Homère, selon Aristote, sont les seules parolles qui ayent mouvement et action.
(II, 3G, D, t. II, p. 323.)
Aristote souloit dire qu'Homère estoit celuy seul qui faisoit des noms et des termes qui avoient mouvements pour la vivacité de leur expression.
(Des Oracles de la prophetisse Pt/thic, f. 629 E.)
Edition de 1588
Voici d'abord une image visiblement inspirée de Plutarque, bien que Montaigne l'abrège et (lu'il ne retienne pas les mots de Sun modèle. Montaigne (I, 14, t. 1, p. 90) écrit en loS8 : « L'aisance et l'indigence despendent de l'opiuion d'un chacun ; et non plus la richesse que la gloire, que la santé, n'ont qu'autant de beauté et de plaisir que leur en preste celuy (lui les possède. Les
accessions externes prennent goust et couleur de l'interne constitution, comme les accoustremens nous eschaufîent, non de leur chaleur, mais de la noslre, laquelle ils sont propres à couver et nourrir. » C'est l'image qui ouvre le traité « du Vice et de la Fe7"fM », chez Plutarque : « Il semble que ce soient les habillements qui eschautïent l'homme, &: toutefois ce ne sont ils pas qui l'eschauffent, ne qui luy donnent la chaleur, par ce que chascun d'iceux vestements à part soy est iroid... l'habillement enveloppant le corps, et le tenant joinct et serré, arreste et contient la chaleur au dedans ; que l'homme rend de soy-mesme, et empesche qu'elle ne se respande parmy l'air. Cela mesme estant es choses humaines trompe beaucoup de gens, lesquels pensent s'ils sont logez en belles et grandes maisons, s'ils possèdent grand nombre d'esclaves, & s'ils amassent grosse somme d'or et d'argent, qu'ils en vivront joyeusement : là où le vivre doulcement et joyeusement ne procède point du dehors de l'homme, ainsi au contraire l'homme despart & donne à toutes choses qui sont autour de luy joye et plaisir, quand son naturel «S: ses meurs au dedans sont bien composez par ce que c'est la fonteine et source vive, dont tout ce contentement procède. )) (Du vice et de la vertu, p. 38 B.)
Voici maintenant, non plus une image, mais une idée rapportée par Plutarque et que Montaigne résume (I, 23, 1. 1, p. 169) : u On lit en nos loix mesmes, faites pour le remède de ce premier mal, l'aprentissage et l'excuse de toutes sortes de mauvaises entreprises ; et nous advient ce que Thucidides dict des guerres civiles de son temps, qu'en faveur des vices publiques on les battisoit de mots nouveaux plus doux pour leur excuse, abastardissant et amollissant leurs vrais titres. » Plutarcjue dit plus longuement au traité intitulé « Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy » (f. 44, E) : « Thucydides escrit qu'es séditions et guerres civiles, l'on transferoit la signification accoustumée des mots, aux actes que l'on faisoit, pour les justilier : car une témérité désespérée estoit réputée vaillance aimant ses amis : une dilation i)rovidente, honneste couardise : une tempérance, couverture de lascheté : une prudence circonspecte, générale paresse : aussi fault il bien prendre garde es flatteurs là où Ion verra qu'ils appelleront prodigalité, libéralité... ».
Dans le même Essai, Montaigne mentionne des populations où
(( la plus lionorable sépulture est d'estre mangé des chiens, ailleurs des oiseaux ». Je crois que ce sont encore deux souvenirs de Plutarque, qui dit au traité « Que le vice seul est suffisant pour rendre l'homme malheureux (f. 138, A) : « Ce sont les plus heureuses sépultures des Tartares, et des Hyrcanieus, d'estre mange des chiens : & entre les Bactrianiens, par les loix du pais, ceulx-là sont estimez avoir plus heureuse fin, quand les oiseaux les mangent après qu'ils sont morts. »
JVIontaigne
Les petits des ours, des chiens, monstrent leur inclination naturelle ; mais les hommes, se jettans incontinent en des accoustumances, en des opinions, en des loix, se changent ou se déguisent, et masquent facilement.
(I, 26, t. II, p. 26) (1).
flmyot
Les petits des ours, des loups, des singes, & de semblables animaux, monstrent incontinent leur inclination naturelle des leur jeunesse, d'autant qu'il n'y a rien qui les desguise, ne qui les masque.
Mais la nature de l'homme venant à se jetter en des accoustumances, en des opinions, et en des loix, couvre bien souvent ce qu'elle a de mauvais.
{Pourquoi/ la Justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices, i. 267 F.)
Un roy doit pouvoir respondre comme Iphicrates respondit à l'orateur qui le pressoit en son invective, de cette manière : « Et bien, qu'es-tu, pour faire tant le brave ?
es-tu homme d'armes? es-tu archier ? es-tu piquier ? — Je ne suis rien de tout cela, mais je suis celuy qui sçait commander à tous ceuxlà. »
(I, 40, t. II, p. 197.)
Un orateur haranguant devant le peuple en pleine assemblée de ville demanda a Iphicrates^ qu'es tu, à fin que Ion sçache dequoy tu te glorifies tant : Es tu homme d'armes, ou archer, ou homme de pied & picquier ? Je ne suis, respondit-il, rien de tout cela, mais je suis celuy qui sçait commander à tous ceulx-là.
