XV. 23, f° 214 v
Le dernier de ces emprunts n'est pas textuel et porte sur un fait qui devait être vulgarisé, si bien que nous ne saurions assurer que Montaigne l'a pris dans son Amyot ; les trois premiers, au contraire, suivent d'assez près la traduction d'Aniyot pour qu'il ne soit guère douteux que Montaigne les y ait pris directement. Nous avons là la trace d'une de ses lectures.
Dans l'édition de 1588, on a signalé plusieurs nouveau.x emprunts, mais presque tous me sont suspects. Voici, par exemple, un passage dont on attribue la paternité à Diodore, et qui certainement vient de Quinte-Curce :
Quinte«Cut»ce
Cuni in obsidione persévérasse!, oppidani desperata salute ignem subiecere lectis seque ac liberos conjugesque incendio cremant. Quod cum ipsi augerent, hostes extinguerent , nova forma pugnfe erat. Delebant incolse urbeiii, hostes defendebant.
JVloiitaigïic
Alexandre assiegeoit une ville aux Indes: ceux de dedans se trouvans pressez, se résolurent vigoureusement à le priver du plaisir de cette victoire, et s'embrasarent universellement tous quand et leur ville, en despit de son humanité. Nouvelle guère : les ennemis connbattoient pour les sauver, eulx pour se perdre, et faisoient, pour garentir leur mort toutes les choses qu'on faict pour garentir sa vie.
flmyot
Ces jeunes hommes qui estoient environ six cents adviserent que tuer avec leurs propres mains leurs plus chers parents seroit une chose trop cruelle, & qu'il valloit mieulx mettre le feu dedans leurs maisons, & quant & quant en ce jettant hors de leur place par les portes essayer de gaigner les montaignes, ce qu'ils exécutèrent, A: feirent que leurs maisons servirent de sépulture à leurs parents.
(XVII, 7, f» ;'(i8.)
On voit que le récit de Diodore ne contient pas du tout les
éléments de celui de Montaigne. Au contraire, Montaigne trouve chez Quinte-Curce à la fois le fait historique qu'il allogue, et la réllexioii dont il raccompagne.
Un seul eui|)nint mérite d'être pris en considération parmi ceux qu'où a signalés dans l'édition de l.")88. C'est l'allusion faite par Montaigne (1. 3'J) à la loi de Charondas sur la fréquentation des mauvaises compaguies. Mais c'est là une simple allusion ; les mots de la traduction d'Amyot n'y sont aucunement repris. (1) C'est probablement à une réminiscence que nous avons afïaire, ou peut être à un emprunt de seconde main, et cette allégation ne nous permet en aucune façon de supposer que Montaigne ait repris en main son Diodore entre 1580 et 1588.
Après 1588, au contraire, très certainement, Montaigne a relu son Diodore et il lui a fait de très nombreux emprunts. Si l'on retranche, parmi ceux qu'ont signalés les commentateurs, les indications superflues ou erronées, il reste qu'ils en ont indiqué environ dix-sept, dont cinq ou six sont de simples allusions. Les dix autres sont plus importants et suivent de plus près le texte d'Amyot. A ce nombre il en faut joindre au moins huit qu'ils ont omis, et dont six ou sept au moins sont importants. Ceci porte à vingt-cinq passages environ la dette connue de Montaigne envers Diodore
Pour six de ces passages. M. de Zangroniza donné parallèlement les textes de Montaigne et d'Amyot. En voici quelques autres pour lesquels il est intéressant de mettre les phrases d'Amyot sous les regards du lecteur.
Dans le passage sur Diomédon (l, 3'i, on retrouve quelques mots d'Amyot, et l'impression directe de la pensée de Diodore. A propos de TalTaire des Arginuses, Montaigne écrit que ce qui rend l'exécution des capitaines plus odieuse, c'est le fait de Diomédon (( Cettuy cy (2) est l'un des condemnez, homme de notable vertu et militaire et politique, lequel, se tirant avant pour parler après avoir ouy. l'arrest de leur condemnation, et trouvant seulement lors temps de paisible audience, au lieu de s'en servir au bien de de sa cause et à descouvrir l'évidente iniquité d'une si cruelle
(1) Cf. Xn. 7. f" 2i. V.
