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Les livres et les voitures (1547-1896)

Les livres consacrés au Driving sont en très petit nombre et nui encore n'a songé à en établir la liste (i). Nous le faisons ici, ce qui nous' semble chose juste, car les livres sont bien un peu les obligés des voitures. Nés souvent de la fantaisie d'un voyageur, au bruit des sonnailles des chaises de poste, ils sont plus goûtés que jamais en Toisiveté d'une route, qui permet si bien de se perdre en quelque histoire, et, au moment d'un départ, ils sont toujours recherchés par ceux qui veulent mettre en chemin leur esprit comme leur corps. C'est cette dette des livres vis-à-vis des véhicules que nous allons tilcher d'acquitter en ce travail, décrivant et analysant, parfois, les très rares volumes relatifs au Driving en France, que nous avons pu recueillir.

L'histoire des livres publiés dans notre pays et nous parlant des voitures ne remonte qu'au milieu du xvi** siècle. Les ouvrages imprimés à la fin du siècle précédent ne nous en disent rien, et nous ne saurions placer, en tête de cet historique, des textes antérieurs à l'invention de l'imprimerie et produits longtemps après, tels que l'ordonnance de Philippe le Bel, prescrivant que « nulle bourgeoise n'aura char », et la chronique de Charles VI, par Juvénal des Ursins, qui nous montre la reine Isabeau entrant à Paris « à grandes pompes

(i) En 1893, nous avons publié, dans la Revue normande et percheronne illuslréCy un article sur la Lilière de la Motie-Fouquet et sur les Attelages d'autrefois. Le bon accueil qui a été fait à notre étude nous a encouragé à entreprendre des recherches bibliographiques relatives aux véhicules, comme le duc de Beaufort l'a fait pour le driving eu Angleterre. Ce sont les notes rassemblées à la suite de ces recherches que nous résumons ici.

tant de litières, cliariots branlants et haquenées que d'autres divers parements ». Et c'est dommage, car nous aurions plaisir à transcrire de gracieux vers, comme ceux des Vigiles de Charles VII :

Tous les harnois et les chevaux Est oient de fin argent ferrez.

Puis les chariots et cerceaux Des dames par en haut dorez.

Et encore, au xvi^ siècle, ne rencontrons-nous que fort peu de chose. C est d'abord, en 1547, ^^ poème de Marguerite d'AngouIême, reine de Navarre et duchesse d'Alençon, donne dans la Marguerite de la Marguerite des princesses. La reine qui, s'il faut en croire Brantôme, composait des nouvelles en sa litière,

ou la mère du chroniqueur lui tenait l'écritoire, se plaisait à dire des contes dans sa coche. Elle intitule môme la Coche une assez longue pièce, dans laquelle elle ne parle qu'incidemment, et sans le décrire, de son véhicule royal. Une averse, mettant fin à de joyeux devis par les prés, l'y fait rentrer ainsi que ses compagnes :

La pluye en creut, lors chacune descoche, Et toutes trois nous mismes en la coche.

Puis l'on revient au logis et Ton trouve un brillant soleil; scènes pittoresques de beau et de mauvais temps, curieusement reproduites dans deux fines gravures sur bois.

Mais la coche bientôt doit passer au masculin et fournir à Michel Montaigne le titre de son célèbre chapitre des Coches. Nons disons le texte, car les coches de l'immortel essayiste versent, dès le début, dans l'érudition, la morale et la politique, sans doute parce qu'il haïssait, et en la ville et aux champs, « toute autre voiture que de cheval ».

Nul ouvrage technique ne parait encore, mais nous pouvons voir, dans le Livre premier des instruments mathématiques et mécaniques de Jacques Besson, un « chariot nouveau et royal plus commode et plus ample que les vulgaires ». A l'étranger, nous rencontrerons davantage. Le charron, der wagner, et le sellier, der sattler, ont un article, en Allemagne, dans le livre consacré aux arts et métiers par Hartmann Shopper, pendant qu'en Italie, Garzoni, dans la Piazza universale di professionni, parle des carratieri o cocchieri, cochers jadis dieux et héros, aujourd'hui simplement seruitori da statla.