{Les dicts notables des anciens Roys, Princes et Grands Capitaines, f . 197 B. )
(1) Dans le même passage, Montaigne, parlant des variations de tempérameats auxquelles chacun de nous est sujet, écrit : « Voyez Cimoii, voyez Themistocles et raille autres, combien ils se sont disconvenuz à eux mesnies. " C'est encore une réminiscence du même traité de Plutarque, où, quehjues pages plus haut, ou lit de nombreux exemples destinés à illustrer cette même idée.
Les taches s'a^i'andissent selon J'eminence et clarté du lieu où elles sont assises, et un seing et une verrue au visage paroissent plus que ne faict ailleurs une balafre.
Tout ainsi comme une lentille, un seing, une verrue en la face de l'homme font plus d'ennuy que ne feroient une halafre, ou une cicatrice, ou une mutilation en tout le reste du corps : aussi les faultes petites et légères de soy, apparoissent grandes es vies des Princes.
{Instruction pour ceulx qui manient affaire d' estât, f. 162 F.)
Scipion dict à un jeune homme, qui luy faisoit montre de son beau bouclier : « Il est vrayement ])eau, mon fils ; mais un soldat romain doit avoir plus de fiance en sa main dextre qu'en la gauche. »
(II, 9, t. III, p. 114.)
Un... monstroit a Scipion sa rondelle fort bien et richement ornée, auquel il respondit, Voyla une belle rondelle, mon amy, mais il fault que un soudard Romain mette plus son espérance en sa main droitte, que non pas en sa gauche.
(Les ilicls notables des anciens Rot/s, Princes, ^- Grands Capitaines, l" 205 E.)
Ce monde est un temple tressainct, dedans lequel l'homme est introduict pour y contempler des statues, non ouvrées de mortelle main, mais celles que la divine pensée a faict sensibles, le soleil, les estoilles, les eaux et la terre, pour nous représenter les intelligibles.
(II, 12, t. II, p. 184.)
Ce monde est un temple tressainct, iS: tres-devot, dedans lequel l'homme est introduit à sa nativité, pour y contempler des statues non ouvrées et taillées de mains d'hommes, & qui n'ont aucun mouvement, mais celles que la divine pensée à faitte sensibles, pour nous représenter les intelligibles, comme dit Platon, aïans en elles les principes empraints de vie et de mouvement, c'est a sçavoir, le soleil, la lune, les estoilles, & les rivières
{De la tranquillité de L'anic et repos de l'esprit, f. 7G A.|
Les dieux ont la santé en essence, dict la philosophie, et la maladie en intelligence ; l'homme, au
Qui empescheroit de dire, que le mal fust en intelligence. & le bien en essence? comme la santé est, à
rebours, possède ses biens fantasie, les maux en essence.
(II, 12, t. II, p. 259.
mon advis, entre les Dieux en essence, iV la fiebvre & la pleurésie en intellisonce, attendu que, comme ils disent eulx mesmes, nous avons tous affluence de tous maux, & rien de bien : mais pour cela nous ne laissons pas d'entendre que c'est que prudence, que c'est que le bien, & que c'est qne la félicité.
(Des communes conceptions contre le stoiqne, i. 578 H.)
Comme fit Gobrias : car, estant aux prises bien estroictes avec un seigneur de Perse, Darius y survenant l'espée au poing, qui craingnoit de frapper de peur d'assener Gobrias, il luy cria qu'il donnast hardiment, quand il devroit donner au travers tous les deux.
(II, 12, t. IV, p. 81.)
Gobrias s'estant jette dedans une petite chambre obscure après l'un des tyrans de Perse quis'appelloient
Mages & se trouvant aux prises
bien a l'estroit avec luy, cria à Darius, qui y survint l'espee nue au poing & qui doutoit de frapper le Mage, de peur qu'il n'assenast quant \ quant Gobrias, qu'il donnast hardiment, quand il devroit donner à travers tous les deux.
[Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amij, f.
Conmie les fruicts naissent divers et les animaux, les hommes naissent aussi plus et moins belliqueux, justes,.... selon que porte l'inclination du lieu où ils sont assis, et prennent nouvelle complexion si on les change de place, conmie les arbres : qui fut la raison pour laquelle Cyrus ne voulut accorder aux Perses de changer leur païs aspre et bossu pour se transporter en un autre doux et plain.
(II, 12. t. IV, p. 115.)
Et conmie les Perses voulussent changer de pais, ^ au lieu du leur qui estoit aspre et bossu, en prendre un autre qui estoit doulx & plain, Cyrus ne le voulut pas permettre, disant, que les semences des plantes, & les meurs des hommes deviennent à la fin semblables aux lieux & contrées où ils demeurent.
[Les dicts notables des anciens Roys, Princes ^- Grands Capitaines, t. 188 E.)
Epicharmus disoit, que celuy qui a pieça emprunté de l'argent ne le doit pas maintenant, et que celuy
Cela ressembleroit proprement
aux rusesd'Epicarmus Car celuy
qui a pieça emprunté de l'argent,
qui cette nuict a esté convié à venir ce matin disner vient aujourd'liuy non convié, attendu que ce ne sont plus eux, il sont devenus autres.
(II, 12, t IV, p. 162.)
Geluy qui a faim use de viande, mais celuy qui veut user de chastiement n'en doibt avoir faim ny soif.
(II, 31, t. V, p. 36.)
ne le doit pas maintenant, attendu que ce n'est luy & qu'il est devenu un autre : & celuy qui fut hier convié à soupper y vient au jourd'hui sans mander, attendu qu'il est devenu un autre.
