Indra
Le Siant s’arrêta un instant, puis, s’adressant aux religieux, il reprit :
— Bhikkluis bien-aimés, le roi Niméa qui gouvernait le pays des Vitéréas était doué d'une grande intelligence et de lieaucoup de mérites et de vertus; sous son règne tout prospérait pour lui et pour les autres, et cela était un grand sujet d’étonnement pour les dieux du paradis, carils n’avaient jamais rien vu de semblable au monde des hommes.
O Bhikkhus, le roi Niméa de lui-même dépensa sa fortune en la donnant en aumône aux mendiants, aux pauvres et aux miséreux.
[Ici une question est posée] :
— La distribution des aumônes procure-t-elle plus de fruits avantageux' que l’entrée en religion?
— O seigneur ! voici ce que nous avons entendu dire de toute antiquité, jusqu’à aujourd’hui le 15 de la lune croissante, le roi Niméa, le grand kshatriya, ayant enlevé les vêtements et les bijoux dont il était couvert, entra dans sa chambre et s’endormit sur un magnifique tapis. Il y resta traiKiuille, en paix, depuis la deuxième veille jusqu’à la fin de
1. Phûl anisâng, du p. phàlcu fruit, et unisariiso, avantage, profit.
NIMÉA-RÉAÇH CHÉADAK
la troisième', puis il se réveilla, demeura assis les jambes convenablement croisées au milieu de son lit orné de brillants, et se disait : « Aujourd’hui, je dois observer plus particulièment les préceptes saints et convoquer la multitude' à la fête religieuse, caraujourd’hui jedois distribuer des aumônes innombrables. Mais qui sait si par cela même je mériterai autant de fruits avantageux que si je me faisais religieux? l’aumône procure-t-elle autant de fruits avantageux ? » Ayant ainsi pensé, le grand kshatriya suzerain demeura très inquiet, incapable de résoudre cette question.
Or, cette inquiétude, qui acheminait le Bodhisattva vers la condition de Buddha, et qui mettait à tout jamais en .son cœur l’intelligence d’un omniscient b ébranla le monde jusqu’au trône d’Indra, le maître suzerain. Indra sentit en lui-même une grande chaleur' et se dit: « (>Iu’y a-t-il? Quelle est la puissance (pii se révèle? Quels sont les mérites, les perfections ([u’on accpiiert en bas? Quelqu’un s’est-il donc coupé la tête ou s’est -il arraché les yeux pour les donner en aumône? ou bien s’est-il trouvé (pielqu’un (pii se soit ouvert la poitrine pour en arracher le foie, ou ({ui se soit coupé la chair pour avoir son sang à donner en aumône? Y a-t-il quelqu’un ((ui ait donné ses enfants et sa femme très aimés en aumône aux mendiants, aux pauvres, aux miséreux, pour que mon trône et moi -même soyons devenus chauds ’ ?
Le Sâihdacli Eyntréâthiréaedi, ayant ainsi pensé, avec ses mille yeux divins" regarda sur la terre. 11 vit le Bodhisattva