Au XVII* siècle, où l'histoire des véhicules débute si dramatiquement par le meurtre du roi Henri, nous ne rencontrons guère d'ouvrages techniques. A

peine, et en 1691, une sorte d'encyclopédie minuscule en trois langages, le Miroir de Vart et de la nature, des sciences et des métiers, par Franqueville, qui traite, en deux chapitres, des charriots et des voitures. Les érudits consultent bien l'ouvrage de Jean Sheffer, de Re vehiculari, publié à Francfort, en 1672. Mais ce livre, placé dans la bibliothèque des Vadius de tous pays, ne daigne point nous parler des voitures contemporaines.

Les maîtres ornemanistes nous renseigneront mieux, et, au xvii* siècle, comme à toutes les époques, l'iconographie sera, relativement aux véhicules, plus riche que la bibliographie. Jacques Gallot et Abraham Bosse, dès le commencement du siècle, montrent de merveilleux chars de fête. Jean Le Pautre, en i65i, et, vers 1675, les frères Loir donnent de très précieux dessins pour l'embellissement des carrosses et chaises roulantes. Enfin, nous trouvons, parmi les œuvres attribuées à Jean Berain, le père, les six belles planches de carrosses dorés, « dont les panneaux sont de glaces de miroir et les clous de cristal ». Le luxe des équipages s'était, en effet, accru au cours du siècle, au point de motiver de

petits édits somptuaires que le bibliographe ne saurait négliger, tels que celui du 26 octobre i656, portant règlement « sur les passemens d'or et d'argent et dorures des carrosses, chaises et calèches ».

Et ces carrosses, qui éblouissaient les regards des passants, commencèrent à paraître dans les œuvres d'imagination, romans, poèmes et nouvelles. Ils y furent bientôt raillés, pour cause de ridicule ou de prétention, par les humoristes de Paris et de la province. Scarron, en son Roman comique, fait défiler plaisamment tous les véhicules du Maine : charrette des comédiens, brancard du curé de Domfront, carrosse de la noblesse campagnarde. Elis de Bons se gausse, en son Paranymphe de la Cour, du carrosse mal attelé d'une douairière de Falaise,

Que quatre chevaux aveuglez Comme cottrez chargez de graisse, De vieux colliers rompus meublez, Traînoient en pleurant à la messe !

Et Dancourt nous montre, dans le Chevalier à la mode, en la possession d'une certaine M"* Patin, « toute de clinquant, un carrosse doré, qui roule pour la première fois, deux chevaux gris pommelés à longues queues, un cocher à barbe retroussée, et six grands laquais plus chamarrés de galons que les estafiers d'un carrousel ». Une autre comédie possède un intérêt non-seulement humoristique, mais encore documentaire. C'est Vlntrigue des carrosses à cinq sovs, de Chevalier, représentée sur le théâtre royal du Marais en 1662. Et, dans ces carrosses à cinq sovs, un damoiseau,

S'il vient s'encar rosser pour chasser son ennuy,

tombe aux mains de belles « coquettes à l'afust pour avoir sa finance », et ne peut s'en tirer

Qu'il ne soit aussi sec qu'un paquet d'allumettes.

Jean de la Chapelle entasse dans les Carrosses d'Orléans « une plaideuse, qui ne parle que de ses procès, une jeune provinciale, qui n'a jamais vu Paris, un abbé, qui veut faire de l'esprit, un Hollandais, qui à peine sait cinq ou six mots de français, et une bonne dame, qui, sans cesse, fait arrêter pour rendre des tributs à la nature ». Hauteroche nous révèle déjà, dans le Cocher supposé, les ingénieuses friponneries des automédons, qui s'entendent avec le sellier, le maréchal et le charron « pour attraper de quoi boire ».

Enfin nos grand classiques immortalisent les véhicules de leur siècle. Le Trissotin de Molière éblouit les beaux esprits avec son carrosse amarante, où tant d'or se relève en bosse, et l'un des premiers fâcheux est tout fier de montrer

au Cours une galèche bien entendue. Et il a raison de ne point l'exposer en ces ruelles étroites dans lesquelles, sous les regards malicieux de Soileau, entre une charrette renversée et un troupeau de bœufs, une file de vingt carrosses

Dans le même embarras se vient embarrasser ;

tandis qu'au loin, en quelque pays perdu, six chevaux tirent le coche de La Fontaine, en un chemin montant, sablonneux, malaisé.

