‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 106 sur 184 · LES TEXTES · texte numérisé non relu

LES TEXTES

Le Talmud (Gémara) n'est pas comme la loi de Moïse un système logique, conséquent, égal dans toutes ses parties; il n'est pas non plus la parole d'un rabbin^ ni l'exposé d'une doctrine philosophique d'un penseur ou d'une époque :

c'est un commentaire collectif, c'est un corps de débats spirituels, non-seulement sur toute la loi de Mofse, mais sur tout le code entier de l'humanité passée, présente et future. Théologie, philosophie^ jurisprudence, médecine, morale, vie pratique, présente et future, le Talmud aborde tout, discute tout et émet sur tout une série d'opinions et d'avis contradictoires. Il traite

avec autant de sérieux le détail d'une prière, d'une défense de manger certains mets, de faire un nœud à son habit, que la substance de Dieu, la foi à la résurrection, la naissance, la mort et la destinée de l'homme.

Rien de divin ni d'humain ne lui échappe. Et tout est traité par lui fortuitement, incideiitellement. C'est une causerie perpétuelle, irrégulière, déclamatoire, dîsputatoire, procédant par sauts et par bonds, commençant par la nature de Jéhovah et finissant parfois par la coquetterie de la femme, si tant est qu'il finisse, car jamais le Talmud ne conclut. La Mischna qui est antérieure au Talmud de quelques siècles, a bien l'intention de formuler une espèce de code explicatif et supplémentaire des lois de Moïse, mais le Talmud qui a fleuri depuis la chute du second temple jusqu'au cinquième siècle chrétien, remet les lois même de la Mischna en question. Ce n'est pas un cours de droit, de philosophie, de médecine, d'astronomie, d'astrologie, d'esthétique el de morale ; si célèbres que fussent les rabbins à Jérusalem, à Pumbeditha, à Naharda, à Sura, à I.ud et à Alexandrie, leur parole n'a pas daus

le Talmud plus de valeur que celle du jeune écolier qui répond et qui très-souvent dit le contraire de ce qu a dit le maître. Le Talmud est un livre unique dans Thistoire de l'esprit humain. Il y représente la démocratie la plus radicale, voire la plus anarchique. C'est une navette continuelle marchant toujours et ne s'arrêtant jamais. C'est une liberté illimitée de la parole. C'est le pour et le contre, l.e blanc et le noir, le oui et le non de chaque chose et sur chaque chose. C'est, en un mot, le résumé désordonné, espèce de sténograplûe des débats religieux, judiciaires, théologiques et théosophiques , des • écoles juives de Jérusalem, de Babel, de tous les endroits où s'assemblaient les rabbins, docteurs de la loi de Moïse. De là vient que dans le Talmud même on trouve sur chaque question, légère ou sérieuse, différentes opinions qui d'ailleurs n'ont pas une grande influence sur la vie. pratique. Celle-ci est toujours restée dans la tradition transmise de père en fils, sur les grandes questions de la destinée, de la grâce, de la prière, de l'enfer, du paradis, de la résurrection des morts, sur le pardon des péchés, aussi bien que sur la

question de la femme, de l'amour, du dîner, du coucher, etc., etc. Les opinions contraires se heurtent parfois sur la même page et se neutralisent les unes les autres. Les rabbins eux-mêmes, on dirait dans un accès d'orgueil scientifique, s'élancent au-devant de ces contradictions, pour essayer leur esprit et leur dialectique à les accorder, en citant d'autres lois, d'autres passages de l'Écriture, mais qui, en vérité, ne font qu'obscurcir encore les débats pour les rendre tout à fait inintelligibles.

Ce n'est pas qu'à travers toutes ces conti'adictions individuelles, il ne serpente, comme nous l'avons dit, une doctrine qui a sa logique, ses buts ' et ses fins , autour de laquelle les rabbins ont élevé une triple haie, c'est là leur mot, pour qu'elle ne fût jamais entamée, mais cette doctrine loin d'être la loi de Moïse, est une tradition et de plus une tradition étrangère. La tâche du Talmud, tâche surhumaine, sous laquelle il a succombé, c'est d'accorder cette doctrine avec la Thorah^ avec la loi de Moïse et les prophètes. Autant accorder l'eau avec le feu, réunir le jour et la nuit. L'une est l'extrême opposé de l'autre.