(2) Source indiquée par Coste.
conclusion, ne représenta qu'un soing de la conservation de ses juges, priant les dieux de tourner ce jugement à leur bien ; et, à fin que, par faute de rendre les vœux que luy et ses compagnons avoient voués en recognoissance d'une illustre fortune, ils n'attirassent l'ire des dieux sur eux, les adverlissant quels vœux c'estoient ; et, sans dire autre chose et sans niarciiander, s'achemina de ce pas courageusement au supplice. » Dans Amyot le discours de Diomédon est au style direct : « Adonc Diomedon l'un d'entre eulx, homme de bien de sa personne en la guerre, et au demourant droitturier et vertueux en la paix, se tira en avant pour parler, & luy estant faict silence parla en ceste manière : « Seigneurs Athéniens, je prie aux Dieux que la sentence que vous avez donnée alencontre de nous, tourne au bien et à l'honneur de la chose publique. Mais puis qu'ainsi est que la fortune nous garde de pouvoir nous mesmes acquitter les veusz que nous avions faicts et vouez aux Dieux pour la victoire, il est raisonnable que vous ayez le soing de les payer : car nous avions promis et voué de sacrifier à Jupiter sauveur, à Apollo, et aux vénérables Déesses, si par leur grâce nous obtenions la victoire )). Ayans dit ces paroles, il fut mené avec les autres à la mort » (1). Toute la dissertation de Montaigne sur l'affaire des Arginuses, et notamment le rappel de l'aventure de Chabrias, est inspiré du récit de Diodore. (Page 117 et suivantes.)
Montaigne
Les grecs recoignoissent une autre espèce de peur, qui est outre l'erreur de nostre discours, venant, disent-ils, sans cause apparente et d'une impulsion céleste. Des peuples entiers s'en voyent souvent frappez, et des armées entières. Telle fut celle qui apporta à Carthage une merveilleuse désolation. On n''Y oyoit que cris et voies effrayées ; on voyoit les habitans sortir de leurs maisons comme à l'alarme, et se charger, blesser et entretuer les
flmyot
Ce fut une calamité publique qui survint lors à la cité de Carthage par permission divine : car ordi nairement on oyoit des bruits par la ville & des frayeurs & espouventemens sans propos ny raison apparente, que l'on appelle tremeurs paniques : de sorte que plusieurs sortoient de leurs maisons en sursault, avec les armes aux poings, comme si l'on eust crié alarme, & comme si les ennemis eussent esté dedans la ville : & et s'entrebattoient
uns les autres coinine si ce fussent ennemis qui vinsent ;i occupef leur ville. Tout y estoit en desordre et en fureur, jusques à ce que, par oraisons et sacrifices, ils ussent appaisé l'iredes dieux. Ils nonunent cela terreur paniciue.
Ale.xandre vit une nation en laquelle on enterre les arbres fruictiers en hyver pour les défendre de la gelée. (l,i.
(I, 36, t. II, p. 165.)
Les engeins que Dionysius inventa, à Syracuse, à tirer gros traits massifs et des pierres d'horrible grandeur, d'une si longue volée et impétuosité
(I, 48, t. II, p. 254.) (2).
Montaigne fait une légère erreur en prêtant l'invention à Denys, mais il le pouvait aisément car Denys est présent à tous les travaux qui s'exécutent alors à Syracuse, il y prend une part active. « Lui-même en personne, dit Diodore, les alloit veoir besongner les uns après les autres, disant tousjours quelque bonne paroUe en passant à cliacun et faisant tousjours quelque présent à ceulx qu'il cognoissoit plus aspres à la besongne jusciues à les appeler quelquefois à menger avec luy à sa table ». L'identité des termes ne permet d'ailleurs pas de douter que Montaigne ne se réfère au texte d'Amyot.
les uns les autres comme s'ils eussent esté ennemis, y estans les aucuns blocez, & les autres aiitierement tuez, jusques à ce qu'ils eussent appaisés par oraisons & sacrifices l'ire des Dieux.
L'hyver ilz couvrent de terre leurs vignes «i autres arbres portans fruict, puis quand vient la saison du printemps, ilz les descouvrent.
