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La science passe de main en main, pour cete seule fin d'en faire parade, d’en entretenir autruy, et d'en faire des contes, comme une vaine monnoie inutile a tout autre usage et emploite qu'a conter et jetter.
Ceux qui escrivent les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aus conseils qu'aus evenemens, plus a ce qui part du dedans qu'a ce qui ar-
s'ils
d'homme mort, et le monstrer à tous les conviez, en les admonestant de se souvenir qu’en peu de temps ils seront tels, encore que ce soit un fort mal plaisant & importun entremets, toutefois si a-il quelle comodité.
(Bancquet des sept Sages, f. 151 D.)
Ceulx qui ne font qu'espier pourront derobber quelque chose de la philosophie pour l'aller incontinent prescher ; comme charlatans, ou au milieu d'une place...
ce contrefaiseur de philosophe ressemble proprement à l'oyseau que descrit Homere, qui porte incontinent en sa bouche tout ce qu'il peult prendre, à ses disciples, comme à des petits qui sont encore dedans le nid sans plumes, et cependant il meurt de faim luy mesme: ne prenant rien de ce qu'il apporte pour s’en valoir et nourrir, ou ne digerant rien de ce qu'il prent.
(Comment on pourra aparcecoir si l'on profite en l'exercice de
la vertu, Î. 115 H.)
Comme Anacharsis disoit qu'il ne voioit point que les Grecs usassent de leurs deniers monnoyez à autre usage qu'à jetter et compter :
aussi ne font ceulx là autre chose que compter et mesurer leurs beaus propos, sans en tirer autre commodité ne profit.
(Ib. f° 415 C.)
L'une (l'histoire) regarde plus les choses, l’autre (la biographie) les personnes ; l’une est plus publique, l’autre plus domestique ; l’une con-
rive au dehors, ceus la me sont plus propres.
II, 10, D, t. I, p. 351.)
Les Stoiciens disent, quand le sage œuvre, il œuvre par toutes les vertus ensemble, quoy qu'il y en ait une plus apparente, selon la nature de l'action.
FEI D, Len 10.
Nous pouvons dire que les elephans ont quelque participation de religion, d'autant qu’apres plusieurs ablutions et purifications, on les void haussant leur trompe comme des bras, et, tenant les yeus fichés vers le soleil levant, se planter long temps en meditation et contemplation, a certaines heures du jour, de leur propre inclination, sans instruction et sans precepte.
(MED RTE 0!)
Les cupiditez sont ou naturelles ou necessaires comme le boire et le manger ; ou naturelles et non necessaires, comme l’acointance des femelles ; ou elles ne sont ny naturelles ny necessaires. De céte derniere sorte sont quasi toutes celles des hommes: elles sont toutes superflues et artificielles... Ces cupiditez estrangieres, que l'ignorance du bien et une fauce opinion ont coulées en nous, elles sont en si
cerne plus ce qui est au dehors de l'homme, l’autre ce qui procede du dedans ; l’une les evenements et l’autre les conseils.
(Les Vies. Preface au trespuissant el treschrestien Roy de France Henry deuxieme de ce nom.)
Chrysippus dif que les vertus s'entre-suyvent l’une l'autre non seulement en ce que qui en a l’une, il a toutes les autres, mais aussi en ce que qui œuvre selon l’une, œuvre quand & quand, selon toutes les autres.
(Les contredicis des philosophes stoiques, Î. 568 F.;
Ils usent {les elephans) de prieres envers les Dieux, en se purifiant avec l’eau de la mer, & adorant le Soleil levant, en haulsant contremont leur trompe, comme si c'estoit leur main, le tout sans que personne leur ait enseigné à ce faire, aussi est-ce le plus devost & le plus religieux de tous les animaux.
Quels animaux sont les plus advisez, ceulæ de l& terre, ou ceulz des eaux (f. 515 G.)
entre les cupiditez vous voiez beaucoup de differences, comme celle du boire oultre ce qu'elle est naturelle il est certain qu'elle est aussi necessaire : & celle de l'amour, encore que nature en donne le commancement, si est-ce que l'on peut bien commodément vivre en s'en passant, & pour ce doit elle estre appelee naturelle, mais non pas necessaire. Il y à un autre genre de cupiditez, qui ne sont ny naturelles
grand nombre qu'elles chassent presque toutes les naturelles, ny plus ny moins que si, en une cité il y avoit si grand nombre d’estrangiers qu'ilz en missent hors les naturels habitans.
