‹ Les livres sacrés du CambodgeChapitre 113 sur 275 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Bnddha y parait en chacune des conditions particulières (pli furent successivement les siennes. Ce relevé a donné les chidres suivants ; ascète, 83 fois ; monaniue, 58 fois ; génie d’un arbre, 43 fois ; professeur religieux, 26 fois ; ciiurtisan, 24 fois ; brahmane chapelain, 24 fois ; prince, 24 fois ; gentilhomme, 23 fois; savant homme, 22tois; Indra, 20 fois ; singe, 18 fois; marchand, 13 fois ; homme riche, 12 fois ; cerf, 10 fois ; lion, 10 fois ; cygne, 8 fois ; bécasse, 6 fois ; éléphant, 6 fois ; oiseau de basse-cour, 5 fois ; esclave, 5 fois ; aigle doré, 5 fois: cheval, 4 fois; taureau, 4 fois ; Mahâ-Brahm:i, 4 fois ; paon, 4 fois; serpent, 4 fois ; jiotier, 3 fois ; hors-caste, 3 fois ; iguane, 3 fois ; poisson, éléphant, chasseur, rat, chacal, corbeau, pic, voleur, pourceau, chien, guérisseur des morsures de serpents, joueur, maçon, forgeron, danseur, écolier, ciseleur, charpentier, oiseau d’eau, gi'enouille, lièvre, co(|, milan, oiseau des jungles et kindura chacun une fois.

Ony trouve un certain nombre desujets (pi’Bsope a mis en fables, (pie La Fontaine lui aempruntiis et rpi’on retrouve dans vingt recueils, tant hindous cpie persans, arabes et hébreux.

Ces sujets viennent-ils des livres liouddhistes ou bien ces livres sont-ils la source ofi les adaptateurs anciens ont puisé ’? C’est ce ipi’iL'st malaisé de savoir, mais cotte inceititude soulève un double problème : si les récits cpii, aujcuird’luii, paraissent appartenir à un fonds commun deriiumanité, sont antérieurs au Buddha, ils ont été recueillis par les Imddhistes longtemps après le Buddha. et mis à son compte. Autrement, il eût été impossible de les lui attribuer et de faire croire (pie ces vieilh's fables connues de tout le monde étaient des révélations. Alors leur rédaction est beaucou[) moins ancienne ({ue ne l’indicpient les livres sacrés.

Si, au contraire, il en est l’auteur, ou si ses disciples immédiats en sont les auteurs, c’est au buddhisme que les

autres nations les doivent et c’est dans les livres sacrés du huddliisme qu’ils les ont puisés. Alors il y a longtemps, car Ésope écrivait au YII® siècle avant notre ère, c’est-àdire dans le temps même où le Buddlia prêchait. Ou bien, il a eu connaissance des jâtakasdu maître hindou, alors que celui-ci les contait, et, dans ce cas, les récits que nous avons sont, ou la collection des récits qui couraient le monde buddhiste et (ju’on a délinitivement rédigés quelques mois après la mort du Buddha, an premier concile, — ou bien il faut reporter bien avant le MB siècle avant Jésus-Christ l’existence du Buddha que l’Kglise du Sud fait naître en 623 et mourir en 543.

Il y a encore une hypothèse. Les fables attribuées à Esope ne sont peut-être pas toutes de lui, et les jâtahasdu Buddha (|ue nous retrouvons dans les recueils de fables qui lui sont attribués sont de celles cpii auraient été jointes aux siennes.

Il y a là une question ii creuser, intéressante, puiscju’clle touche à la fois l’époijiie où le Buddha vivait, l’époque à laquelle il faut faire remonter la rédaction des livres sacrés, et la source première de toutes ces fables, de tous ces apologues, de tous ces petits récits très simples et d’un goût si élevé que nous retrouvons partout et que nous considérons comme constituant le fonds commun de l’humanité et des maximes universelles de la sagesse des nations.

Tous ces jâtakas sont aujourd’hui bien connus des indianistes en Europe, surtout depuis la traduction anglaise (pie M. Fausboll en a donnée, mais bien peu ont été traduits en français, en outre du Vcs.santara-jataha que j’ai donné, en 1898, dans la Revne Xonnande et Percheronne et, en 1902, en tirage à part, chez Leroux. Je me propose de donner ici les plus importants d’après la leçon cambodgienne.

Adhémard Leclère.

INTUOm CTION AU SATISA M TÉVATAT

Ce petit satra de Tévatatme fut donné par le Louk Préas Sokon, le chef des religieux de la secte des Thommayut, (jui était le mé-véatli du monastère de Préas Bautûm, à Phnôm-Pénh, en 1887. J’avais fait la connaissance de ce religieux dès mon arrivée au Cambodge, en juillet 1S8G, et sa conver.sation m’avait assez impressionné pour que j’aie le désir de le revoir. Je lui avais dit les tentatives bouddhicjues qui étaient alors en voie de se faire en l’iurope; je lui avais parlé du colonel Olcott, de madame Blavatzki, qui se di.sait Mahatma, de riiindou Mohini qui s’en allait prêchant de .salon en salon, et do madame la duchesse de Pomar, qui croyait avoir été Marie-Stuart au cours d’une de ses existences antérieures. Je lui avais conté la visite faite, à Colombo, au religieux Sura-Mangala dont les prétendues lettres sur la philosophie étonnaient beaucoup les personnes auxquelles, en Europe, on voulait bien les communiquer, à M. N..., un naturaliste anglais (|ui dirigeait alors le journal bouddhiste et ésotérique le Lotus. Je lui racontai que j’avais fait la connaissance du plus grand prédicateur des bouddhistes, dans un monastère de Colombo, visité tous les temples et passé quelques instants à la bibliothèque de Sura-Mangala ' .