(XVII, 18, f. 289 v°.)
Et faut alhors trouvé à Syracuse l'engin à tirer gros traits massifz, et grosses pierres au loing.
(XIV, 1?. f. 114 r°.)
IVIontaigne
Philistus, chef de l'armée de mer du jeune Dionysius contre les Syra-
flmyofc
Philistus, qui estoit chef de l'armée de mer du tyran, feit armer et
(1) Passage attribué à tort par les commentateurs à Ouiiite-Cur.se : comparer cet auteur VII, 3.
(2) Source atttibuée à tort par les commentateurs à Elien : comparer son texte dans les Histoires Variées.
cusains, leur présenta la battaiile, qui fut asprement contestées, les forces estant pareilles. En icelle il eut du meilleur au commencement par sa prouesse ; mais les Syracusains se rengeans autour de sa galère pour l'investir, ayant faict grands faicts d'armes de sa personne pour se desvelopper, n'y espérant plus de ressource, s'osta de sa main la vie qu'il avoit si libéralement abandonnée, et frustratoirement, aux mains ennemies.
(II, 22, t. IV, p. 286.) (1)
equipper soixante galères avec lesquelles il présenta la battaiile aux Syracusains^ lesquelz avoient presque semblable nombre de vaisseaux : le combat fut fort aspre et y eut Philistus du meilleur au commencement, tant il feit d'armes de sa personne : mais puis après il fut enveloppé par ses ennemys : et s'appercevant que les Syracusains faisoient tout ce qu'ilz pouvoient pour l'enclorre entre eulx, à fin de l'avoir vif entre leur mains : il se tua luy-mesmepour ne souffrir les tourmens et ignominies, qu'il sçavoit bien qu'on luy eust fait endurer, s'il eust esté pris vif prisonnier.
(XVI, 6, f" 225 r»)
L'ancienneté Jugea qu'à esplucher par le menu touts les autres grands capitaines, il se trouve en chascun quelque spéciale qualité qui le rend illustre. En cestuy-cy seul, c'est une vertu et suffisance pleine par tout et pareille ; qui, en touts les offices de la vie humaine ne laisse rien à désirer de soy, soit en occupation publique ou privée, ou paisible ou guerrière, soit à vivre soit à mourir grandement et glorieusement.
(II, 36, t. V, p. 1U9.)
Qui voudra comparer les vertus de tous ces capitaines (ils viennent d'être longuement énuinérés) avec les faits et la gloire d'Epaminondas, il trouvera sa vertu plus claire, plus nette et plus excellente que de nul des autres, pource qu'en tous les autres on trouvera tousjours quelque vertu particulière et quelque qualité spéciale plus dominante que les autres, qui les a renduz illustres et glorieux : mais en cestuy cy estoient joinctes ensemble toutes les qualitez et vertus, que l'on sçauroit désirer en un grand capitaine pour le rendre perfait et accouiply de tout poinct
(XV, 14, f» 214 v°.)
Plusieurs des additions de ce même Essai (11,36) qui concernent la vie d'Epaminondas semblent venir de Diodore de Sicile. Quand Montaigne raconte, par exemple, comment Epaminondas fut privé
(1) Passage aUribué par les commentateurs à Platarque : Vie de Dion, cli. 8.
(le son coiniiiaïKloiiu'iil pour son liiiinaiiilc'^ envers les eniicniis, |tiiis peu ai)rès rélahli l)éolar([ue. il résume 1res (ïxacleinent le tiévelo(|peinent (le Diodore qu'Ainyol avait ainsi traduit: « Vax la battaiilequi futdonnée auprès de Corintlie aux remparts qu'avoienl faits les Lacedemoniens, pour cuider en garde les Béotiens de pénétrer au dedansde laMoree, Epaminondas ayant forcé & rompu la garde des Lacedenioniens qui defendoient ce rempart: «S: en ayant peu mettre à l'espee s'il eust voulu un bien gi-and nombre, se contenta seulement de ceste gloire d'avoir fait malgré eulx ce (|u'il avoit voulu, et ne cberclia point de les endommager d'avantage: ce qui fut cause que l'on eut grand souspeçon et grande défiance de luy, comme ayant voulontairement espargné les ennemys, à celle fin que particulièrement ilz en sceussent gré à luy seul : au moyen de quoy ceulx qui portoient envie à sa gloire, ayans ceste occasion de le calumnier avec quelque apparence, le cliargerent et accusèrent de trahyson, tellement que le peuple irrité et mutiné contre luy, le déposa de la charge de gouverneur et capitaine : et le réduisant à Testât d'homme privé, voulut qu'il allast comme les autres, à ce voyage de Thessalie : mais quand l'on veut que par ses effets il efîaçoit toutes les calumnies que ses malveuillans avoient mises en avant à rencontre de luy, le peuple adonc le remit en sa première dignité ». (XV, 19 f" 207 r".)
