‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 92 sur 184 · Genèse, chap. xyxi, v · texte numérisé non relu

Genèse, chap. xyxi, v

tf a vendues. Et maintenant il veut manger en- « core tout notre argent. Car toute la richesse w que Dieu a sauvée de notre père est h nous et « à nos enfants ! »

En effet, on ne voit pas dans l'histoire des patriarches et des tribus que les pères vendaient leurs filles. D'ordinaire on lit : « Et un tel alla et épousa la fille de Lévi^ » Ou bien : « Un tel lui donna sa fille pour femme, » comme Jethroh à Moïse.

Jacob une fois époux des deux sœurs, alliance que Moïse de fend ^ chacune de ces sœurs, dans l'intention de posséder à elle seule les bonnes grâces du maître, lui donne une esclave, d'abord pour s'en approprier les enfants, autant de liens d'amour, puis pour plaire exclusivement à l'époux. Cela ressort clairement du récit de la Bible. C'est Léah qui commence. Rachel ne fait que suivre l'exemple. C'est une hitte continuelle à qui des deux appartiendra ce malheureux mari ballotté entre deux sœurs et deux jeunes esclaves, et dont les propres fils, plus tard, souil-

i. Exode, chap. ii, v. 1.

laient la couche paternelle avec une des concubines.

L'aventure malencontreuse de Dinah est encore une suite de ces désordres, ainsi que la vente de Joseph aux Égyptiens. Tous ces malheurs ne jaillissent que de la même cause : la polygamie. Ces histoires , au lieu d'être expurgées, devraient être lues et connues par toute honnête femme, voire par toute jeune fille. Elle n'y apprendra jamais un mauvais principe, elle ne sera jamais tentée d'imiter ce mal, qui, nulle part, dans le Pentateuque, ne se manifeste que pour traîner à sa suite un châtiment exemplaire. N'est-il pas curieux qu'après l'enlèvement de Dinah son nom ne soit plus jamais prononcé ? A ce sujet, je dois faire observer que, s'il y avait quelque part, dans un pays païen, musulman ou juif, une famille catholique dont la fille eut été enlevée par le prince de la nation, et que ce prince déclarât vouloir épouser la jeune fille et se convertir lui et tous ses sujets à la relir gion de la bien - aimée ^ tous les catholiques, non - seulement accepteraient d'emblée cette proposition , mais encore jubileraient de joie

eu criaDt au miracle. Us auraient peut-être raison.

Mais les fils de Jacob s'écrièrent : « Notre sœur est-elle une courtisane*? » Loin d'accepter l'offre, ils massacrèrent le prince , ses amis avec lui et Dinah avec eux. Je le répète, l'action est cruelle, mais elle prouve que les Hébreux n'ont jamais été des faiseurs de prosélytes. Ils n'admettaient pas qu'on changeât de dieu pour une jeune fiilie manquant à son devoir. Et quant à Dinah, son sort était mérité.

Joseph était également monogame.

. Dans tout le paganisme, il ne se trouve pas une histoire pareille à celle de Joseph. Si Hippolyte recule devant l'amour de Phèdre, c'est qu'elle est la femme de Thésée, son père. Il n'était d'ailleurs pas esclave.

En France, on a l'habitude de rire au récit de cette histoire, qui est tout simplement admirable. Pour un Hébreu , la femme mariée était chose sacrée. Légende ou non, l'Écriture la ra-

i. Genèse, chap. xxxiv, v. 31. ÏIK T\WT nailDH

conte pour sanctifier le mariage et pour puuir l'adultère de la peine de mort. Seulement il fallait deux témoins^ et, d'après le Talmud , deux avertissements préalables.

Même l'histoire des filles de Lot n'est pas immorale. Ces braves filles, loin de songer à une action libidineuse, se sont littéralement sacrifiées pour le bien de l'humanité. Qu'on n'oublie pas que le pays,. à deux cents lieues d'alentour, était détruit et réduit à un vaste désert, où il n'y avait plus ni bête ni. homme; qu'on se transporte en imagination vers ce temps primitif où il n'y avait ni science géographique, ni relations sociales entre un pays et un autre. Après la destruction de Sodome et de Gomorrhe, et de tout le district autour de la mer Morte , ces filles pouvaient sérieusement craindre qu'avec elles et leur père ne finît l'humanité. La preuve que la Bible ne leur impute pas cette action à crime, c'est que les résultats n'en sont nullement calamiteux ou seulement malfaisants. La Bible n'a point connu l'art pour l'art. Moïse surtout, ou quel que soit l'auteur du Pentateuque, ne s'est pas amusé à nous conter des romans. Chacune de ses histoires

d'amour est pour ainsi dire une préface à la législation de lunité de Dieu, du genre humain et de l'égalité de la femme devant la loi de Jéhovah.

La monogamie de la Bible n'a jamais été considérée comme un sacrement religieux ; car, en ce cas, il n'eût pas été permis aux veufs et aux veuves de se remarier. La Bible l'établit, dès les premières pages de son livre, comme un élément de fécondité et de pureté de mœurs : a Fructifiez et multipliez-vous, » dit le Seigneur au couple humain ; « vous me serez un peuple d'élus et de purs, » dit-il plus tard. Tout cela n'est pas possible avec la polygamie ^ La monogamie, du reste, est conforme à la loi de la nature , car il naît autant de garçons que de filles. La Bible est bien explicite pour tout ce qui touche à la pureté des mœurs matrimoniales : elle laisse mourir Onan pour son crime, qui, depuis lors, porte son nom. Quand une femme perd son mari et

\ . Pour le Talmud le célibat est un crime. Quiconque, dit-il, n* observe pas le commandement de « fructifiez et multipliez-vous, » c^est comme s'il commettait le crime d'assassinat.

qu'elle n'a pas d'enfant , le frère de ce mari est forcé de l'épouser*; mais si, avant l'accomplissement de ce second mariage, elle en reconnaît un autre, elle peut être condamnée à mort, comme cela ressort de l'histoire de Jéhudah et de ïhamar'. Le mariage est, pour ainsi dire, obligatoire dans la loi de Moïse, car ni fille ni fils d'Israël ne pouvaient se prostituer'. Moïse défend* à la femme de s'habiller en homme et à l'homme de porter des vêtements de femme. Quand un homme avait séduit une jeune fille', il était forcé de l'épouser sans pouvoir jamais la répudier. En cas de refus du père, il était condamné à lui payer un douaire de vierge'. Un mari accusant faussement sa femme d'inconduite avant le mariage élait condamné à payer cent pièces au père et il ne pouvait plus la répudier. Si l'accusation est trouvée vraie par le jugement des

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