M"** de Sévigné devait plus que toute autre, depuis la Marguerite des Marguerites, goûter la douceur endormante des véhicules. Rencognée dans un carrosse, « Ton peut, dit-elle, rêver et rêver de suite ». Et Ton peut s y amuser aussi de quelque turquerie, « une petite histoire des vizirs et des sultanes, et des intrigues du sérail, qui se laisse lire agréablement ». Enfin La Bruyère, en quatre lignes magistrales, résume, pour tous les siècles à venir, la morale des équipages : « Tu te trompes, Philémon, si avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te suivent et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que Ton t'en estime davantage; Ton écarte tout cet attirail qui t'es étranger pour pénétrer jusques à toi qui n'est qu'un fat ! »

Le xvni° siècle nous donne, à la fois, les pages les plus magnifiques et les plus légères de l'histoire des véhicules. Il présente le carrosse dans toute sa splendeur artistique et décorative et il laisse voir déjà, dans une crise d'anglomanie, les voitures de fantaisie si en faveur aujourd'hui. Cette crise commence par une mode de cabriolets et elle finit par une rage de wiskis, que nous regarderons passer tout à l'heure.

Les ouvrages techniques sont déjà nombreux et plusieurs d'entre eux ont un très sérieux mérite. Les principaux ont pour auteur François-Alexandre de Garsault, qui, chassé de l'administration des haras par l'animosité du grand écuyer, le prince Charles de Lorraine, s'est consacré tout entier à la rédaction d'études relatives aux chevaux et aux équipages. Il donne, en 1741, le Nouveau Parfait Maréchal — qui va, dans toutes les bibliothèques, remplacer le Parfait Maréchal, de Solleysel — et, en 1756, un Traité des Voitures, le travail le plus complet publié dans le siècle au sujet des véhicules. Ayant parlé des carrossiers et des carrosses, il ne lui restait plus qu'à parler du harnachement. Il le fit en 1774, d'une façon très détaillée, dans Y Art du bourrelier et du sellier. Pour la conduite des carrosses, dès 1740, un certain De la Pierre, cocher, avait humblement publié un Parfait Cocher, et, en 1774, Aubert de la Chesnaye des Bois publia un nouvel et pompeux Parfait Cocher, véritable manuel du Driving au dernier siècle. Il fut, selon la préface, écrit d'après les conseils de « Thabile Peretti, cocher de M. le duc de Nevers », et « de M. de la Rivière, sellier d'une grande réputation. » Mais la tradition attribue cet ouvrage au duc de Nevers lui-même qui, sans doute, le fit imprimer à ses frais et le décora d'un superbe

frontispice, dans lequel six chevaux aux crinières ondoyantes tournent magnifiquement sous une voûte de nuages, qui supporte le quadrige de Phaëton.

Il faut bien, après avoir feuilleté les traités, qui parlent du Driving au xvin' siècle, examiner les planches qui représentent les carrosses et les

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voitures de ce temps-là. Il en est de fort belles, de Tart le plus délicat. Les suites de Daniel Marot et celles de Bernard Picard, consacrées au Premier des magnifiques carrosses de monseigneur le duc dVssuna, ambassadeur d'Espagne^ montrent encore une ornementation de style Louis XIV. Mais dans les merveilleux modèles de voitures dessinés par Chopart, menuisier du roi, et par Moreau le jeune, Tart du xvin* siècle se manifeste avec tous ses raffinements.

avec sa grâce et sa manière contournée, sans tomber toutefois dans les exagérations du rococo allemand. Après Chopart et Moreau le jeune, Roubo le fils donne, en 1771, dans une collection de Descriptions des arts et métiers, faites et approuvées par Messieurs de V Académie des Sciences, VArt du menuisier, planches très fines, fournissant des modèles plus sobres d'enjolivements, aux formes déjà plus droites. Puis paraissent les planches de V Encyclopédie, moins artistiques peut-être, mais très curieuses encore, faisant voir, au-dessus d'un outillage bien dé- rejette dans This-

modé aujourd'hui, toire anecdotique

de pittoresques des véhicules. Il y

échoppes, où des a, vers le milieu du

ouvriers, presque siècle, la question

d'opéra -comique, brûlante des ca-

piquent des dos- briolets. Et les

sières et capiton- pamphlets de cou-

nent des carrosses. rir, légers et dan-

Enfin, en 1780, dans gereux comme ces

le Cabinet des Mo- fragiles voitures.

