Tantolombi a évidemment entendu parler de la mer
« plus nombreux qu’autrefois. Ils sont issus d’un seul « homme et d’une seule femme, qui ont vécu il y a très « Jongtemps Î. »
Le culte de la Terre, auquel nous avons déjà fait allusion au sujet de la constitution du village, et dont nous aurons à reparler lorsque nous en arriverons à l’étude du régime foncier, est celui qu’on rencontre le plus communément chez les noirs, et qui est le plus généralement pratiqué par les Lobi.
D'après M. Labouret, les peuples riverains de la Volta — dont font partie les Lobi — admettent que « le sol est sous l’influence de puissances surnaturelles dominant la terre ; que, moyennant des redevances sous forme de sacrifices par l’intermédiaire des chefs de terre, le groupe acquiert le droit d’occuper la terre, ses membres celui d’en travailler certaines parties et d’en recueillir les fruits ; que les membres du groupe, figurant seuls au contrat religieux, ont seuls le droit d’occuper la terre
1. Nous n'avons personnellement recueilli aucun renseignement intéressant sur la légende de l’origine des hommes, mais M. Labouret à publié en 1916 une tradition dian très intéressante dont nous reproduisons ici l’esssentiel, car elle est, dit M. Labouret, fort analogue à la version lobi : « Le premier homme se mommait Olkon et sa femme Hélignanou. On ignore d’où ils venaient..…, ils étaient d’une taille gigantesque..., lorsqu'ils avaient faim, ils coupaient un morceau du ciel, qui descendait très bas à ce moment, et le faisaient cuire sur un feu dans une poterie fermée. Dieu avait révélé à Olkon qu'aucun regard humain me devait atteindre le ciel pendant qu'il cuisait, Un jour. Hélignamou voulut ouvrir la poterie. Une fumée épaisse l’enveloppa aussitôt, un coup de tonnerre retentit, et le ciel remonta brusquement au firmament : il était désormais inaccessible pour les hommes. Ceux-ci, privés de leur nourriture habituelle, se mirent à manger l'herbe et les feuilles des arbres... » (La légende des premiers hommes, page 356.)
choisie, et que les étrangers ne peuvent s’y installer sans l’autorisation des puissances et du groupe » 1.
On a déjà expliqué comment se crée un village ?, comment le chef du groupe immigrant consulte la Terre et lui fait un sacrifice pour obtenir l'autorisation de s'installer dans la région ; nous avons dit que chaque village a son prêtre de la Terre. Il apparaît donc que la ‘ croyance à la Terre-divinité est aussi répandue chez les Lobi que celle du Dieu-Ciel qui pour certains est son époux et la féconde par la pluie. « Suivant les temps et les lieux, ces deux pouvoirs et leurs descendants sont personnifiés par des divinités dont les mieux étudiées sont Baal et Balath, Athis et Cybèle, Osiris et Isis, Adonis et Astarté (Maspéro : Histoire ancienne). L’examen des différentes croyances montre la supériorité constante du pouvoir femelle sur le pouvoir mâle. Il en est de même dans la région qui nous occupe »3. Ainsi la Terre nourricière, la Terre féconde est constamment sollicitée et honorée; elle donnera, non seulement d’abondantes récoltes, mais encore assurera la prospérité des familles et des troupeaux, en en écartant les épidémies et les accidents. La Terre, d’autre part, a horreur des meurtres, des rixes, du sang, de l’adultère, des vols accomplis sur le territoire du village; divinité de la fécondité, elle ne peut admettre ce qui est contraire à celle-ci. Le contrevenant, cause du courroux de la Terre, lui doit un sacrifice, ou celle-ci sévira contre l’ensemble du village, par exemple en empêchant la pluie de tomber.
Il faut noter que le sol dépendant de chaque village dépend d’un culte séparé. Si la croyance à la Terre est
1. La terre dans ses rapports avec les croyances religieuses chez les populations du cercle de Gaoua, page 309.
2, Voir supra, page 22.
3. H. Labouret : La chasse et la péche dans leurs rapporis avec les croyances religieuses parmi les populations du Lobi, pages 264 et 265.
générale, les puissances qui l’habitent varient selon les localités. C’est pourquoi il serait fâcheux de mélanger des parcelles de sol provenant de deux régions différentes. En vertu de quoi les chefs de village qui ont reçu au poste administratif un nombre de petits cailloux correspondant au montant de l'impôt que leur groupement aura à payer, ne manquent jamais de rapporter ces cailloux à leur lieu d’origine, en même temps qu'ils apportent l’impôt à la caisse publique.
La Terre est généralement prise à témoin à l’occasion des ordalies, qui sont coutumières dans tout le Lobi, parfois même entre parents. « Lorsque deux adversaires se sont déféré le serment, eux et leurs familles ne peuvent plus se fréquenter. La Terre serait irritée s’ils se réunissaient après l’avoir invoquée » 1. La procédure est généralement la suivante : les parties, assises face à face, boivent dans la même calebasse une mixture où le chef de la Terre a mélangé de l’eau et de la terre de la région, prise le plus souvent à l’autel de la divinité ; elles prononcent en même temps le serment. La conséquence pour le parjure sera la mort, précédée de diverses calamités.
On conçoit que le chef de la Terre, seul capable d’entrer en rapports avec la déesse, soit consulté à l’occasion de toute circonstance désastreuse laissant supposer qu’un forfait a été accompli sur le territoire du village. Il préside aux ordalies. Il tranche enfin tout différend relatif à l’attribution des terrains, car le culte de la Terre est étroitement lié au régime foncier, comme nous le verrons dans la troisième partie de cet ouvrage.
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