IX
Il faut noter que, dans ces deux cas, Plutarque ne fournit pas seulement à Montaigne les termes mêmes qu'il reprend, il lui apprend encore l’usage à faire de ces exemples. De part et d’autre, les applications morales sont analogues.
Restent six allusions dont plusieurs portent sur des faits déjà très vulgarisés et que Montaigne pouvait trouver bien ailleurs que dans Hérodote. Le premier, par exemple, était non seulement chez Plutarque {Propos de table VIE. 10), maïs encore dans le premier livre des Sérées de Guillaume Bouchet (discours préliminaire) que Montaigne lisait précisément à cette époque, à ce qu’il me semble, et Bouchet dit l'avoir pris chez Xénophon et chez Rufus. Le second est l’histoire de l’anneau de Polycrate que les moralistes de tous les temps ont récitée avec prédilection. Voici la liste de ces allusions dans l’ordre où le texte que Montaigne nous les présente :
II. 2, t. III, p. 16 Écrit-on que les Perses . Hér. 1.133 II. 12, t. IV, p. 22 L'humeur de Polycrates. II1.-41 III. 4,t. V, p. 246 Cambises ARS ME III.-30 LIL 5, 6. V, p. 276 - Et s’est trouvé nation. I.-199 III. 5,t. V, p.277 Qui surpassait en mesure II.-48 III. 5,t. VI, p. 18 Que les corps des belles. II.-89
Si l’on se reporte à ces différents passages, on verra que le texte de Montaigne n’est pas assez près de celui de Saliat, en général,
pour qu'on puisse déclarer que Saliat est la source. Dans le dernier de ces exemples seulement, la ressemblance verbale est assez grande. C’est lui qui m'invite à croire que Montaigne a ouvert son Hérodote vers cette époque, et c'est surtout une allégation qu'on trouve au vingt-troisièéme Essai du premier livre :
Montaigne Hérodote
Il y a des pays « où les hommes portent les charges sur la teste, les femmes sur les espaules; elles pissent debout, les hommes croupis.
Les hommes portent leurs fardeaux sur leurs testes et les femmes sur leurs espaules. Elles se tiennent debout quand elles uri-
nent, mais les hommes s'acroupissent.