(LL. 12. D. t. II, p. 56-57)
Il est advenu aus gens veritablement sçavans ce qui advient aus espics de bled: ils vont s’eslevant et se haussant la teste droite et fiere tant qu'ils sont vuides, mais quand ils sont pleins et grossis de grain en leur maturité, ilz commencent a s’humilier et a baisser les cornes.
Pareillement, les hommes, ayant tout essayé et tout sondé, n'ayant trouvé, en tout cet amas de science et provision de tant de choses diverses, rien de massif et de ferme, et rien que vanité, ilz ont renoncé a leur presumption et reconu leur condition naturelle.
(EL. 12, D, t. II, p. 90)
Il est, a l’advanture, soustenable que l'ame n’a nulle autre alleure et mouvement que du soufle de ces ventz, et que, sans leur agitation, elle resteroit sans action, comme un navire en pleine mer que les ventz abandonnent de leur secours. (1)
(EL. 12, D. t. IL, p. 148)
ny necessaires, ains coulees de dehors par une ignorance du bien, par une vaine opinion: & celles la sont en si grand nombre qu'elles chassent presque toutes les natu relles, ne plus ne moins que si en une cité il y avoit si grand nombre d'estrangers, qu'ils forceassent les habitants.
Que les bestes brutes usent de la raison (f. 272 r°}.
Ainsi comme les laboureurs voient plus volontiers les espics qui panchent et se courbent contre la terre, que ceux qui pour leur legerete sont haulcs et droits, d'autant qu'ils les estiment vuide de grain et qu'il n'y a presque rien dedans.
Ainsi entre les jeunes gens qui se donnent à la Philosophie, ceulx qui sont les plus vuides et qui ont moins de pois ceulx-là ont du commancement lasseurance, la contenance..…… et puis quand ils se commencent à remplir et a amasser du fruict des discours de la raison, ils otent alors cette mine superbe.
Si l’on oste de tout point entierement les passions, encore qu'il fust possible de le faire, on trouvera que la raison en plusieurs choses demourera trop lasche & trop molle, sans action, ne plus ne moins qu'un vaisseau branlant en mer, quand le vent lui default.
(De la vertu morale, f. 37, K.)
(1) Pour tout le passage qui suit sur les rapports de la raison avec les passions, il faut comparer Plutarque « De la vertu morale », p. 372-7-£.r.
Comme les chiens coüards, qui deschirent en la maison et mordent les peaus des bestes sauvages qu'ilz n'ont osé attaquer aux champs.
(EI. 12, D. t. IL, p. 265)
Architas Tarentinus, revenant d'une guerre ou il avoit esté Capitaine general, trouva tout plein de mauvais mesnage en sa maison, eb ses terres en frische, par le mauvais gouvernement de son receveur.
Et l'ayant faict appeller : « Va, luy dit il, que si je n’estois en colere, je t'estrillerois comme tu mérites. »
Platon de mesme, s’estant eschauffé contre l’un de ses esclaves, donna charge a Speusippus de le chastier, s’excusant d'y mettre la main luy mesme, sur ce qu'il estoit courroucé.
UL, 31, D, t. IL, p. 281.)
Les parolles d'Homere, selon Aristote, sont les seules parolles qui ayent mouvement et action.
(LL, 36, D, t. II, p. 323.)
Ceulx là doncques,.… font ne plus ne moins que les couards & chetifs chiens, qui mordent bien les peaux des bestes sauvages, quand ils sont à la maison, & leur arrachent bien les poils, mais ils ne touchent point à elles aux champs.
(Comment il faut ouir. f. 30, G.)
Archytas le Tarentin et Platon en firent tout de mesme; car l’un estant de retour d’une guerre où il avoit esté Capitaine general, trouva ses terres toutes en friche, et feit appeler son receveur auquel il dit, si je n’estois en cholere je te battrois bien. Et Platon aussi s’estant un jour courroucé à l'encontre d'un sien esclave meschant & gourmand appela le fils de sa sœur Speusippus, & lui dit, Pren moy ce meschant icy, & me le va fouetter, car quant a moy, je suis Courroucé.
(Comment il fault nourrir les
enfants, Î. 6, D, E.)
