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Le plus doux contentement qu'eut Epaminondas en toute sa vie, if asseuroit que c’estoit le plaisir qu'il avoit donné à son pere et à sa mere de sa victoire de Leuctres.….
(II, 36, €. V, p. 110.)
Le vice laisse, comme un ulcere en la chair, une repentance en l'ame, qui tousjours s’esgratigne et s'ensanglante elle mesme: car la raison efface les autres tristesses et douleurs, mais elle engendre celle de la repentance qui est plus griefve, d'autant qu’elle naist au dedans, comme le froid et le chaut des fiévres est plus poignant que celuy qui vient du dehors.
(III, 2,6. V, p. 192)
ne le doit pas maintenant, attendu que ce n’est luy & qu'il est devenu un autre : & celuy qui fut hier convié à soupper y vient au jourd'hui sans mander, attendu qu'il est devenu un autre.
(Pourquoy la justice divine dufferre quelquefois la punition des malefices, f. 264 G.)
Naturellement celuy qui a faim use de viande, mais de punition ne doit user sinon celuy qui n’en a ne faim ne soif.
(Comment il faut refrener la cholere, f. 60 F.)
Epaminondas……. asseuroit que le plus doulx contentement qu'il eust eu en toute sa vie, estoit que son pere & sa mere vivans voyoient le trophee de la battaille de Leuctres, qu'il avoit gagnee contre les Lacedemoniens.
(Que l’on ne scauroit vivre joyeusement selon la doctrine d’Epicurus, Î. 285 D.)
Le remords de la conscience...
laisse comme un ulcere en la chair, une repentance en l'ame qui tousjours s’egrattigne & s'ensanglante elle mesme : car la raison oste efface les autres tristesses angoisses & douleurs, mais elle engendre celle de la repentance, laquelle le mord avec honte, & le punit elle mesme : car ainsi comme ceulx qui tremblent de froid ou bruslent de chauld en fievre, en sont plus affligez & plus tourmentez que ceulx qui souffrent les mesmes passions par causes exterieures de froideur d'hyver, ou de chaleur d’'este : aussi
Je hay un esprit hargneux et triste qui glisse par dessus les plaisirs de sa vie et s'empoigne et paist aux malheurs : comme les mouches, qui ne peuvent tenir contre un corps bien poly et bien lissé, et s'attachent et reposent aux lieux scabreux et raboteux; et comme les vantouses qui ne hument et appetent que le mauvais sang.
(LL, 5,t. V, p. %54.)
Je fais volontiers le tour de ce peintre, lequel, ayant miserablement representé des coqs, deffendoit à ses garçons qu'ils ne laissassent venir en sa boutique aucun coq naturel.
COTIP SATCAV 2 D)
Siramnes le Persien respondit à ceux qui s’estonnoient comment ses affaires succedoient si mal, veu que ses propos estoient si sages, « qu'il estoit seul maistre de ses
les mesadventures fortuites & casuelles apportent des douleurs plus legeres, comme venans du dehors.
(De la tranquillite de l'ame
repos de l’espr'it, f. 75 G.)
Comme les mousches ne se peuvent tenir contre les endroicts des miroirs qui sont bien lissez, ains glissent, & au contraire elles s’attachent bien à ceux qui sont rabotteux & scabreux, et où il y a des graveures, aussi les hommes glissans dessus les aventures qu’ils ont euës guayes, joyeuses & prosperes, s'attachent à la rememorasion des adverses et malplaisantes.
(De la tranquillite de l’ame f repos de l’esprit, f. 73 H.)
eee Comme les ventoses & cornets attirent ce qu’il y a de pire en la chair : aussi amasses-tu a l’encontre de toy mesme ce qu'il y a de plus mauvais en toy.
(De la tranquihite de l'ame & repos de l'esprit Î. 71 B.)
Il fait ne plus ne moins qu'un mauvais peintre, qui avoit fort mal peint des coqs, car il commandoit à son valet de chasser bien loing de sa peinture les coqs naturelles.
(Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l’amy, {. 49 H.
Siramnes Persien respondit a ceulx qui s'esbahissoyent dont venoit que ses devis estoyent si sages, et ses effects si peu heureux : « C’est pourantant, dit-il, que les devis sont
propos, mais du succez de ses affaires c’estoit la fortune. »
(IL, 8, t. VI, p. 101).
Comme les petites lettres offencent et lassent plus les yeux, aussi nous piquent plus les petits affaires.
(UE, 9, t. VI, p. 1%).
Or nous monstre assez Homere combien la surprise donne d’avantage, qui faict Ulysse pleurant de la mort de son chien et ne pleurant point des pleurs de sa mere : le premier accident, tout legier qu'il estoit, l’'emporta, d'autant qu'il en fut inopinéement assailly : il soustint le second, plus impetueux parce qu'il y estoit preparé.
(IL, 9, t. VI, p. 126.)