Montaigne parle de l'éloquence d'Epaminondas ; il rapporte qu'il était philosophe pythagoricien : tous ces détails étaient dans Diodote. Quand il écrit : c( La prospérité de son pays mourut luy mort, comme elle estoit née par luy », il se souvient d'une phrase de Cornélius Nepos (Epaminondas, 10), mais aussi d'une phrase d'Amyot : « Il acquit de son temps à son pays par force d'armes la principaulté de la Grèce, et depuis sa mort ses citoyens incontinent la perdirent, et allèrent tousjours declinans de mal en pis.... (XV, 14, f. 214 vo).
Voici quelques autres passages où Montaigne suit de plus près son modèle :
JVIontaigne Amyot
Le sénat y députa Timoléon avec Le sénat fut d'advis d'envoyer
cette nouvelle deffaite et déclara- Timoléon à Syracuse, et... luy protion : que, selon qu'il se porteroit posèrent de bien estranges et bien
bien ou mal en ^a charge, leur arrest prendroit party à la faveur du libérateur de son païs ou à la desfaveur du meurtrier de son frère (1).
nouvelles conditions : car ilz iuy déclarèrent, que s'il se portoit bien au gouvernement des Syracusains, ilz prononceoient des Ihors par leurs arrest qu'il avoit tué un tyran : et au contraire s'il s'y portoit avaricieusement. ilz le jugeoient et condamnoient comme parricide ayant occis son propre frère.
(XVI, 19, f° 245 r°).
Inn'tation meurtrière comme celle des singes horribles en grandeur et en force que le roy Alexandre rencontra en certaine contrée des Indes, desquels il eust esté autrement difficile de venir à bout; mais ils en presterent le moyen par cette leur inclination à contrefaire tout ce qu'ils voyent faire : car par là les chasseurs apprindrent de se chausser des souliers à leur veuë avec force nœuds de liens, de s'affubler d'accoustreniens de teste à tout des lacs courants et oindre par semblant leurs yeux de glux. Ainsi meltoyent imprudemment à mal ces pauvres bestes leur complexion singeresse ; ils s'engluoient, s'enchevestroyent et garrotoyent euxmesme.
(111, 5, t. VI, p. 7.) (2).
Il y a plusieurs especesde singes plus grands aussi qu'ilz ne sont ailleurs, & les prent on par un artifice que eulx mesmes ont enseigné aux hommes : car autrement de les prendre à force il seroit trop malaisé, pource qu'ilz sont robustes de corps, tins et malicieux : mais pource que c'est une beste, qui de sa nature contrefait tout ce qu'elle veoit faire, les chasseurs qui les prennent, aucunefois oignent les paupières de leurs yeux avec du miel à la veue de ces singes : les autres se chaussent des souliers :
les autres se mirent dedans des mirouers qu'ilz approchent de leurs testes : et puis laissent les souliers qu'ilz ont chaussez, et y attachent des liens : et au lieu de miel y laissent de la glus : et à ces mirouers attachent des lacs courans : tellement que quand ces bestes cuydent contrefaire ce qu'elles ont veu faire, elles se treuvent empestrees, les unes ayans les paupières engluées, les autres les piedz liez,& les autres tout le corps enferré.
(XVII, 20, f 293 r°.
(1) Source déjà indiquée par Costa.
(2) Les commentateurs renvoient a tord à Elien, de animal XVII,
Les Athéniens, ayants à mundifier l'isfe de Delos et se justifier envers AppoUo défendirent au pourpris d'icelle tout enterrement et tout enfantement ensemble.