Aristote souloit dire qu'Homere estoit celuy seul qui faisoit des noms et des termes qui avoient mouvements pour la vivacité de leur expression.
(Des Oracles de la prophetisse Pythie, f. 629 E.)
Edition de 1588
Voici d’abord une image visiblement inspirée de Plutarque, bien que Montaigne l’abrège et qu’il ne retienne pas les mots de son modèle. Montaigne (1, 14, t. 1, p. 90) écrit en 1588 : « L’aisance et l’indigence despendent de l’opiuion d’un chacun ; et non plus la richesse que la gloire, que la santé, n’ont qu'’autant de beauté et de plaisir que leur en preste celuy qui les possede. Les
accessions externes prennent goust et couleur de l’interne constitution, comme les accoustremens nous eschauflent, non de leur chaleur, mais de la nostre, laquelle ils sont propres à couver et nourrir. » C’est l’image qui ouvre le traité « du Vice et de la Vertu », chez Plutarque : « Il semble que ce soient les habillements qui eschauflent l'homme, & toutefois ce ne sont ils pas qui l’eschauffent, ne qui luy donnent la chaleur, par ce que chascun d’iceux vestements à part soy est troid... l'habillement enveloppant le corps, et le tenant joinct et serré, arreste et contient la chaleur au dedans ; que l’homme rend de soy-mesme, et empesche qu'elle ne se respande parmy l'air. Cela mesme estant és choses humaines trompe beaucoup de gens, lesquels pensent s’ils sont 10: gez en belles et grandes maisons, s’ils possedent grand nombre d'esclaves, & s'ils amassent grosse somme d’or et d'argent, qu'ils en vivront joyeusement : là où le vivre doulcement et joyeusement ne procede point du dehors de l’homme, ainsi au contraire l’homme despart & donne à toutes choses qui sont autour de luy joye et plaisir, quand son naturel & ses meurs au dedans sont bien composez par ce que c’est la fonteine et source vive, dont tout ce contentement procede. » (Du vice et de la vertu, p. 38 B.)
Voici maintenant, non plus une image, mais une idée rapportée par Plutarque et que Montaigne résume (1, 23, t. I, p. 169) : « On lit en nos loix mesmes, faites pour le remede de ce premier mal, l’aprentissage et l’excuse de toutes sortes de mauvaises entreprises ; et nous advient ce que Thucidides diet des guerres civiles de son temps, qu’en faveur des vices publiques on les battisoit de mots nouveaux plus doux pour leur excuse, abastardissant et amollissant leurs vrais titres. » Plutarque dit plus longuement au traité intitulé (€ Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy » (f. 4%, E) : « Thucydides escrit qu'es seditions et guerres civiles, l’on transferoit la signification accoustumée des mots, aux actes que l’on faisoit, pour les justifier : car une temerité desesperée estoit reputée vaillance aimant ses amis : une dilation providente, honneste couardise : une temperance, couverture de lascheté : une prudence circonspecte, generale paresse : aussi fault il bien prendre garde es flatteurs là où lon verra qu'ils appelleront prodigalité, libéralité... ».
Dans le même Essai, Montaigne mentionne des populations où
«la plus honorable sepulture est d’'estre mangé des chiens, ailleurs des oiseaux ». Je crois que ce sont encore deux souvenirs de Plutarque, qui dit au traité ( Que le vice seul est suffisant pour rendre l’homme maiheureux (f. 138, A) : «Ce sont les plus heureuses sepullures des Tartares, et des Hyrcaniens, d’estre mange des chiens : & entre les Bactrianiens, par les loix du pais, ceulx-là sont estimez avoir plus heureuse fin, quand les oiseaux les man-
gent apres qu'ils sont morts. »
Montaigne
Les petits des ours, des chiens, monstrent leur inclination naturelle ; mais les hommes, se jettans incontinent en des accoustumances, en des opinions, en des loix, se changent ou se deguisent, et masquent facilement.
(L, 96, t. IL, p. 26) (A).
Un roy doit pouvoir respondre comme Iphicrates respondit à l’orateur qui le pressoit en son invective, de cette maniere: « Et bien, qu’es-tu, pour faire tant le brave ?
es-tu homme d'armes? es-tu archier ? es-tu piquier ? — Je ne suis rien de tout cela, mais je suis .celuy qui sçait commander à tous ceuxlà. »
CPPIO LATE DOTE)
Hmyot
Les petits des ours, des loups, des singes, & de semblables animaux, monstrent incontinent leur inclination naturelle des leur jeunesse, d'autant qu'il n’y a rien qui les desguise, ne qui les masque.