1. Sura-Mangala lui-même m’y montra le reliquaire d’or ou doré qui contenait la t'ameu.se dent de singe qu’on dit être la dent du Buddlia, et un livre que le prince de Galles, aujourd'hui Édouard A'il, avait offert à la bibliothèque à son passage, l’année précédente.

— Je ne l’ai jamais va, me dit le Louk Préas Sokon, mais je le connais parce (pie des religieux cambodgiens, que j'ai envoyés à Colombo étudier sous sa direction, m’ont parlé de lui. C’est un grand savant et un grand saint.

Je dis au Louk Pnhis Sokon cpie .Sura-Mangala m'avait, en elïet, présenté deux religieux camliodgiens envoyés par lui, qu’il m’avait chargé de lui souhaiter longue vie. et de lui remettre sa carte sur hupielle il avait écrit quehpies mots en caractères singbalais.

— Je sais lire ces caractères, me dit le Louk Pnxis Sokon, et nul autre (pie moi, au Cambodge, ne .sait les lire.

Jeretournai le voir (pielques jours après et jelui demandai de visiter le temple. Il m'y conduisit lui-méme, appuyé sur l’épaule d’un jeune religieux, car il était vieux, prati(pu\it les exercices de la méditation ascéti(pie et (piehjuefois ceux de l’extase méditative.

C’est au retour de cette visite au temple (pi’il fit venir un religieux connaissant (piehiues mots de fraïupiis et qu’il me remit le petit satra dont je vais donner la traduction. (( C’est l’histoire d'un cousin du Buddha. nommé 'l’évatat. Il était son disciple; il était jaloux dans son cccur, méchant et ambitieux; il désira être aussi puissant que le Buddha, aussi aimé, et jilusieurs fois il chercha à le tuer. Il se rep(mtit, mais à l’heure de sa mort. Maintenant il est dans l’enfer Avici pour des millions d’années. Je vous donm' ce petit satra afin (pi’en le lisant, vous appreniez la langue cambodgienne ; il est écrit simplement. Quand vous l’aurez lu, vous le remettrez à mon vieil ami, l’achar Pén (pii demeure à Kampot, (|ui est allé au Siam avec moi, ipii était religieux avec moi dans le même monastère de Bangkok, et (pli est un .savant, un homme droit (|ue j’aime Ix'aucoiip. »

C’est la traduction de ce satra, faite en 1889, que je

INTODUCTION

donne ici. Elle fut faite avec l’aide d’un jeune interprète (pli était très bon, très sûr et qui aimait à travailler avec moi.

De même (pie pour la vie du Bnddha, et pour les raisons (pie j’ai données ci-dessus, j’ai cru devoir diviser la vie de Devadatta en paragraphes et faire un grand nombre d’alinéas. Je crois cpie ces artifices typograpliiijues rendront la lecture de ce petit livre, déjà très attrayante, plus facile.

Cette histoire de Tévatat contient huit jâtakas où il figure pour y jouer toujours le plus vilain n'ile, mais tous les jâtakas connus dont il est l’objet ne sont pas relatés ici- Le Bnddha, ou plutôt les fidèles plus ou moins médiats du Bnddha, — car il est probable que le Buddha n’a pas fait tous les récits qu’on lui prête et raconté tous ces contes sur ses existences antérieures, — l’ont poursuivi de leur haine et de leurs écrits. Je le retrouve encore par exemple : 1° dans un Avadana-(cataka intitulé Dharmapala (le futur Buddha) où, sous le nom de reine Durmati, il boit le sang de son fils; 2" dans le jâtaka (pie j’ai publié sous le titre La Tortue, Je Cerf et l’Oiseau, qu’on retrouve dans La Fontaine sous ce titre : Le Lion et le Rat; Le Chasseur et la Fourmi ; 3" dans le jâtaka publié sous le titre : Le Poulain revêtu de la peau du Tigre où il était le poulain voleur. (Voyez mes Contes laotiens et Contes rainlmdfiiens, pour les trois derniers jâtakas.)

D’autre part, notre récit, (pii cite trois tentatives contre la vie du Buddha, ne parle ni de la tentative d’empoisonnement dont il fut l’objet, ni du meurtrier (pie Tévatat aposta sur son passage, ni de l’édit ((u’il fit rendre par un ministre d’Ajatasatrou interdi.sant d’aller entendre le Buddha, ni de celui ipie le même roi émit défendant de rendre un culte au stupa élevé par son père en l’honneur du Buddha et qui contenait de ses cheveux et des rognures de ses ongles.

Ll<] SA'l'KA 1)1-: TÉVAl'A'r

!• Naissance du Uodiiisattva. — Prédiction

Quand le Pôthisath ' naquit à sa dernièz’c existence, son père, le roi Sotliôton q eonsulta les préalim-hora ' alin de savoir quel avenir était réservé à son fils, car des signes nombreux et extraordinaires ’ avaient marqué sa naissance. Les brahmanes lui dirent ;

Réjouissez-vous, car, si votre lils reste dans le monde, il sera un roi cliakrâpotr ’ ; s’il sort du monde pour se faire religieux, il sera Préas Put'^ et parviendra au Nippéanb

Or, un roi cliakrapotr est un grand roi (jui possède toujours sept sortes de choses (jue nul autre roi ne peut avoir: la première de ces choses est le eliâkrâ" [ou disque de guerre] dont il se sert j)our combattre et vaincre ses ennemis ; (juand il leur lance cette arme, elle court au tra-

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