‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 3 sur 184 · DÉDICACE. V · texte numérisé non relu

DÉDICACE. V

teindre. Comment exprimer avec des notes que l'on croit à Dieu et à Timmortalité de Tâme?

Comment dire, que Ton ne croit qu'à cela, surtout quand on fait de la musique religieuse chrétienne ?

— il n'y a pas de musique religieuse proprement dite; toute bonne musique est religieuse. L'art qui ne glorifie pas Dieu n'est pas de l'art, et encore le Dieu seul de la raison universelle. Une musique qui me prouverait la Trinité et r Immaculée conception serait de la musique détestable. Les grands génies ont tous glorifié le dieu de la Raison, non pas le dieu national ou local des juifs, des chrétiens ou des Turcs, maïs le Dieu accessible à toute âme humaine; plus que cela encore, à tout être, à toute existence, car les animaux , les végétaux et les minéraux ont une âme comme nous, ils sont de la même essence que nous; ils vivent, ils sentent, ils aiment, ils haïssent, ils ont leur langage comme nous. La solidarité des êtres, d'ailleurs, est déjà l'idée fondamentale de Moïse. Lui, le premier, prescrit à l'homme des devoirs envers la bête, la plante et la terre ; elles sont les créatures de

Dieu comme tous les personnages des Huguenots sont les enfants de MeyeAéer. Vous avez donné l'essence de votre être à toutes vos créations. Le fanatique catholique, le protestant zélé, l'amour philosophe qui les abrite tous deux sous son aile divine, le chœur qui crie : Mort à nos frères! la voix de la bien-aimée demandant grâce, tous sont vos enfants ; seulement vous ne les avez pas dotés à régal Tun de l'autre; Le grand poète, qui a plusieurs âmes, verse la rosée fertilisante de son génie sur toutes ses créations , mais il a des enfants chéris auxquds il donne Je meilleur de luinrùême. Ainsi fait Dieu! Tous les êtres contiennent une part de son essence divine: la différence entre eux est dans la quantité de cette essence,' -mais nullement dans la qualité. Aussi reconnaît-on l'homme de Dieu dans les détails d'une œuvre. Un génie ne néglige pas un rôle, si petit fût-il. N'y eût-il que deux notes, ces deux notes doivent contenir une part de son essence spirituelle. Le poète, le musicien qui néglige les personnages secondaires pour un grand rôle principal, n'a rien de divin. C'est un faiseur, un spéculateur; ce n'est pas un génie ,

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ce n'est même pas un homme. Dieu ne néglige rien dans ses œuvres Un brin de paille (une demi-croche) est aussi sérieusement, aussi artistement traité que le soleil , que la Vénus, qu'Apollon. C'est pourquoi, cher et bien-aimé ami, vous êtes un véritable grand homme. C'est pourquoi je considère votre amitié comme un bienfait, comme un bonheur céleste!

— Vous me dites là des choses qui me touchent profondément. Je me suis toujours demandé, d'où vient qu'avec votre esprit on ne vous ait jamais rendu justice. J'ai lu vos livres parce que je vous connais depuis trente ans, parce que je vous aime, mais jamais un journal ne m'a engagé à vous lire. La presse ne parle jamais même de vos livres.

— Mon cher, ne parlons pas de moi ; je suis ce que je veux être. Moi non plus, je n'ai pas toujours rendu justice à qui de droit. Je ne suis pas de mon siècle. Votre porte est-elle bien fermée? Voulez-vous que nous examinions de quoi, depuis deux mille ans, vit l'humanité? non pas une nation, deux peuples, mais toute l'Europe? Ne croyez-vous pas avec moi qu'il viendra un

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temps, où pas un enfant de douze ans ne comprendra comment une société d'hommes, doués en apparence de raison, ait pu se soutenir intellectuellement pendant des siècles d'une telle nourriture? Mais, cher ami, nous vivons en pleine barbarie. Sauf quelques tètes d'élite, qu'est-ce donc que l'opinion publique?

— C'est vrai.

— La philosophie, sous ce rapport, est moins heureuse que la musique. La musique, d'ailleurs, n'est que d'hier : elle date de Mozart. Vous en êtes la dernière expression. Les musiciens qui viendront après vous et Rossini auront de rudes épreuves à passer. Vous êtes de votre siècle , et déjà on vous rend justice. Je ne connais qu'un seul vrai philosophe qui fût de son siècle, qui eut pour lui tous les esprits d'élite de son temps : Voltaire! Aussi son action a-t-elleété immédiate; elle vibre encore. Quant à moi , mes idées sont tellement opposées à celles qui régnent, dans la théorie aussi bien que dans la pratique , que si jamais elles exercent une influence quelconque sur les hommes, ce dont je doute parfois, ce ne sera qu'en des temps bien reculés. Vous me Ta-

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