Cette doctrine, venue de la Perse et des Indes porte la trace des principes d'idolâtrie, d'inégalité, d'esclavage, de tyrannie et de fatalité. De là vient que chaque fois qu'un rabbin se bat les flancs, se tord et se tortionne pour trouver la doctrine pharisienne écrite déjà dans la Bible, il a l'air d'un fou ou d'un railleur se moquant de son public.

Nous en citerons quelques exemples, mais il faudrait citer tout le Talmud. Il a pourtant ses treize méthodes d'argumentation qu'il appelle Midoth, ou modes d'argumenter.

Hillel n'en avait que sept, les voici*; mais presque toutes sont entachées, soit d'aberration scolastique, soit d'un parti pris ostensible. Parfois même un rabbin tire les conclusions les plus sérieuses d'un calembour, ou bien , en changeant les voyelles d'un mot. « Ne lis pas H^ruth, mais H^ruth, » l'un veut dire libre, l'autre gravé. « Ne lis pas Muchollolj mais Machol'lo^ » l'un dit profané^ l'autre pardonné.

I. Aboth du Rabbi Nathan. 1"»:n nW XKy^M laini Sp T31SD T31ST SS^D U^1\T0 ^IXS^ IN ]"»:i inH nn^l IH

C'est comme qui dirait : « Ne lis pas C/uileine mais la laine. » Un troisième vient et dit : « Non, c'est F alêne. » Il est dans le Talmud plus de cinq cents preuves de ce genre. Nous verrons plus tard les Gesereh Schavah et les Kal Vachômer^ c'est-à-dire, les parallèles entre deux mots qui se ressemblent et les arguments dits h fortiori. La doctrine talmudique est devenue la religion du juif pharisien , comme le dogme chrétien est devenu la règle de conduite du chrétien. Mais les vrais juifs ne l'ont jamais admise. Les juifs n'ont jamais admis de dogmes, pas même ceux que Maimonide s'est donné la peine de rédiger et de résumer sur les lois du Talmud. N'eût été la barbarie du moyen âge, les juifs auraient bien vite secoué le joug rabbinique. Ce qui a maintenu le Talmud, c'est le dogme chrétien. Peu importe qu'il lui soit antérieur ou postérieur.

I^s textes que je vais citer, tout contradic-

toires qu'ils sont, convaincront le lecteur le plus cpëdule. La doctrine du Talmud au fond est la doctrine des dogmatiques chrétiens, sauf Jéliovah à la place de Jésus et de la Trinité. L*anthroponiorpliisme même est talmudique. Le Jéhovah du Talmud est un homme; il prie, il pleure, il se console, il se repent, il met même tous les matins des Tphilin (des philactères).

On lit* : « Trois veillées sont dans la nuit. A chaque veillée le Saint, béni soit-il, s'asseoit, rugit comme un lion et s'écrie : « Malheur à moi a qui ai détruit ma maison, brûlé mon temple et « dispersé mes fils parmi les peuples! » Rabbi José dit : « Une fois en voyageant je suis allé voir une ruine de Jérusalem pour prier. Est venu le prophète Elie, attendant a la porte que j'aie fini ma prière et me disant : « Salem à toi.» Je répondis : « Salem, maître et seigneur. » «Mon fils, me dit-il, pourquoi es-tu entré dans cette ruine? — Pour prier. — Mais tu pouvais prier en chemin. — J'avais peur d'être interrompu par

\, Traité Berachoth, livre I". rhl^TK ^in niatt^a r\xhxS

des voyageurs. — Tu pouvais faire une courte prière; qu'as-tu entendu? — J'ai entendu la voix divine gémissant comme une colombe et disant : a Malheur à moi qui ai détruit ma mai- « son, » etc., etc. Il me répondit' : « Sur ta vie et sur ta tête, elle ne dit pas cela seulement dans cette heure, mais trois fois par jour. Nonseulement ici, mais chaque fois qu'Israël entre dans les synagogues et les maisons d'étude. Dieu alors secoue la tête et dit : « Heureux le Roi « dont on chante la gloire dans sa propre mai- « son ! Malheur au père qui a mis en exil ses « enfants! Malheur aux enfants expulsés de la « table de leur père'! » Même livre on lit : « 11 est écrit' : Dieu dit à Moïse : « J'ôterai mes « pieds, tu verras mon dos et tu ne verras pas « ma face. » De la est prouvé que Dieu a montré à Moïse le nœud de Tphilin qu'il por-

2. La même idée d*auto-adoraûon se trouve dans TÉvangile quand Jésus qui, d'après le dogme, est Dieu luimême, s'écrie : a Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »

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