(Pourquoy la justice divine differre quelquefois la punition des maléfices, f. 264 G.)
Naturellement celuy qui a faim use de viande, mais de punition ne doit user sinon celuy qui n'en a ne faim ne soif.
[Comment il Jaut refréner la cholere,t 60 F.)
Le plus doux contentement Epaminondas asseuroit que
qu'eut Epaminondas en toute sa vie, le plus doulx contentement qu'il
if asseuroit que c'esloit le plaisir eust eu en toute sa vie, estoit que
qu'il avoit donné à son père et à sa son père & sa mère vivans voyoient
mère de sa victoire de Leuctres le trophée delà battaille de Leuctres,
(II 36 t V D 110 ) ^^^^^ avoit gagnée contre les Lacedemoniens.
(Que Von ne sçauroit vivre Joyeusement selon la doctrine d'Epicurus, f. 285 D.)
Le vice laisse, comme un ulcère en la chair, une repentance en l'ame, qui tousjours s'esgratigne et s'ensanglante elle mesme : car la raison elïaçe les autres tristesses et douleurs^ mais elle engendre celle de la repentance, qui est plus grief ve, d'autant qu'elle naist au dedans, comme le froid et le chaut des fièvres est plus poignant que celuy qui vient du dehors.
(III, 2, t. V, p. 192.)
Le remords de la conscience...
laisse comme un ulcère en la chair, une repentance en l'ame qui tousjours s'egrattigne & s'ensanglante elle mesme : car la raison osle efface les autres tristesses angoisses & douleurs, mais elle engendre celle de la repentance, laquelle le mord avec honte, &. le punit elle mesme : car ainsi comme ceulx qui tremblent de froid ou bruslent de chauld en fièvre, en sont plus affligez & plus tourmentez que ceulx qui souffrent les mesmes passions par causes extérieures de froideur d'hyver, ou de chaleur d'esté : aussi
Je hay un esprit hargneux et triste qui glisse par dessus les plaisirs de sa vie et s'empoigne et paist aux malheurs : comme les mouches, qui ne peuvent tenir contre un corps bien poly et bien lissé, et s'attachent et reposent aux lieux scabreux et raboteux ; et comme les vantouses qui ne hument et appetent que le mauvais sang.
(III, 5, t. V, p. 254.)
les mesadventuros fortuites & casuelles apportent des douleurs plus légères, comme venans du dehors.
{De la tranquillile de l'a/nc ^
repos de Uesjwit, i. 75 G.)
Comme les mousches ne se peuvent tenir contre les endroicts des miroirs qui sont bien lissez, ains glissent, iS: au contraire elles s'attachent bien à ceux qui sont rabotteux & scabreux, et où il y a des graveures, aussi les hommes glissans dessus les aventures qu'ils ont eues guayes. joyeuses & prospères, s'attachent à la rememorasion des adverses et malplaisantes.
(De la tranquillité de l'aine ^ repos de l'esprit, f. 73 H.)
Comme les ventôses cV cornets attirent ce qu'il y a de pire en la chair : aussi amasses-tu a rencontre de toy mesme ce qu'il y a de plus mauvais en toy.
(De la tranquillité de Vame ^ repos de l'esprit f. 71 B.)
Je fais volontiers le tour de ce peintre, lequel, ayant misérablement représenté des coqs, det'fendoit à ses garçons qu'ils ne laissassent venir en sa boutique aucun coq naturel.
II fait ne plus ne moins qu'un mauvais peintre, qui avoit fort mal peint des coqs, car il commandoit à son valet de chasser bien loing de sa peinture les coqs naturelles.
(Coiiunent on pourra discerner le flatteur d'avec l'aniy, f. 49 H.
Siramnes le Persien respondit à ceux qui s'estonnoient comment ses affaires succedoient si mal, veu que ses propos estoient si sages, « qu'il e&toit seul maislre de ses
Siramnes Persien respondit a ceulx qui s'esbahissoyent dont venoit que ses devis estoyent si sages, et ses elïects si peu heureux : « C'est pourantant, dit-il, que les devis sont
propos, mais du succez de ses affaires c'estoit la fortune. »
(III, 8, t. VI, p. 101).
en ma pleine disposition, et les elïecls en celle de fortune et du roy. »
(Préface des Vies.)
Comme les petites lettres offencent et lassent plus les yeux, aussi nous piquent plus les petits affaires.
Tout ainsi comme les petites lettres offensent & poignent plus les yeux, d'autant qu'elles les tendent plus, aussi les petites affaires troublent plus la cholere.
(Comment il fault rejrener la cholere, f. 63, A.)
Or nous monstre assez Homère combien la surprise donne d'avantage, qui faiet Ulysse pleurant de la mort de son chien et ne pleurant point des pleurs de sa mère : le premier accident, tout legier qu'il estoit. l'emporta, d'autant qu'il en fut inopinéement assailly : il soustint le second, plus impétueux parce qu'il y estoit préparé.
(III. 9. t. VI. p. 126.)
Le poète mesme Homère nous donne bien à entendre quel est ce qui arrive contre toute attente & espérance, quand il fait qu'Ulysses pleure pour la mort de son ehien (Je ucantmoins estant assis auprès de sa femme qui ploroit, il ne pleure point, d'autant qu'il estoit là venu, aiant de longue main anticipé & domté par le jugement de la raison son affection: »V au contraire il estoit tombé à l'improuveu soudainement contre son attente en l'autre accident.
(De la tranquillité de l'ame ^ repos de l'esprit^ f. 74, H.)