Alexandre passant par IHyrca nie, Thalestris, royne des Amazones, le vint trouver avec trois cents gens-d'armes de son sexe, bien montez et bien armez, ayant laissé le demeurant d'une grosse armée, qui la suyvoit, au delà des voisines montaignes : et luy dit tout haut et en publiq que le bruit de ses victoires et de sa valeur l'avoit menée là pour le veoir, luy offrir ses moyens et sa puissance au secours de ses entreprinses; et que le trouvant si beau, jeune et vigoureux, elle qui estoit parfaite en toutes ces qualitez luy conseilloit qu'ils couchassent ensemble afin qu'il nasquist de la plus vaillante femme du monde et du plus vaillant homme qui fust lors vivant quelque chose de grand et de rare pour l'advenir.
Alexandre la remercia du reste ; mais pour donner temps à l'accomplissement de sa dernière demande, il arresta treize jours en ce lieu^ lesquels il festoya le plus alaigrement qu'il peut en faveur d'une si courageuse princesse.
(III. h, t. VI, p. 23.)
Suyvunt un certain oracle les
Atliéniens purgèrent et mundifierent l'isle de Delos, sacrée à Appollo... ils feirent une ordonnance, que de là en avant il ne fust loysible ny d'enfanter ny d'enterrer homme dedans le pourpris de l'isle de Delos.
(XII. 17, f. 59 vM
En s'en retournant par le pays de Hyrcanie, la Royne des Amazones qui avoit nom Thalestris, le vint trouver. Elle estoit belle de visage et de taille, et vigoureuse de sa personne à merveilles. Et ayant laissé le fort de son armée es montagnes qui sont sur les confins de l'Hyrcanie: s'en vint avec trois cents amazones seulement, armées trouver Alexandre, lequel déprime face s'esmerveilla de veoir la façon de faire et la contenance asseurée de ces femmes. Si demanda à la royne Thalestris quelle occasion la menoit là : elle luy respondit, qu'elle estoit venue pour se faire engrossir par luy. Pource, dit-elle, qu'à ouyr le bruit de tes faits, tu es le plus vaillant homme qui soit aujourd'huy vivant au monde : et je suis la plus forte et la plus vaillante femme. Si est vrayserablable que ce qui naistra de nous deux devra surmonter en vaillance et en prouesse tant d'hommes qu'il y aura en tout le monde. Alexandre fut fort joyeux de ceste response, et accepta l'offre de sa compagnie. Et après avoir lait bonne chère l'espace de treze jours avec elle, la renvoya en son pajs.
(XVII, 16, f. 287 V».)
(1) Passage attribué a tort par les commentateurs a Tiiucydide. Comparer son liistoire III, 104.
Ce dernier exemple est à noter pour la légère inexactitude qu'il présente. Montaigne nous montre Thalestris olïrant le concours de ses armes à Alexandre; or cette idée ne se rencontre pas chez Diodore. Montaigne cependant reprend avec beaucoup de fidélité certains mots de son modèle. 11 est peu probable qu'il l'ait eu sous les yeux en écrivant: on ne s'expliquerait pas aisément en ce cas son inexactitude. En dépit de toutes plaintes sur sa mémoire, il semble bien qu'elle lui rapporte ici des mots et des détails assez précis.
Ces quelques citations suffisent pour permettre d'apprécier la dette de Montaigne envers Amyot, traducteur de Diodore de Sicile. Voici maintenant le tableau de ses emprunts publiés dans l'édition de io9o : la lettre A indique qu'il s'agit d'une simple allusion, ou d'une phrase qui ne suit pas de près celle d'Amyot. Les initiales Z et V accompagnent les passages où la lidélité du récit de Montaigne rend particulièrement intéressant de se reporter à la traduction d'Amyot; la première indique que les deux textes de IMontaigne et d'Amyot ont été publiés parallèlement par M. de Zangroniz dans son volume, la seconde qu'on les trouve dans les pages ci-dessus.
I. 1, t. I, p. 6, Dionysius le vieil . . Amyot (Z) XIV. 29, f. 173 r"