I. Genèse, chap. in, v
seront après ton mari et lui dominera en toi^. » Je traduis textuellement :
Voilà donc les suites de cette fameuse chute. Eve aimera son mari, aura beaucoup d'enfants, et c'est par Tamour que son mari la dominera. Beaux malheurs !
Quant à Adam, naguère un vrai fainéant^ il sera condamné à travailler, à cultiver la terre, souvent ingrate, à la défricher, à en faire le vrai paradis. Adam travaillera, mais à Eve la mission d'écraser la tête du serpent. Où donc, je vous le demande, se trouve-t-il là la moindre trace d'une chute? Dieu destine l'homme et la femme au travail, non pas pour eux, mais pour autrui. A l'homme le travail rude de la terre, à la femme l'amour, c'est-à-dire, le dévouement pour son mari et ses enfants, comme la Bible le dit en propres termes. Mais c'est tout simplement la quintessence de la philosophie; car, en effet, rien ici bas n'existe que par la substance auto-
1. 1(2, ^ttTD^ Nim ^npwn ^ïT^N V^^I Dans le Talmud un rabbin s'écrie : « Il a maudit la femme et tout le monde court après elle. 11 a maudit la terre et tout le monde se nourrit d'elle ! » (Voir le Talmud, deuxième partie).
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. ia9
nome et divine, et nul n'existe pour soi, pas même Dieu ! Tout être vit et travaille pour autrui. C'est là, en effet, le but et la grandeur de la création ; c'est là que l'homme reconnaît la loi de Dieu et sa propre loi : le travail^ non comme moyen j mais comme but] le travail, non pour soi^ mais pour autrui! C'est là, enfin, le secret de la solidarité de tous les êtres, de toutes les existences, depuis le grain de sable jusqu'à l'astre des cieux.
Il faut, de gaieté de cœur, aveugler sa raison et la soumettre à un dogme tyrannique, anti-rationnel, pour voir dans cette légende la chute de l'homme et surtout de la femme. Si on devait la prendre à la lettre, la femme, dans la personne d'Eve, n'aurait qu'à s'en glorifier ! Aux observations d'un Adam quelconque, lui reprochant l'histoire de la pomme, elle pourrait répondre : <c Je m'en vante. Sans moi, tu vivrais peut-être un peu plus longtemps, mais tu ne serais qu'un crétin ! »
Dans toutes les histoires de famille antésinaïques, outre l'intérêt national qui s'y rattache, l'auteur de la Bible, quel qu'il soit, (ce n'est pas
Moïse) poursuit un double but : Prêcher la monogamie par des exemples de bénédictions et flétrir la polygamie, en énumérant les malheurs domestiques dont elle fut la cause. Déjà le déluge est le résultat de la corruption de la chair et des filles de Dieu. Noé et ses fils sont monogames : chacun d'eux entre dans Tarche avec sa. femme, même les animaux entrant dans Tarche sont monogames. Abraham, le plus grand des patriarches et le plus grand homme de ^on siècle, est monogame. Il ne se remarie qu'après la mort de Sarali*. Voltaire accuse Abraham de dureté de cœur pour avoir renvoyé Agar avec son fils Ismaël. Mais Agar était l'esclave de Sarah qui, en tout et pour tout, savait très-bien maintenir son droit. Sarah n'était ni une Ranaanite ni une Grecque! Juive, elle était l'égale de son mari. Quand elle n'espéra plus avoir d'enfants, elle donna son esclave Agar à Abraham , afin de prendre l'enfant qui lui appartenait de droit. Dès qu'elle eut un fils, elle renvoya et l'esclave et son fils, en leur donnant la liberté à tous deux.