Monographie du Cercle de Goua, page
2. Sens littéral en mandingue : cavaliers. En fait, guerriers vivant du pillage.
des groupements dioula dont les chefs descendent des conquérants. Leur domination ne fut jamais assise. Ils ne visaïent d’ailleurs pas à organiser le pays, mais à le razzier et à en tirer des esclaves.
Lors de notre apparition dans le pays, ils ne nous causèrent aucune difficulté, désireux qu’ils étaient d’être défendus contre les Sofa, dont les incursions au voisinage commençaient à les inquiéter.
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Ceux-ci apparaissent au Lobi en 1895, sous la direction de Sarantiéni Mory, fils de Samory. Ils ne constituent qu’une partie des troupes dont dispose l’Almamy qui, inquiet des progrès réalisés par les Français au Soudan, songe à se tailler un royaume dans la haute Côte d’Ivoire. Leurs bandes, ayant occupé Lokhosso, brûlent Loropéni et brisent, à Soronkina, un timide essai de résistance des Dioula, Les Lobi, de leur côté, ne tentent rien de sérieux contre les Sofa; mais Sarantiéni est circonspect, sachant les Européens au nord, au nord-ouest et au sud-est.
Français et Anglais, en effet, multiplient déjà les efforts pour agrandir l’arrière-pays de leurs possessions. C’est ainsi que des postes anglais sont fondés jusque dans le sud du cercle actuel de Gaoua, alors que nous occupons Wa et Tumu qui font aujourd’hui partie de la Côte de l’Or.
Pour faire échec aux Britanniques et hâter les résultats, le colonel Audeoud forme, sous les ordres du commandant Caudrelier, une colonne dite de la Volta, chargée de parcourir et de pacifier des territoires peu connus qui sont groupés sous la dénomination de « région Niger-Volta ». Le 26 juillet 1897, le capitaine Cazemajou entre à Diébougou où il est bien accueilli par les Dian et les Dioula de Loto, qui, alarmés par le voisinage des Sofa, recherchent l'alliance des Européens.
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Samory, averti par émissaire du commandant Caudrelier de la marche de la colonne, répond qu’il aspire à la paix et va lui laisser le terrain libre.
Le 8 août, le capitaine Bouland occupe Lokhosso. La compagnie Braulot poursuit sur Bouna, et est détruite traîtreusement par une bande de Sofa que commandait Sarantiéni Mory, lequel avait déclaré se retirer pacifiquement vers le sud. Il semble qu’il y ait eu en l’occurrence une trahison ourdie par Diali Amara, conseiller de Samory, et menée à bien malgré Sarantiéni. Quoi qu’il en soit, les débris de la compagnie Braulot sont secourus et ramenés à Lokhosso par un détachement de ce poste. Le colonel de Trentinian, Lieutenant-Gouverneur du Soudan, devant cet événement, ordonne au commandant Caudrelier de ne pas dépasser Lokhosso. Un traité de protectorat est alors signé par cet officier et le Dioula Barkatou Ouattara, chef de Lokhosso, qui s'est donné comme roi du Lobi (11 septembre 1807).
La rivalité anglo-française continue cependant. Avant nous, les Anglais occupent Bouna. De nombreux postes sont fondés par les deux puissances qui cherchent à fortifier leur influence sur les points qu’elles occupent; les garnisons, désireuses de se concilier les indigènes, rivalisent de largesses et de bons procédés. La Convention de délimitation du 14 juin 1808 vient enfin attribuer aux Français la rive ouest de la Volta, aux Anglais la rive est. Ceux-ci alors évacuent Bouna, et la région est nartagée en trois circonscriptions : Bouna, Lokhosso et Diébougou.
Le 29 décembre 1808 est créé le cercle du Lobi. Il ne comporte plus que deux subdivisions : Lokhosso et Diébougou, et-est rattaché à la région de Boudoukou.