Comme disoit Solon : « Qui dresseroit un tas de tous les maux ensemble, il n’est aucun qui ne choisist plustost de raporter avec soy les maux qu'il a que de venir à division legitime, avec tous les autres hommes, de ce tas de maux, et en prendre sa quotte part.
111,9, 6: VI p. 143.)
en ma pleine disposition, et les effects en celle de fortune et du TOY. »
(Préface des Vies.)
Tout ainsi comme les petites lettres offensent & poignent plus les yeux, d'autant qu’elles les tendent plus, aussi les petites affaires troublent plus la cholere.
(Comment il fault refrener la cholere, f.63, A.)
Le poete mesme Homere nous donne bien à entendre quel est ce qui arrive contre toute attente & esperance, quand il fait qu'Ulysses pleure pour la mort de son ehien & neantmoins estant assis aupres de sa femme qui ploroit, il ne pleure point, d'autant qu'il estoit là venu, aiant de longue main anticipé & domté par le jugement de la raison son affection: & au contraire il estoit tombé à l'improuveu soudainement contre son attente en l’autre accident.
(De la tranquillité de l'ame 4 repos de l'esprit, Î. 74, H.)
Le propos de Socrates qui vouloit dire, qu'il falloit que chascun apportast ses malheurs & adversitez en commun, & que lon les departist tellement que chascun en eust son egale portion, car alors il se verroit que la plus part de ceux qui se plaignent seroient bien aises de ce contenter des leurs, & s’en aller à tout.
(Consolation envoyee à Apollonius sur la mort de son fus, f. 245, G.
Encore s’il advenoit, comme disent aucuns jurdiniers, que les roses et violettes naissent plus odoriferantes prés des aux et des oignons, d'autant qu'ils espuisent et tirent à eux ce qu'il y a de mauvaise odeur en la terre: aussi que ces dépraves natures humassent tout le venin de mon air et du climat, et m'en rendissent d'autant meilleur et plus pur par leur voisinage.
(IL. 9, t. VI, p. 163).
O un amy! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus necessaire et plus doux que des elemens de l’eau et du feu!
(II, 9, t. VI, p. 180).
On peut s’arrester à l’escorce, (dans une leçon morale) mais c’est aprés qu'on en a retiré la mouele :
comme, aprés avoir avalé le bon vin d'une belle coupe, nous en considerons les graveures et l'ouvrage.
(LL, 9, t. VI, p. 195).
Pour dresser un bois courbe, on le recourbe au rebours (1).
(I, 10, t. VI, p. 219).
Comme les bons jardiniers ont opinion qu'ils rendent les roses et les violettes meilleures en semant aupres des aulx & des oignons pour ce que tout ce qu'il y peult avoir de forte et puante odeur au sue dont elles sont nourries se purge en ceulx là, aussi l’ennemy recevant & tirant a soy toute l'envie et la malignité, nous rendra plus traictables & plus gracieux envers noz amis en leurs prosperitez.
(Comment on pourra recevoir utilite de ses ennemis, f. 112F.)
Grace & utilité accompaignent tousjours l’amitié, suyvant l’ancien proverbe qui dit, que l’amy est plus necessaire que ne sont les elements de l’eau & du feu.
(Comment on pourr« discerner le flatteur d'avec l’amy,t.41, D.)
La grace du stile.… c’est... ce dequoy le jeune homme qui escoute se doit soueier le moins, au moins du commencement : je ne dis pas que puis apres il ne s’y puisse bien arrester, ne plus ne moins que ceulx qui boivent apres qu'ils ont estanché leur soif, alors ils tournent les couppes tout à l’entour, pour considerer & regarder l’ouvrage qui est dessus.
(Comment il fault ouir, Î. 27 E.).
Ils font des meurs comme d’un bois courbé d’un costé..…. ils le recourbent de l’autre.
(Comment on pourra discerner le fatteur d'avec l’amy, Î. 50 E.).
(4) Montaigne donne à l'image la même valeur qu'Amyot, le sens général de
la phrase est de part et d'autre :
contraire.
pour çe corriger d'un vice on contracte le vice
Il faut proceder au rebours du roseau qui produict une longue tige et droicte de la premiere venue; mais aprés, comme il s’estoit alanguy et mis hors d'haleine, il vient à faire des neuds frequens et espais, comme des pauses qui montrent qu'il n’apluscette premiere vigueur et constance.
(LIL, 406, VLep..239)
C’est agir pour sa reputation et proffit particulier, non pour le bien, de remettre à faire en la place ce qu’on peut faire en la chambre du conseil. Ainsi faisoyent aucuns chirurgiens de Grece les operations de leur art sur des eschaffaux, à la veuë des passans, pour en acquerir plus de practique et de chalandise.
(LIL, 10, t. VI, p. 245.)
Donne moy une dragme d'argent, disoit un philosophe cynique à Antigonus.— Ce n'est pas present de roy respondit-il.— Donne moy donc un talent. — Ce n'est pas present pour cynique.