des, des planches L'origine de ces

en taille douce en- cabriolets nous est,

luminées nous mon- en 1741, donnée en

trent les étranges un conte allégori-

v^tures exhibées que et mécanique,

par les anglomanes narrant la naissan-

aux Longchamps ce de « ce petit

de ce temps-là : le chef-d'œuvre d'é-

cabriolet dit stope, quipage ». Ils sont

la voiture coupée attaqués un peu de

solo, et enfin la tous côtés mais

petite voiture dite nulle part peut-être,

wisky. avec plus de perfi-

Voilà qui nous die que dans les

raisonnettes du plaidoyer de l'abbé Coyer : les Cabriolets justifiés.

UAlmanach du Cabriolet résume toute cette polémique en acrostiches et en pots pourris et, mieux que l'abbé Coyer, il justifie le cabriolet en le faisant passer en une gracieuse vignette, coquet, pimpant,, presque une conque de féerie.

Les fiacres cependant restent abominables, « lugubres — nous apprend un factum — tout couverts de boue au dehors, tout gras et infects au dedans, mal fermés à tous les vents ». Le roman, néanmoins, les relève quelque peu ; comme en cette Histoire de Guillaume, cocher de place, puis de remise, qui « n'aurait pas bien eu la plume en main, à cause du fouet d'autrefois », si le spirituel

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comte de Caylus n'eût daigné la conduire. II lui fait tracer « quatre aventures d'amourettes », dans lesquelles le fiacre à glaces de bois — que l'on nous pardonne, nous sommes sous Louis XV — manifeste sa grande utilité de galanterie. Ce qui fait chanter à Grécourt un couplet maintes fois répété depuis :

Dans un amoureux mystère, Un fiacre est d^un grand secours ; Du voyage de Cythère, Il précipite le cours.

Pendant que le fiacre se transforme en discret asile, les cabriolets ont cédé la place aux wiskisqui mènent, comme eux, un tapage épouvantable. Jusque dans les colonnes du Journal de Paris, Ion dit, ou, plutôt, Ton crie le pour et le contre de ces voitures importées d'Angleterre, mais qui symbolisent si bien la légèreté des Français. « On prétend qu'elles sont utiles au bien et à la facilité du commerce. J'ignore quel est le genre de commerce de tous ces jeunes gens qui, en redingotes angloises, en bottes angloises, avec un chapeau anglois, dans un wiski à l'angloise, passent et repassent dans toutes les rues de Paris, comme s'ils allaient à la conquête du monde. » Question de patriotisme et, aussi, de jalousie de la part des bourgeois, qui ne savent pas angliciser. Ce sentiment de jalousie sera bientôt satisfait, car la Révolution va venir, et ces messieurs du tiers état, froissés d'un odieux privilège de l'opulence, entameront contre les carrosses une guerre que les sans-culottes de 1798 sauront conduire jusqu'à leur anéantissement.

Dès 1 789, nous trouvons, en effet, les Vœux Sun piéton, présentés à l'Assemblée nationale, tendant à la disparition de ces voitures, « que la noblesse fabrique pour insulter à l'indigence et à l'honnête médiocrité ». C'est la déclaration de guerre au luxe des équipages, et cette guerre, nous l'avons dit, doit être une guerre à mort. L'on va donc être contraint de se contenter des fiacres. Et pourtant les Motions de Babouc nous les tiïontvenX, en 1785, plus sordides et plus répugnants que jamais, t Qui croirait qu'au milieu delà plus brillante ville de l'univers, il y a des fiacres tellement délabrés, tellement ouverts de toutes parts, qu'on y est exposé à toutes les rigueurs des saisons ... On ne peut s'y asseoir qu'au sein de la malpropreté. Le cocher est lui-même un objet dégoûtant par la manière dont il est vêtu, et c'est néanmoins le personnage qui donne le bras aux femmes pour les aider à monter et à descendre. »

Mais revenons à la guerre aux équipages. Les petits maîtres, dont le piéton a dénoncé « les airs impérieux et assommables *, ont, afin d'éviter d'être assommés pour tout de bon, échangé leurs wiskis pour des chaises de poste et pris le chemin de Coblentz. Jusqu'à la suppression de la monarchie, les carrosses paraissent encore dans Paris, mais ils y sont de plus en plus rares. Les citoyennes aimables y montrent toutefois des chefs-d'œuvre de décoration artistique,

blasonnés de lettres fleuries et de couronnes de roses ; car les autres couronnes sont, comme toute marque héraldique, voilées sur les panneaux par de légers nuages, destinés à épargner aux regards des patriotes la vue d'armoiries blessantes pour régalité.

