‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 2 sur 184 · DÉDICACE. III · texte numérisé non relu

DÉDICACE. III

VOUS venez d'appeler : du caractère. Cette musique seule est immortelle, car elle seule conserve Tânie du penseur compositeur! Vous le voyez, en vous dédiant mon Moïse ^ je le dédie à un grand philosophe!

— Vous me flattez. Vous m'avez toujours gâté. Heureusement vous êtes seul.

— Cher ami , laissez-moi tout vous dire. Le monde ne sait pas que vous n'êtes sensible à la critique que par excès de modestie. Vous n'avez jamais eu confiance en vous-même; vous ne connaissez pas votre grandeur. Je vous dédie mon livre, non-seulement parce que, depuis Spinoza, il n'est pas sorti du judaïsme un génie de votre force, mais encore parce que vous êtes le plus grand créateur de ce siècle. Le dix-neuvième siècle n'a produit que deux chefs-d'œuvre accompUs; l'un représente la liberté politique, l'autre la liberté religieuse ; l'un s'appelle Guillaume Tell^ l'autre les Huguenots, Mais les Huguenots sont plus forts encore que TV//, le sujet ayant exigé des principes d'une raison plus ardente. D'ailleurs, on ne pouvait atteindre Rossini qu'en le dépassant. La force ascendante.

comme les langues d'une flamme dévorante, dépasse la cime dès qu'elle la touche. Et c'est un grand bonheur que ces deux œuvres soient faites. Aujourd'hui, vous eussiez tous deux quarante ans, vous ne les feriez plus! N'avez- vous pas senti, en écrivant la dernière note des Huguenots^ que vous veniez de faire une œuvre immortelle?

— Vous connaissez mes principes depuis trente ans. Je suis très-tolérant, très-indulgent de ma nature, mais dans mes principes philosophiques je n*ai jamais varié un jour; il se peut donc qu'ils s'infiltrent, à mon insu, dans mes œuvres. La première chose que je fais quand j'achève un travail, c'est de relire tout ce que j'ai écrit, afin que nul passage ne soit copié, ni de moi, ni des autres. C'est un travail très-ennuyeux.

— Voyons, n'y a-t-il pas, dans le grand chœur du quatrième acte des Huguenots^ dans les gammes chromatiques de l'orchestre, une critique sanglante contre le fanatisme des chanteurs?

— Cher ami, j'ai toujours aspiré à atteindre l'idéal que je porte en moi, sans jamais Tat-

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