(LU, 41, t. VI, p. 267.)
Cette raison quise manie à nostre poste, trouvant lousjours quelque diversité et nouvellelé, ne laisse chez nous aucune trace apparente
de la nature. Et en ont faict les
Tout ainsi comme la premiere bouttee que fait le germe du rouseau aiant force de poulser grande, produit une longue tige droicte, egale & unie du commancement...
et puis apres comme si elle se lassoit en hault par une defaillance de courte haleine, elle est souvent retenue par plusieurs nœuds, non gueres distans l'un de l'autre, comme si l'esprit qui poulse contremont trouvoit quelque empechement qui le rabbatist & le fist trembler.
(Comment l'on pourra apparcevoir si l’on profite en l'exercite de la vertu, f. 114 B.)
Cela n’est pas fait en amy, mais en Sophiste, qui ne quiert que l'apparence, & veult chercher sa gloire es faultes d'autruy, pour en faire ses monstres devant les assistans :
comme les chirurgiens qui font les operations de leur art en plein theatre, pour avoir plus de prattique.
(Comment on pourra discerner te flatteur d'avec l’amy, f.53 D.)
Comme un belistre philosophe Cynique lui demandast une drachme..…. Ce n'est, dit-il, pas un don de Roy, & comme l’autre luy repliquast donne moy doncques un talent. il luy respondit ce n’est pas un present de Cynique.
(De la mauvaise honte, f. BF.)
La nature retient & garde mieulx en icelles bestes brustes ce qui luy est propre, simple et entier sans le corrompre ny alterer d'aucune meslange estrangere : là où au
hommes comme les parfumiers de
l'huile : ils l'ont sophistiquée de tant‘
d'argumentations et de discours adjoustez du dehors qu’elle en est devenue variable et particuliere à chacun, et a perdu son propre visage, constant et universel, et nous faut en cercher tesmoignage des bestes.
(LE, 12, & VI, -p, 2801)
La ressemblance ne faict pas tant un, comme la difference faict autre.
(ILE, 13, t. VII, p.2.)
L'esprit de l'homme se conduit...
non guiere autrement qu'il advint aux chiens d’Esope, lesquels, descouvrant quelque apparence de corp mort floter en mer, et ne le pouvant approcher, entreprindrent de boire cette eau, d’assecher le passage et si tuerent.
TMS EVIL D7:)
Socrates demandoit à Memnon que c’estoit que Vertu. Il y a, fit Memnon, vertu d'homme et de femme, de magistrat et d'homme privé, d'enfant et de vieillart. Voicy qui va bien, s’escria Socrates : nous estions en cherche d’une vertu, en voicy un exaim. Nous communi-
contraire, il semble que les hommes en on fait comme les parfumiers font de l'huile, par accoustumance & par le discours de leur raison, ils y ont meslé tant d'opinions & tant d'avis adjoustez du dehors quelle en est devenue variable & particuliere à chaseun & n’a point retenu ce qui luy estoit propre et peculier (1).
(De l'amour $ charité des peres & meres envers leurs enfans, f. 100 F.
Les similitudes ne font pas tant un, comme les differences font autre et different.
(De l'envie & de la haine, f. 107 H.)
Nous ressemblons proprement à ces chiens la qu'Esope dit qu'ils brilloient apres certains cuyrs qu'ils voyoient flotter sur l’eau, & pour les cuyder avoir, ils se prirent à vouloir boire et avaller toute la mer, mais ils creverent plus tost que de toucher à ces cuyrs la.
(Des communes conceptions contre les stoiques, Î. 579 B.)
Socrates demanda un jour a Memnon.…. que c’estoit que vertu.
L'autre luy respondit audacieusement & promptement qu'il y avoit vertu d'enfant & de vieillard, d'homme & de femme, de magistrat & de privé & de maistre & de valet. Voila qui va bien, repliqua Socrates, nous
(1) Le contexte d’Amyot présente encore plusieurs expressions et images reproduites
par Montaigne, ainsi par exemple
Da TaIsSon MAUIsILesSer ee
trouvant tantost
une diversion, tantost une autre, et tousjours quelque nouvellete, n'y laisse aucune apparence, ne manifeste trace de la nature. »
quons une question, on nous en redonne une ruchee.
(HILL, 18, t. VII, p. 10.)
Cecy me faict souvenir de ces anciennesopinions..….que l’humaine justice est formée au patron de la medecine, selon laquelle tout ce qui est utile est aussi juste et honneste.
(IL, 13, t. VII, p. 13)
Quelqu'un, en certaine eschole grecque, parloit haut comme moy ; le maistre des ceremonies luy manda qu’il parlast plus bas. « Qu'il m’envoye, fit-il le ton auquel il veut que je parle. » L'autre luy replica qu'il prinst son ton des oreilles de celuy à qui il parloit.