II
La seconde partie de cette citation est certainement fournie à Montaigne par Lopez de Gomara ; mais la première n’est pas dans Lopez de Gomara. Il semble que Montaigne, lisant son Saliat, ait été frappé de la ressemblance de ce passage avec celui de Gomara et qu'il ait inséré dans son texte le détail qu'Hérodote seul lui fournissait « Les hommes portent les charges sur la teste, les femmes sur les espaules ».
En 1595, la contribution de Saliat devient tout-à fait considéable. Les commentateurs ont, à ma connaissance, relevé quarante cinq passages où Montaigne, dans cette dernière partie de son travail, se souvient d'Hérodote. Vingt et un de ces passages ont été reproduits par M. de Zangroniz qui a montré combien pour chacun d'eux Montaigne répète volontiers les mots mêmes du traducteur. Parmi les vingt-quatre dont il ne s’est pas occupé, beaucoup sont de simples allusions ou des souvenirs assez librement rapportés; huit ou neuf cependant sont assez fidèles pour qu'il soit utile de reproduire les passages de Saliat. D'abord, il est curieux de voir Montaigne revenir sur des exemples que, dans les éditions ce 1580 et 158$ il avait empruntés à Plutarque ou à quelque autre, et, maintenant qu'il a en main l’histoire d'Hérodote, les rectifier, où plutot les compléter par les détails que lui fournit son historien, Il avait conté très sommairement l'histoire de Polycrates en 1588 (Jouaust t IV, p. 22); il la complète en
1595. Nous avons vu, tout-à-l'heure, que c'était Plutarque qui lui avait, en 158$, fourni la réponse de Cyrus aux Perses désireux de changer de pays ; il retrouve le même fait dans Hérodote, et les mots d'Hérodote sont caractéristiques ; Montaigne les ajoute sur
son exemplaire manuscrit :
Montaigne
Disant que les terres grasses et molles font les hommes mols, etles fertiles les esprits infertiles.
VDM ML VSD 16)
Hérodote
il est ainsi que des régions molles viennent hommes mols, pource que ce n'est le propre d'une même terre de porter fruit admirable et hommes vaillant pour la guerre.