Ce ne sont que des nuées, mais bientôt viendra lorage, et la Convention ne trouvera pas assez de foudres pour les carrosses des ci-devant seigneurs. Cela fait encore l'affaire des fiacres, dont les cochers sont tous d'affreux jacobins : « Le II août 1792 — dit Hyde de Neuville — je trouve un fiacre à la barrière, qui consent à me conduire. Le cocher m'invite d'abord, d'un ton à n'être pas refusé,

à boire avec lui et deux bons b de ses amis. Et ces trois misérables me

racontent leurs prouesses de la veille ; mon cocher me dit et répète qu'il a eu le bonheur de tuer deux suisses au château, et je suis forcé d'écouter ces monstres ! » Et les cochers descendus des grands sièges armoriés ne pensaient hélas ! souvent pas mieux. Le comte de Tilly ne put tirer qu'à grand peine 9 M. de Veimeranges d'une dispute fort inégale qu'il avait devant le bon peuple avec un citoyendignitaire auparavant cocher de M"* de Polignac, qui ne le marchandait point et qui visait à la tète (i) ». Quand aux carrosses considérés comme suspects, le conseil de la commune décréta, le 27 septembre 1793, que les voitures et chevaux qui se trouveraient porteurs des emblèmes de la féodalité seraient confisqués et leurs propriétaires arrêtés. Ainsi, après un semblable décret, pour une pièce de harnais oubliée dans une sellerie, pour une berline vermoulue pourrissant sous quelque housse, l'on pouvait être incarcéré sur la dénonciation du dernier palefrenier ! Et le fait, sans doute, eut lieu. Mais il restait à la Convention à s'en prendre, avec plus de violence encore, aux carrosses royaux contaminés par le contact du dernier souverain. Cela fut fait dans un rapport présenté à la Convention nationale au nom de l'administration des domaines, curieux monument du fanatisme révolutionnaire : « 11 est temps de balayer ces reste impurs de la tyrannie; il ne faut pas qu'il en reste le moindre vestige. Vous connaissez, citoyens, les précautions que l'on prend contre les chevaux morveux. On s'empresse de les assommer et de livrer aux flammes leurs harnais et leurs râteliers, et de purifier par le feu les écuries qu'ils ont habitées. Je viens vous proposer de purifier également les Petites Écuries du ci-devant tyran. 1

Les carrosses du roi furent donc, sinon brûlés, au moins dépecés et détruits. Quant à ceux des aristocrates, ils devaient^ si nous pouvons en croire la marquise de Créquy (2), reparaître en un cortège macabre. Réquisitionnés et tirés des remises des vieux hôtels, ils furent bondés de cadavres de chiens errants.

(i) Voyez Mémoires et Souvenirs du baron Hyde de Neuville (t. I, p. 17) et Mémoires du comte Alexandre de Tilly (t. II, p. 35 1).

(2) Les mémoires apocryphes de la marquise de Créquy ont été rédigés, on le sait, par M. de Courchamps, mais il n*en ont pas moins été formés de notes et de traditions recueillies peu de temps après la Révolution, et nous avons cru pouvoir en extraire ce curieux passage.

massacrés par ordre de la commune. « C'étaient cinq à six grands carrosses de Bellevue, de Mesdames, tantes du roi, qui figuraient en chefs de file à ce beau cortège, avec des têtes de caniches, des croupes et des queues de mâtins qui passaient par chaque portière. » Et ainsi ces beaux carrosses, que les princesses de la cour et du théâtre avaient jadis rempli du charme de leurs sourires, disparurent pour jamais sur la fange des faubourgs, s'éloignant vers la voirie! Au dix-neuvième siècle, les ouvrages techniques, qui décoraient autrefois de belles planches, dessinées et gravées par les premiers artistes, deviennent assez rares et descendent au rang de manuels professionnels, illustrés par des procédés économiques. Le Manuel du charron ci du carrossier, de la collection Roret, est le meilleur de ces traités. Les autres sont des livres de métier d'une valeur

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