Mais la nature de l’homme venant à se jetter en des accoustumances, en des opinions, et en des loix, couvre bien souvent ce qu'elle a de mauvais.
(Pourquoy la justice divine dif- Jere quelquefois la punition des malefices, f. 267 F.)
Un orateur harenguant devant le peuple en pleine assemblée de ville demanda a Iphicrates, qu'’es tu, à fin que lon sçache dequoy tu te glorifies tant: Es tu homme d’armes, ou archer, ou homme de pied & picquier ? Je ne suis, respondit-il, rien de tout cela, mais je suis celuy qui sçait commander à tous ceulx-là.
(Les dicts notables des anciens Roys, Princes et Grands Capitaines, {. 197 B.)
(4) Dans le même passage, Montaigne, parlant des variations de tempéraments auxquelles chacun de nous est sujet, écrit : « Voyez Gimon, voyez Themistocles et mille autres, combien ils se sont disconvenuz à eux mesmes. » C'est encore une reminiscence du même traité de Plutarque, où, quelques pages plus haut, on lit de nombreux exemples destinés à illustrer cette même idée.
Les taches s'agrandissent selon l'eminence et clarté du lieu où elles sont assises, eb un seing et une verrue au visage paroissent plus que ne faict ailleurs une balafre.
(L, 52, t. IL, p. 215.)
Scipion dict à un jeune homme, qui luy faisoit montre de son beau bouclier : « Il est vrayement beau, mon fils; mais un soldat romain doit avoir plus de fiance en sa main dextre qu'en la gauche. »
(IE, 9, t. III, p. 114.)
Ce monde est un temple tressainct, dedans lequel l’homme est introduict pour y contempler des statues, non ouvrées de mortelle main, mais celles que la divine pensée a faict sensibles, le soleil, les estoilles, les eaux et la terre, pour nous representer les intelligibles.
(11, 12, t. II, p. 184.)
Les dieux ont la santé en essence, dict la philosophie, et la maladie en intelligence ; l'homme, au
Tout ainsi comme une lentille, un seing, une verrue en la face de l'homme font plus d’ennuy que ne feroient une balafre, ou une cicatrice, ou une mutilation en tout le reste du corps: aussi les faultes petites et legeres de soy, apparoissent grandes es vies des Princes.
(Instruction pour ceulx qui mu«nient affaire d’estat, f. 162 F.)
Un... monstroit a sScipion sa rondelle fort bien et richement ornee, auquel il respondit, Voyla une belle rondelle, mon amy, mais il fault que un soudard Romain mette plus son esperance en sa main droitte, que non pas en sa gauche.
(Les dicts notables des anciens Roys, Princes, & Grands Capitaines, f” 205 E.)
Ce monde est un temple tressainet, & tres-devot, dedans lequel l'homme est introduit à sa nativité, pour y contempler des statues non ouvrees et taillees de mains d'hommes, & quin'ont aucun mouvement, mais celles que la divine pensée à faitte sensibles, pour nous representer les intelligibles, comme dit Platon, aïans en elles les principes empraints de vie et de mouvement, c'est a sçavoir, le soleil, la lune, les estoilles, & les rivieres.…..
(De la tranquillité de l'ame et repos de l'esprit, f. 76 A.
Qui empescheroit de dire, que le mal fust en intelligence, & le bien en essence ? comme la santé est, à
rebours, possede ses biens fantasie, les maux en essence.
(LL, 12, t. IL, p. 259.)
par
Comme fit Gobrias: car, estant aux prises bien estroictes avec un seigneur de Perse, Darius y survenant l’espée au poing, qui craingnoit de frapper de peur d’assener Gobrias, il luy cria qu’il donnast hardiment, quand il devroit donner au travers tous les deux.
(HAT ET pie)
Comme les fruicts naissent divers et les animaux, les hommes naissent aussi plus et moins belliqueux, justes... selon que porte l’inclination du lieu où ils sont assis, et prennent nouvelle complexion si on les change de place, comme les arbres: qui fut la raison pour laquelle Cyrus ne voulut accorder aux Perses de changer leur païs aspre et bossu pour se transporter en un autre doux et plain.