Genèse, chap. xxv, v, i
Abraham aurait eu beau protester, si tant est qu'il Teût voulu, Sarah, d'après le caractère que nous lui connaissons^ eût, certes, passé outre, en réclamant son esclave et son enfant dont elle pouvait disposer comme bon lui semblait.
Quand Éliézer, le fidèle serviteur d'Abraham, se présente devant les parents et les frères de Rébecca pour la demander en mariage , au nom d'Isaac, ceux-ci demandent à la jeune fille si elle veut bien suivre cet homme pour devenir l'épouse du fils d'Abraham. « J'irai, » réponditelle brièvement \ Il résulte de cette demande et de cette réponse que même la jeune fille juive était libre et qu'on ne la mariait pas contre son gré. Isaac est monogame. Voici les paroles à la fois tendres et profondes que dit la Bible à l'occasion de ce mariage". « Et Isaac se consola par Rébecca de la mort de sa mère. » En effet, quel fils, aimant tendrement sa mère, voudrait se marier s'il était sûr de lui survivre! Voltaire encore, reproche à Rébecca d avoir favorisé Jacob aux dépens d'Esaù, grand chasseur, grand bretteur,
i. Genèse, chap. xxiv, v. 58. "j^N IDNni 2. Genèse, chap. xxiv, v. 67.
i42 LES LIVRES DE DIEU.
grand coureur de plaisirs. Désobéissant à sa mère, Esaû avait épousé plusieurs filles idolâtres, avec lesquelles il gaspillait sa jeunesse quand il ne chassait pas ; au demeurant, bon garçon tour à tour fantasque et faible à l'excès. Quoi d'étonnant que la pieuse et vertueuse Rébecca préférât son cadet, un modèle de piété et de tendresse filiale? Jacob avait promis à sa mère de n'épouser qu'une fille de sa nation et de sa religion, et sa mère, à son tour, ne recula devant aucune ruse pour procurer à son bien-aimé préféré fils la bénédiction du père, qui appartenait de droit à l'ainé. A cette bénédiction était attachée une double part de l'héritage paternel auquel d'ailleurs Jacob renonça plus tard.
Il n'est pas de cœur maternel qui n'applaudisse aux ruses de Rébecca. Esaû s'était rendu indigne de l'amour de sa mère. Il la raillait et cherchait à tromper son père, aveuglé par ses produits de chasse, probablement aussi par ses menleries, car qui dit chasseur dit menteur.
Chez tout autre peuple de l'antiquité, l'action de Rébecca eût été la cause de plusieurs crimes domestiques. Mais Esaû, malgré son inconduite.
était Hébreu. Il respecte sa mère même après le départ de Jacob, et, lors des funérailles de son père, il prend le premier rang, bien qu'il eût vendu son droit d'aînesse. C'est que la femme et la mère Juives ne ressemblent à aucune autre femme des nations idolâtres. Devant Jéhoifah^ tous les êtres humains étaient égaux. Devant son Dieu^ la femme vertueuse valait l'homme ^ courageux. Tous deux étaient égaux par le devoir accompli.
L'histoire de Jacob, roman si jamais il en fut, prouve par plusieurs crimes le danger de la polygamie. Il est vrai qu'il y fut forcé par la ruse de Laban. Il n'aimait que Rachel. Il résulte cependant de l'histoire de Léah et de Rachel, deux choses. D'abord que les filles Juives héritaient dans ce temps de leurs parents, puisqu'elles n'ont jamais pardonné à leur père de les avoir vendues. On lit* : « Rachel et Léah répondirent et dirent : « Avons-nous encore une part et un « héritage à la maison de notre père! Ne lui « étions-nous pas comme des étrangères ! Il nous