‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 4 sur 184 · DÉDICACE. IX · texte numérisé non relu

DÉDICACE. IX

vez dit vous-même, il y a vingt-cinq ans. Vous rappelez-vous notre promenade de minuit à la halle avec Henri Heine? Vous vouliez voir le peuple de Paris. « Ce petit Weill , disiez-vous à Heine, est un pondeur d'idées; il faut que je lui fasse une petite rente pour qu'il puisse rester dans son nid. » En effet, vous avez payé mon logement pendant trois ans. Vous l'avez oublié, mais moi je n'oublie rien , surtout le bien que l'on me fait. Sans vous je n'eusse pu rester à Paris. Dieu d'ailleurs vous a exaucé : j'ai une petite rente, juste assez pour pouvoir couver mes idées; aussi n'aspiré-je qu'à me rendre digne de votre amitié.

— Ami, répondit Meyerbeer en me serrant la main, vous avez une qualité bien rare : vous trouvez du bonheur dans la reconnaissance. Si en 1839 je vous ai réconcilié avec votre propriétaire, vous m'avez réconcilié avec l'espèce humaine , qui est bien ingrate. Pas plus tard qu'hier je l'ai écrit à ma femme, en parlant de vous. Allez, faites-moi une belle dédicace. Dites-moi ce que vous voudrez, je suis sûr que je vous lirai avec bonheur, pourvu toutefois que

je sois bien portant, car depuis hier, je me sens indisposé.

— Il n'y a rien à craindre pour vous. Nous autres, quand nous sommes malades — je le suis depuis un an — nous devons craindre la mort; nous n'avons rien fait. Mais vous, vous pouvez mourir, car vous vivrez éternellement. Vous ne revivrez même plus dans un être humain, car vous n'avez pas de défaut, vous êtes parfait! Vous n'avez plus besoin de revenir au monde. Vous rentrerez directement dans l'Essence substantielle que Spinoza appelle Dieu.

— Hum ! hum ! j'espère que l'Essence substantielle pourra encore se passer de moi. »

Sur ces paroles il me quitta, en me disant encore :

« Vous recevrez de moi une lettre lundi. »

Car, de peur de le déranger dans ses nombreux travaux , je ne le voyais jamais sans qu'il me demandât.

« Soignez bien votre livre, ajouta-t-il, et faitesmoi une belle dédicace. »

Inoidjliable ami! homme divin! puissé-je par

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