Comme disoit Selon : a Quidresseroit un tas de tous les maux ensemble, il n'est aucun qui ne choisist plustost de raporter avec soy les maux qu'il a que de venir à division légitime, avec tous les autres hommes, de ce tas de maux, et en prendre sa quotte part.
III, 9, t. VI, p. 143.)
Le propos de Socrates qui vouloit dire, qu'il falloit que chascun apportast ses malheurs i^ adversitez en commun, & que Ion les departist tellement que cliascun en eust son égale portion, car alors il se verroit que la plus part de ceux qui se plaignent seroient bien aises de ce contenter des leurs, «Se s'en aller à tout.
(Consolation envoyée à Apollonius sur la mort de sonjîls, f. 245, G.
Encore s'il advenoit, comme disent aucuns jardiniers, que les roses et violettes naissent plus odoriférantes prés des aux et des oignons, d'autant qu'ils espuisent et tirent à eux ce qu'il y a de mauvaise odeur en la terre : aussi que ces dépraves natures humassent tout le venin de mon air et du climat, et m'en rendissent d'autant meilleur et plus pur par leur voisinage.
Comme les bons jardiniers ont opinion qu'ils rendent les roses et les violettes meilleures en semant auprès des aulx & des oignons pour ce que tout ce qu'il y peult avoir de forte et puante odeur au suc dont elles sont nourries se purge en ceulx là, aussi l'ennemy recevant & tirant a soy toute l'envie et la malignité, nous rendra plus traictables &. plus gracieux envers noz amis en leurs prosperitez.
(Comment on pourra recenoir utilile de ses ennemis, f. 112F.)
O un amy ! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus nécessaire et plus doux que des elemens de l'eau et du feu !
(III, 9, t. VI, p. 180).
Grâce & utilité accompaignent tousjours l'amitié, suyvant l'ancien proverbe qui dit. que l'amy est plus nécessaire que ne sont les éléments de l'eau &. du feu.
(Comment on pourra discerner lejlatteur d'avecl'anu/,iA\,D.)
On peut s'arrester à l'escorce, (dans une leçon morale) mais c'est après qu'on en a retiré la mouele :
comme, après avoir avalé le bon vin d'une belle coupe, nous en considérons les graveures et l'ouvrage.
Pour dresser un bois courbe, on le recourbe au rebours (1).
(III, 10. t. VI, p. 219).
La grâce du stile... c'est... ce dequoy le jeune homme qui escoute se doit soueier le moins, au moins du commencement : je ne dis pas que puis après il ne s'y puisse bien arrester. ne plus ne moins que ceulx qui boivent après qu'ils ont estanché leur soif, alors ils tournent les couppes tout à l'entour, pour considérer & regarder l'ouvrage qui est dessus.
[Comment il J'ault ouïr, f. 27 E.).
Ils font des meurs comme d'un bois courbé d'un costé ils le recourbent de l'autre.
(Comment on pourra discerner le flatteur d'avec Vaniy, f. 50 E.).
(1) Montaifue donne à l'image la même valeur qu'Aniyot, le sens général de la phrase est de part et d'antre : pour ce corriger d'un vioe on contracte le vice contraire.
Il faut procéder au rebours du roseau qui produict une longue tige et droicte de la première venue'; mais après, comme il s'estoit alanguy et mis hors d'haleine, il vient à faire des neuds frequens et espais.
comme des pauses qui montrent qu'il n'a plus cette première vigueur et constance.
(III, lu, t. VI, p. 239.)
Tout ainsi comme la première bouttee que fait le germe du rouseau aiant force de poulser grande, produit une longue tige droicte, égale & unie du commencement...
et puis après comme si elle se lassoit en hault par une défaillance de courte haleine, elle est souvent retenue par plusieurs nœuds, non gueres distans l'un de l'autre, comme si l'esprit qui poulse contremont trouvoit quelque empêchement qui le rabbatist & le fîst trembler.
(Comment l'on pourra apparcevoir si l'on profite en l'exercice de la vertu, f. 114 B.)
C'est agir pour sa réputation et profflt particulier, non pour le bien, de remettre à faire en la place ce qu'on peut faire en la chambre du conseil... Ainsi faisoyent aucuns chirurgiens de Grèce les opérations de leur art sur des eschatïaux, à la veuë des passans, pour en acquérir plus de practique et de chalandise.
(III, 10, t. VI, p. 245.)
Cela n'est pas fait en amy, mais en Sophiste, qui ne quiert que l'apparence, & veult chercher sa gloire es faultes d'autruy, pour en faire ses monstres devant les assistans :
comme les chirurgiens qui font les opérations de leur art en plein théâtre, pour avoir plus de pratique.
[Convnent on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy, f.53 D.)
Donne moy une dragme d'argent, disoit un philosophe cynique à Anligonus. — Ce n'est pas présent de roy respondit-il.— Donne moy donc un talent. — Ce n'est pas présent pour cynique.
(III, 11, t. VI. p. 267.)
Comme un belistre philosophe Cynique lui demandast une drachme Ce n'est, dit-il, pas un don
de Koy, & comme l'autre luy repliquast donne moy doncques un talent il luy respondit ce n'est pas
un présent de Cynique.
{De la mauvaise honte, f. 78 F.)
