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INTRODUCTION

La coutume lobi : origine, caractères, application. — Les sources : observation directe, documents administratifs, ouvrages. — Le résultat atteint.

Les notes qui suivent ont été recueillies au cours de quatre années de séjour dans notre possession africaine de la Haute-Volta.

Chargé de l’administration d’un territoire habité en bonne partie par des noirs de race lobi, nous avons pu, par la pratique journalière des coutumes, saisir l’esprit de ce qui tient lieu de droit à cette tribu, et en noter les particularités les plus intéressantes.

La coutume est née des nécessités sociales, compte tenu du caractère de la race et des circonstances particulières d'ordre matériel qui, sans doute, ont déterminé dans une large mesure les traits de ce caractère. Elle est un

ensemble de traditions au caractère rituel et juridique

à la fois, qui constituent un embryon de réglementation. Dans l’ensemble son rôle est bienfaisant, car il vise au maintien de la paix et au respect des droits de chacun, sans quoi la vie en commun ne serait pas possible. Fixer méthodiquement les solutions qu’elle apporte aux difficultés qui peuvent surgir dans la vie en société, étudier en somme chaque cas particulier nous sembla d’abord le moyen le meilleur, en sa simplicité, de la comprendre et d’en déterminer les tendances générales. Notre intention première était donc d’édifier une sorte de codification capable d’agréer à l'esprit européen; d’élaborer un ensemble de renseignements clairs, complets et d’une exactitude constante, ;

I à fallu y renoncer.

La coutume est orale, diverse de formes selon je lieu . et les hommes. L'autorité des anciens est toute morale. Aucun chef n’est de force à maintenir ses ressortissants dans le respect des traditions. La crainte des dieux est le seul frein de l’individualisme. Encore est-il avec ces dieux des accommodements aisés, généralement basés, après la faute, sur le sacrifice d’une volaille, plus rarement d’une chèvre ou d’un mouton, moyennant quoi la divinité ne sévit point. La crainte des dieux est donc un facteur, mais non une garantie d’ordre. L’élément « gendarme », représenté depuis trente ans par l’autorité française, devra, comme ailleurs, intervenir pour que l’ordre devienne à peu près permanent.

Il apparaît ainsi que la coutume n’a pas un caractère constant, non seulement dans ses règles, mais surtout dans son application, qui est partout limitée aux règlements à l’amiable.

Si les parties n’ont pu ou n’ont pas voulu se mettre d'accord, le Lobi se fait justice lui-même, au besoin par la violence. C’est là un côté remarquable de sa mentalité farouchement individualiste.

Il va sans dire qu’avec la présence d’une autorité européenne, la solution pacifique prévaudra dans la grande majorité des cas.

D'après Nipen D, notable du village de Gaoua, les traditions coutumières sont très anciennes. On ignore qui les a instituées. Elles se transmettent de père en fils, non sans des déformations de détail qui ne peuvent en modifier l’esprit, puisqu'elles sont nées des besoins de ceux qui y recourent, et que ces besoins n’ont jamais sensiblement varié.

I n’y a pas de connaisseurs attitrés des coutumes. Chaque chef de famille — à l’occasion chaque individu

— l'interprète à sa guise ; d'où, dans la pratique, de nombreuses disputes. On aime à se faire conseiller par les anciens, dont certains ont acquis une certaine réputation de sagesse, mais seulement en raison de leur grande expérience.

La coutume est étroitement liée aux rites religieux ! qui, pas plus que la coutume, ne nécessitent la présence de spécialistes. Chaque foyer a sa série de fétiches pour tous les usages, et le chef de la famille en est le prêtre, par cela seul qu'il est chef de famille. Il pourra donc, en raison du caractère rituel de la coutume, être pris à l’occasion comme conseiller juridique *, mais il n’est pas un juriste.

Il n’y a donc pas de juges de métier, mais des médiateurs bénévoles, imbus de superstitions, parfois partiaux, et surtout trop nombreux pour que l'interprétation de la coutume serve de base à une jurisprudence, même rudimentaire.

Dans ces conditions, on conçoit quelles difficultés rencontrerait un essai de codification de la coutume lobi. Dans un ouvrage récent3, M. H. Solus a d’ailleurs montré les inconvénients et les avantages que présenterait la codification des coutumes indigènes ; et, signalant qu'aucun travail de ce genre n’a encore été effectué en A.O.F., il a attribué cette carence, fort justement à notre sens, à « la très grande diversité des races, des religions et partant des coutumes des indigènes » À,

D'où proviennent les notes réunies dans cette étude ?

1. « La loi fut d’abord une partie de la religion ». (Fustel de Coulanges. La cité antique, page 218).

2, « À Rome, les pontifes furent longtemps les seuls jurisconsultes ». (Ibidem, page 219).

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