Le pays, à cette époque, est loin d’être soumis. Les garnisons Sortent rarement, et les indigènes reprennent
leur turbulence, un moment jugulée par la multiplicité des petits postes créés lors de la rivalité francoanglaise, et supprimés aussitôt après l’accord du 14 juin 1898. Les coupeurs de route opèrent sur la route Lokhosso-Diébougou, qu’on ne peut parcourir sans escorte. Bref, le Lobi a recouvré toute son insécurité pour les étrangers et en particulier pour les Dioula. Des efforts sont bien tentés par la garnison de Lokhosso pour châtier les réfractaires, mais ils sont trop rares et trop peu suivis pour amener une amélioration durable. Pour obtenir le paiement de l’impôt, il faut aller l’exiger sur place.
Il n’est réalisé, jusqu’en 1907, aucun progrès réel. La manière forte et la méthode de l’apprivoisement sont employées tour à tour, sans succès. On a toutefois réuni de précieux renseignements sur les clans, qui serviront plus tard à l’organisation du pays en cantons.
Le chef-lieu du cercle a été transporté à Gaoua en 1902. | - De 1907 à 1911, on est parvenu à améliorer la sécurité du pays, mais les Lobi se contentent de payer l'impôt, qu’ils considèrent comme un tribut dû à plus puissants qu'eux, et demeurent hostiles à tout effort de pénétration.
Le capitaine Gâteau, qui commande le cercle en 1913, fait faire à la pacification son premier progrès sérieux. I! poursuit activement la répression des meurtres, dont il recherche et condamne, dans les formes judiciaires, les véritables auteurs, abandonnant ainsi le système de répression collective trop employé antérieurement.
Mais le contact avec l’indigène reste insuffisant, et c'est pourquoi les progrès observés dans la pacification, bien que sensibles, sont encore loin de permettre un commencement d'organisation et de mise en valeur.
A quoi tenait cette lenteur dans la mise en main du Lobi? La Monographie du Cercle de Gaoua l’attribue à deux causes : 1° au caractère contradictoire des instructions reçues par les commandants de cercle, qui ren-
daient ces officiers circonspects; 2° à l'insuffisance des déplorables auxiliaires indigènes — interprètes, agents de renseignements ou cavaliers — qu’ils étaient forcés d'employer faute de meilleurs éléments.
Le capitaine Labouret, appelé en 1914 au comman-
dement du Cercle, se débarrasse de ce fâcheux personnel. Cette exécution marque notre volonté de vivre désor-
mais en contact avec l’indigène. Les progrès eussent été rapides, si la guerre européenne n’avait ôté à l’autorité locale la meilleure part de son personnel, et si la révolte des Bobo de Dédougou (1916), à la répression de laquelle la compagnie de Gaoua participe, n’avaient amené au Lobi des mouvements de régression heureusement partiels.
C'est à partir de 1921 qu'est achevée la mise en main du Cercle, grâce à une politique de contact très proche, à une répression serrée et aussi immédiate que possible des crimes et des délits, grâce surtout aux commandements indigènes qui viennent d’être réorganisés. Délivrés du souci d’assurer la sécurité, en contact avec l’indigène par les chefs de canton, les administrateurs du Lobi vont pouvoir songer à la mise en valeur.
Il reste actuellement quelques îlots de population dont l’administration S’avère ardue, quelques villages isolés où s’est rassemblée la lie du pays : assassins et malfaiteurs, fuyant les recherches de la police. Habités de Lobi ou de Birifor, ces groupements représentent une part minime de la population.
On conçoit qu’ils ne tiennent pas à entrer en contact avec l’autorité. Il faudra donc beaucoup de patience et de doigté pour achever leur mise en main, à laquelle le temps concourt en réduisant peu à peu leur population, qui ne se renouvelle plus.
D'une façon générale, on peut dire qu’aujourd’hui la paix est entrée dans les mœurs.
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