Cette raison qui se manie à nostre poste, trouvant tousjours quelque diversité et nouvellelé, ne laisse chez nous aucune trace apparente de la nature. Et en ont faict les
La nature retient & garde mieulx en icelles besles brustes ce qui luy est propre, simple et entier sans le corrompre ny altérer d'aucune meslange estrangere : là où au
hoiiHiies coumie les parfumiers de l'huile : ils l'ont sophisliiiuée de tant d'urguinentalions et do discours adjoustez du dehors qu'elle en est devenue variable et particulière à chacun, et a perdu aon propre visage, constant et universel, et nous faut en cercher tesmoignage des besles.
(III, 12, t. VI, p. 289.)
contraire, il seniliN; que les lionunes en on fait comme les parfumiers font do l'huile, par accoustumance & par io discours de leur raison, ils y ont meslé tant d'opinions & tant d'avis adjoustez du dehors quelle en est devenue variable «& particulière a cliascun & n'a point retenu ce qui luy estoit propre et peculier (1).
{De l'amour ^- charité dos pcres ^ ineres envers leurs enfans, f. 100 F.
La ressemblance ne faict pas tant un, comme la dillerence faict autre.
(III, 13, t. VII, p. 2.)
Les similitudes ne font pas tant un, comme les différences font autre et différent.
(De Vende ^- de la kaine, f. 107 H.)
L'esprit de l'homme se conduit...
non guiere autrement qu'il advint aux chiens d'Esope, lesquels, descouvrant quelque apparence de corp mort floter en mer, et ne le pouvant approcher, entreprindrent de boire cette eau, d'assécher le passage et si tuèrent.
(III, 13, t. VII, p. 7.)
Nous ressemblons proprement à ces chiens la qu'Esope dit qu'ils brilloient après certains cuyrs qu'ils voyoient flotter sur l'eau, & pour les cuyder avoir, ils se prirent à vouloir boire et avaller toute la mer, mais ils crevèrent plus tost que de toucher à ces cuyrs la.
(Des communes conceptions contre les stoiques, f. 579 B.)
Socrates demandoit à Memnon que c'estoit que Vertu. II y a, fît Memnon, vertu d'homme et de femme, de magistrat et d'homme privé, d'enfant et de vieillart. Voiey qui va bien, s'escria Socrates : nous estions en cherche d'une vertu, en voicy un exaim. Nous commun!-
Socrates demanda un jour a Memnon. .. que c'estoit que vertu.
L'autre luy respondit audacieusement & promptement qu'il y avoit vertu d'enfant lV de vieillard, d'homme & de femme, de magistrat ^^ de privé & de maistre & de valet. Voila qui va bien, répliqua Socrates, nous
(1) Le contexte d'Amyot présente encore plusieurs expressions et images reproduites
par Montaigne, ainsi par exemple : « La raison maistrcsse trouvant lantost
une diversion, tanlost une autre, et tou.sjours quelque nouveliete, n'y laisse aucune apparence, ne manifeste tra<:e de la nature. »
quons une (luustion, on nous en redonne une rucheo.
(III, 13, t. VII, p. 10.1
ne te demandions qu'une vertu et tu nous en remues tout un exaim comme d'ubeilles (1).
(De la idiii-alUè d'Amis, f. 103 E.)
Cecy me faict souvenir de ces
anciennes opinions que l'humaine
justice est formée au patron de la médecine, selon laquelle tout ce qui est utile est aussi juste ethonneste.
(III, 13. t. VII, p. 13)
Conmie en la médecine, tout ce .qui est utile est aussi juste & ho-
neste autant meriteroit d'estre
mocqué & repris, celuy qui estimeroit qu'il y eust es punitions autre chose de juste que ce qui peult guarir & curer le vice.
(Pourquoi la justice divine diffère la punition des maléfices, f. 265 B.)
Quelqu'un, en certaine escliole grecque, parloit haut comme moy ; le maistredes cérémonies luy manda qu'il parlast plus bas. « Qu'il m'envoye, lit-il le ton auquel il veut que je parle. » L'autre luy replica qu'il prinst son ton des oreilles de celuy à qui il parloit. •
(III, 13, t. VII, p. 42.)
Carneades n'aiant pas encore grand nom. disputoit un jour au lieu député aux exercices, & pource qu'il cryoit a pleine teste, le maistre ou concierge du lieu luy envoya dire qu'il moderast un peu sa voix, car il l'avoit haultaine & forte. Carneades luy répliqua. Donne moy donc le ton & la mesure que je doy tenir : et l'autre ne rencontra pas mal luy respondant, le ton c^ la mesure est l'ouye de celuy qui dispute avec toy.
{Du trop parler, f. 96 F.)
On avait déjà signalé beaucoup d'emprunts à Plutarque dans l'édition de 1588: on voit néanmoins que beaucoup restaient à indiquer. Encore n'ai je pas été complet. J'ai laissé de côté un certain nombre d'allusions et d'emprunts moins importants, qui méritent toutefois d'être relevés, parce que le texte de Montaigne ne s'explique clairement (\ue si l'on en rapproche celui de Plutarque.
(1) Rapprocher encore Amyot, f. 31 °; « Ghrysippus. . . introduit en la philo.sophie un exaim comme disoit Platon et toute une ruchce par manière de dire, de vertus. »
Par exemple, beaucoup d'idées morales d«''veloppées par Montaii^iie l'avaient été précédemmeiil par le moi'aliste grec. Il est fatal que deux auteurs parlaul de ([uestious morales se rencontrent souvent. La communauté d'iilées. en pareille malière, n'in(li(|ue |)as toujours une iniluence. Aussi n'est il |»as toujours utile de rapprocher les conceptions de iMutar(|U(; des conce|)lions semblables de Montaigne. Pourtant, étant donné la « familiarité qu'ils avaient entre eux » comme dit Montaigne, il est souvent à propos de le faire. Ciiaque fois que l'idée a quelque originalité, il n'y faut pas manquer. C'est ainsi qu'au chapitre « Du Repentir » Montaigne exprime cette idée que la dilîiculté n'est pas de paraître vertueux aux étrangers, mais d'être jugé tel par ceux (|ui nous entourent et (jui connaissent notre vie jusque dans le détail. (( Tel, dit-il, a esté miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien veu seulement de louable ; peu d'hommes ont esté admirez de leurs domestiques. » (1). Il n'est pas inutile de rappeler que dans la Vie de Périclès, Plutarque avait écrit quelque chose de semblable : « Il est vray qu'en une vraye vertu entière cela est tousjours le plus beau qui est le plus apparent, et il n'y a rien es gens de bien et d'Iionneur que les estrangers trouvent si admirable comme leurs domestiques qui sont tousjours à l'enlours d'eulx trouvent leur vie ordinaire. »
A côté de rapprochements d'idées comme celui-là, il y a lieu de rapprocher des expressions et des images de Montaigne d'expressions et d'images rencontrées par lui chez Amyot, qu'il n'a point copiées, mais qui l'ont inspiré. Au chapitre « de l'Expérience » (III, 13), Montaigne nous met en garde contre les beaux parleurs : tous ceux qui se piquent de sagesse ne sont pas des sages; et il use de cette comparaison : « Tous ceux qui vendent des drogues ne sont pas médecins. » Amyot avait dit : (( 11 ne faut non plus estimer que ces manières de gens là lacent actes de philosophes, que ceulx qui vendent les drogues médicinales et les simples facent actes de médecins ». [foinment on peut apercevoir si l'on amende en l'exercice de la vertu, f'^ 115 H). Ailleurs, ^lontaigne nous dit : a II faut estendre la joie, mais retrancher autant (|u'on peut la tristesse. >- ('/est un beau cri de sage épicurien. Il se souvient d'un mot de Plutarque
qui, pour exliorter Apollonius à sortir de son deuil, lui rappelait (( une ancienne et sage sentence qui nous admoneste d'estendre le plus que nous pourrons les choses bonnes, et restreindre les mauvaises. Si donc le deuil est une bonne chose, poursuivait-il, il le faut augmenter... » ( Consolation à Apollonius, i. !249 E). Les deux mots de Montaigne et de Plutarque sont dilïérents ; les circonstances dans lesquelles ils sont prononcés le sont davantage encore ; il est manifeste, pourtant, que Montaigne se souvient ici de l'expression qu'il a rencontrée dans son livre préféré.
11 le relit, ce livre, avec tant d'assiduité que tous les détails lui en sont familiers. Les faits qu'on y apprend lui semblent monnaie courante: personne ne peut les ignorer. Il y fait allusion, sans les expliquer, comme à des choses que tout le monde connaît. Par exemple, au début du même chapitre « de la Vanité », Montaigne nous raconte que, dans le malheur « son courage se hérisse au lieu de s'applalir )) : « Je me trouve, dit-il, plus dévot dans la bonne que dans la mauvaise fortune, suyvant le précepte de Xenophon si non suyvant sa raison, et fais plus volontiers les doux yeux au ciel pour le remercier que pour le requérir. » Quel est ce précepte de Xenophon, et quelle est « sa raison ? » Montaigne ne daigne pas nous en éclaircir. Pour nous l'allusion n'est pas transparente ; elle l'est pour Montaigne. C'est Plutarque, en elïet, qui lui dit : « Xenophon admoneste que l'on se souvienne des dieux, et que l'on les honore principalement lorsque l'on est en prospérité, afin que, quand on sera en nécessité, on les puisse réclamer avec plus d'asseurance, comme estans de longue main propices et amis » [De la tranquillité de l'âme, f. GS, E). La phrase est dans un des Opuscules que Montaigne semble avoir le plus pratiqués à cette époque. Le texte de Montaigne n'était pas clair pour nous ; il nous faut relire le passage de Plutarque pour comprendre pleinement sa pensée. S'il est plus dévot dans la prospérité que dans l'adversité, n'allez pas croire que c'est par calcul, comme Xenophon, ni pour s'assurer la bienveillance des dieux lorsque la fortune viendra à tourner : c'est par un besoin de sa nature. Plus loin, au chapitre <( De mesnager sa volonté )), iMontaigne se moque des gens avides de réputation qui tirent prétexte des moindres incidents pour célébrer leurs propres louanges, qui déguisent leurs moindres actions en exploits. « Entretenez en hardiment
vostre fils et vostre valet, leur dit-il, coinine cet antion (\u\, n'ayant autre audilciir de ses loiïanges et consent de sa valeur, se bravoit avec sa clianihriere, en s'escriant : « 0 Perrete, le galant et sulîisant homme de maistre que tu as! (1). » Ici encore, c'est à une anecdote racontée par Plutar(|ue que Montaigne semble faire allusion. Il la modifie à sa façon, mais voici la phrase qui l'a inspiré suivant toute vraisemblance : « Comme celuy (\m appelloit sa chambrière en sa maison, & crioit tout hault, Dionysia. regarde comment je ne suis i)lus glorieux ne su[)erbe : aussi celuy qui a fait quehjue chose honeste et vertueuse, &: puis la va conter »!<: la porte monstrer par tout, il est tout évident que celuy là regarde encore dehors, & est tiré de la convoitise de vaine gloire «S: n'a point encore veu à nud et au vray la vertu. » (Comment on pourra apercevoir si Ion profite en l'exercice de la vertu, f. 1 16, D). De même encore, au chapitre « De l'Expérience n (III. — KJ), l'allusion à Epiménide nous renvoie aux Opusculesde Plutarque. XunBanquet des sept sages » (f. lo6, G),' il est longuement parlé de cette drogue d'Epiménide dont l'absorption devait nous dispenser de prendre tous autres aliments. Solon prend la parole, et fait triompher l'opinion d'Epiménides ; les sages célèbrent sa pilule qui nous délivrera des nécessités physiques. Montaigne, au contraire, proteste au nom de la table et des voluptés naturelles. « J'ayme la vie et la cultive telle qu'il a pieu à Dieu nous l'octroier. Je ne vay pas désirant qu'elle eust à dire la nécessité de boire et de manger, et que nous nous sustentissions mettant seulement en la bouche un peu de cette drogue par laquelle Epimenides se privoit d'appétit, et se maintenoit, ny qu'on produisist stupidement des enfans par les doigts ou par les talons. »
Ici, ce qu'il est intéressant de constater, c'est l'opposition entre l'opinion de Plutarque que Montaigne a dans l'esprit, et celle qu'il exprime pour son propre compte ; le contraste fait ressortir l'originalité de l'auteur des Essais.
il) m, 10, l. VI, p. 24G.
— il4 —
Edition de 1595
Dans l'édilion de 1595, les emprunts ;'i Plutarque se font peu nombreux. Je n'en ai que deux nouveaux à ajouter.
F.e premier n'est qu'une brève allusion. Au chapitre « de l'Exercitation, » (II, 6), Montaigne proteste contre la coutume qui, par crainte de la présomption, nous interdit de parler de nousmêmes. C'est un remède, dit Montaigne, pire que le mal, il a (( plus de mal que de bien ». Et Montaigne use de cette comparaison : c'est « condamner le vin parce que plusieurs s'y enyvrent. » Elle vient encore des Opuscules de Plutarque. On l'y rencontre à plusieurs reprises. Elle y a diverses applications ; au traité « De l'Education des enfans » (fo 9 B), elle illustre cette idée, chère à Plutarque, que si la lecture des poètes présente des dangers pour l'enfant, elle lui assure des avantages bien plus considérables, car c'est une meiveilleuse école de morale; la supprimer des programmes, comme on le propose, ce serait, dit Plutarque, imiter Lycurgus qui coupait les vignes de peur qu'on n'en usât jusqu'à l'ivresse. Ailleurs, les vignes sont comparées aux liassions. Plutar(|ue ne veut pas, à l'imitation des stoïciens, les arracher complètement 1^1 u cœur humain ; il demande seulement qu'on les modère et qu'on les règle ahn qu'elles puissent vivre en bonne intelligence avec la raison (Cf. de la Vertu morale f^ 3/ C). (( Pourtant, dit-il, il ne faut pas que la raison face comme jadis feit Lycurgus le roy de Thrace, qui feit coupper les vignes pour autant que le vin enivroit : ny ne fault il pas qu'elle retrenche tout ce qu'il y peult avoir de profitable en la passion, avec ce qu'il y a de dommageable. » L'application (|u'en fait Montaigne est encore différente, mais la valeur de l'image est bien la même.
Le second emprunt est beaucoup plus fidèle :
IVIontaignc Plutapque
Crœsus ayant faict prendre un II feit prendi-e l'un des plus gi'ands
gentilhomme favori de Pantaleon, amis de son frère (Pantaléon) homme
son frère, le mena en la boutique noJjle qui luy avoit esté adversaire,
d'un foullon, où il le feit gratter et et le tirant en la boutique d'un fou-
carder à coups de cardes et peignes Ion, le feit tant carder à coups de de ce mestier jusques à ce qu'il en cardes et de peignes de cardeur, niourust. qu'il en mourut.
(II, 27, t. I, p. 15.) {De la inali;/nitc d'IIcrodotc,
Conclusion. — Celte nouvelle coiilriljution porte à près de quatre cents le nombre des emprunts laits par Montaigne au Plutarque d'Amyot. J'en ai compté trois cent quatre vingt dix-huit. Deux cent six sont dans l'édition de 1580; cent soixante-neuf dans celle de 1588; vingt-trois dans celle de 1595. Les Vies sont représentées par cent quarante emprunts; les Œuvres morales par deux cent cinquante huit.
Zonapas
Outre les historiens grecs que nous venons de passer en revue, il est possible que Montaigne en ait lu d'autres encore dans des traductions françaises. Pour Flavius Josèphe, parexemple, auquel il a fait cinq ou six emprunts, plusieurs traductions s'otiraient. Je crois toutefois qu'il n'eu a pas fait usage, et que c'est en latin qu'il lisait cet auteur. Il est plus probable qu'il possédait la traduction de VHistoire Ecclésiastique de Nicéphore Calliste (1) ; poui-tant cela même est incertain. 11 a lu très vraisemblablement cet auteur après 1588, mais rien ne prouve qu'il l'ait lu en français plutôt qu'en latin (2). Au contraire, il est certain que Montaigne a lu Zonoras dans la traduction française (3).
(1) L'Histoire ecclésiastique de Nicéphore fils de Calliste Xantouplois, autheur grec traduicte nnuoellemein de latin en françoi-; : laquelle contient, en dix-liuict acres, les principales affaires chrestiennes, dés le temps auquel nostre seigneur Jesus-CliriM apparut, ayant prins cliair humaine, jusques a six cens vingt-cinq ans ensuyvans . Avec Privilège du Roy. Pans 1567 ou 1586.
(2) Pour les emprunts de Montaigne à Joseplie, à Niccphore Calliste, à DionCassius, à Herodien, à Xiphilin, etc. cf. mon livre sur les Sources ei l'Évolution des Essais,
(3) Chroniques ou A nnales de Jean Zonare jadis, ^ quatre cens ans y ha. Grand Drungaire du Guet, if premier secrétaire de Constanttnople , esquelles sont discourues toutes histoires mémorables advenues en ce Monde, en la révolution de six mille six cens ans, ^ plus : Disposées en trois Parties. La première desquelles traUte l'estat des choses passées en Judée, Perse, Egypte, if- Grèce, depuis la création du Monde, jusques a
Le texte de cet auteur avait été'puhlié pour la première fois avec une traduction latine à Bàle, en 1557, dans la collection des historiens byzantins. Aussitôt les « translateurs » en langue vulgaire s'étaient mis à l'œuvre. En 1560, Jean Millet de S. Amour donna l'œuvre entière à Lyon ; l'année suivante, en 1561, de sou côté, Maumont publiait à Paris la première des trois parties de Zonoras enrichie d'abondantes annotations. Dans la suite ou réunit à la première partie de Maumont, qui ne poussa pas plus loing son travail, les deux dernières parties de la traduction de Millet de S. Amour. Tous les emprunts de Montaigne viennent de ses deux dernières pariies, il en est donc redevable à Millet de S. Amour (l).
Un seul des faits de l'histoire de Zonoras allégués par Montaigne, répète quelques-uns des mots mêmes du traducteur. C'est l'anecdote de l'empereur Théophile que nous lisons au chapitre De la peur. « Tantost la peur nous donne des aisles ans talons..., tantost elle nous cloue les pieds et les entrave, comme on lit de l'Empereur Théophile, lequel, en une bataille qu'il perdit contre les Agarenes, devint si estonné et si transi qu'il ne pouvoit prendre party de s'enfuyr ; jusques a ce que Manuel, l'un des principaus chefs de son armée, l'ayant tirasse et secoué comme pour l'esveil- 1er d'un profond somne, luy dit : « Si vous ne me suives, je vous tueray ; car il vaut mieux que vous perdes la vie, que si, estant prisonnier, vous veniez a ruiner l'Empire. » (L 18. D., t. I, p. 50). Le récit de Zonaras est un peu plus développé : « ainsi que derechef l'Empereur se fut acheminé contre les Agarenes, l'issue de la bataille fut malencontreuse pour les Romains : car peu s'en faillit que l'empereur ne fut emmené prisonnier par les ennemis.
ta subversion. ^ misérable conflagration de Ilierusalem. La seconde contient l'Histoire Romaine prinse à l'édification de la Ville, jusques a l'Empire du Grand Constantin, La 7 ierce raconte les faicts ij- gestes des Empereurs depuis le susdict Constantin, jusques au trespas d'Alexie Comnene : lequel mourut environ l'an de salut unse cens. Oeuvre reoommandable ^~ longuement désiré, Traduit par I. Millet de S. Amour, au Conté de Bourgongne . La fin de chascune Partie donne son Indice a part. A Lyon. Par Macé Bonhome, à la Masse d'Or. M. D, LX. Avec Privilège du Roy.
(1; On signale une édition de 1563 ou lu première p;irtie de Maumont est jointe aux deux dernières de Millet de S. Amour. (Cf. Holfman. I.exicon Bib'dographicon art. Zonaras.) Si elle a réellement existé Montaigne a pu puiser dans cet édition aussi bien que dans celle de 1560. Sîais je n'en trouve aucune trace certaine ; il me paraît qu'on a fait confusion avec une édition do 1583 : en ce cas .Montaigne ne pourrait se référer qu'à l'édition de Lvon 1560.
• Manuel en estant acerlené, après avoir rallié des gens, il se fourra en la plus grosse presse des Sarazins. commandant à l'Empereur qu'il le suivist, car il esloit tout estonné, et disoit pour couvrirson peu de courage, qu'il ne s'en vouloit fuir abandonné le peuple. Et après que souvenles-fois on luy eust remonslré qu'il sortit hors de la liataille, sans en vouloir rien faire, estant retenu de crainte comme s'il eust esté détenu es ceps. Manuel hiy dit, si vous ne me suyvez, je vous tueray : car il vaut mieux que vous perdez la vie, que si eslant prisonnier vous procurez un si grand deshonneur à la République de Rome » (1).
L'identité de certains termes de la dernière phrase ne permet guère de douter que Montaigne ait en cette traduction entre les mains. D'ailleurs une légère infidélité de Millet de S. Amour se retrouve chez Montaigne : la traduction latine fait tirer l'épée à Manuel m stricto gladio » au moment où il menace l'empereur : le détail manque à la fois dans les deux traductions françaises : c'est, sans doute, que Montaigne a pris le fait non dans la traduction latine, mais dans celle de Millet de S. Amour.
On trouve dans les Essais au moins deux autres emprunts à Zonaras, mais aucun des deux ne suit de très près le texte. Le second même présente des inexactitudes.
Éd. JouAUST Éd. Dezemekis Zonaras