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H. Labouret. Les tribus du rameau lobi

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Tangba Vou, créateur du monde mais indifférent

aux actes des humains, et la Terre-nourricière paraissent les seules divinités communes, les seules qui soient reconnues par la généralité, Du moins nous n’en avons pas identifié d’autres. Certains dieux, comme les génies forgerons des montagnes 1, peuvent être communs à plusieurs groupes. Ceux-là sont rares, et n’ont pas d'importance relativement à la coutume, pour l’observance de laquelle ils n’interviennent pas. À ce point de vue, les dieux de clan et les multiples génies familiaux retiendront plus particulièrement notre attention, étant les seuls qui s’abaissent à contrôler les actes des hommes, et à poursuivre de leur courroux ceux qui ont manqué aux règles traditionnelles. |

Le dieu de clan est étroitement lié à l’histoire légendaire de la constitution du clan. Il est malaisé de définir sa nature et son véritable rôle mystique, qu’on veuille, ou non, considérer le clan Iobi comme un clan totémique?. Ses attributions sont remarquables : il est le gardien des règles d’exogamie et de solidarité dans le clan. On constate sans doute que les mariages entre membres du même clan ne sont pas rares, mais ils nécessitent toute une procédure rituelle dans laquelle une chèvre vivante est sacrifiée et partagée en deux, symbolisant la « séparation du clan ». La règle de l’exogamie tombe peu à peu en désuétude, mais cela ne signifie pas qu’elle n’existe plus. Manquer à la solidarité est d’autre

1. Dans ja croyance générale, ces génies auraient appris aux hommes à travailler le fer. Comme la mythologie grecque où romaine, la légende dobi place le fer et le feu, symbolisés par des dieux, dans les montagnes. On peut conclure à l'extrême ancienneté de cette croyance, qui a dû naître en d’autres régions, de constitution géologique plus récente que les terrains archéens du Lobi, et être ramenée par les migrations dans le pays actuellement occupé.

2, Voir infra le clan et la famille, page 67.

part un crime que punira le dieu du clan, qui est opposé aux luttes entre parents de clan, luttes fratricides, puisque les membres du clan ont la même origine ; s’il arrive que ces luttes se produisent, elles ont un caractère sacrilège. Leurs auteurs ont à craindre le courroux du dieu, dont ils ne pourront se libérer que par un sacrifice déterminé 1. Le dieu du clan a parfois d’autres attributions, comme celle de veiller à la tranquilité des marchés. Par celles-là seules : proscription de l’endogamie, interdiction des luttes intestines, on peut considérer qu’il constitue un facteur d’ordre et de santé sociale.

Les génies familiaux, aux rôles divers et très tranchés, multiples sans doute, ne sont pas aussi nombreux que la variété des noms par lesquels on les désigne pourrait le faire croire. Certains d’entre eux, particulièrement importants, se retrouvent dans presque tous les foyers, sous des appellations différentes. Bien rares ceux dont l'influence ne concourt pas à la discipline sociale. Les énumérer serait fastidieux. Pour que leur utilité juridique apparaisse, il suffira d’en citer un certain nombre des plus importants, en faisant ressortir leur caractère et leur rôle au point de vue de l’observance de la coutume.

Ouatil?, représenté en bois au-dessus de la porte de la maison, veille à la vertu des épouses. Si l’une d’elles commet le péché d’adultère, il la rendra malade avec son complice, les fera mourir tous deux s’ils n’avouent leur faute. S'ils consentent à la reconnaître, ils feront amende honorable au dieu, en lui offrant un sacrifice important : une chèvre et sept poulets par exemple, moyennant quoi celui-ci pardonnera et leur rendra la santé. Ouatil, qui est le plus craint des dieux familiaux, est constitué

1. Voir infra l'influence du dieu de clan sur l'exercice de la vengeance, page 79.

2. Ouatil signifie : « dieu de la souche ». Les dieux familiaux que nous citons sont particulièrement connus dans le clan Palé.

gardien des cultures ; c’est par la maladie qu’il châtiera le voleur de grains, et celui-ci n’aura d’autre ressource, pour éviter la mort, que de lui faire l’offrande rituelle.

Kopara, fétiche familial de la région de Nako, est représenté par un faisceau de bambous que l’on place devant la porte de la maison, Le mari outragé sacrifie un mouton pour que Kopara l’aide à retrouver le ravisseur de sa femme. Celui-ci d’ailleurs peut obtenir lui aussi la protection du dieu, en portant, attaché à son cou, un morceau de bambou emprunté à son effigie. Kopara aide à découvrir les voleurs. I1 guérit enfin les malades s’ils sont porteurs d’un brin des tiges de bambou sacrées.

Lompo, fétiche de glaise fixé à un bois d’arc qu’on place dans les champs de mil, les garantit des déprédations. Ceux qui se rendent coupables de larcins sont par ses soins rendus malades, et ne guérissent qu'après restitution et sacrifice rituel.

Barca a des attributions analogues, mais perfectionnées. C’est en gratifiant les voleurs d’hypertrophie des testicules qu’il les punit, et du même coup permet de Îles identifier. On le représente par un morceau de bois crochu qu’on place sous la véranda.

Il est, sur la terrasse de la maison, un autel où Tangba Vou, dieu du ciel, est représenté sous la forme de morceaux d’écorce empruntés à un arbre foudroyé. Nous mentionnons ici les Superstitions attachées à son culte, car il s’agit d’un autel familial, dont le prêtre est le chef de maison. Lorsqu'on craint un orage préjudiciable aux récoltes, il convient de jeter au vent des cendres prises à l’autel de Tangba, en faisant avec un balai le simulacre de repousser les nuées. On accroche des morceaux de bois empruntés à l'effigie du dieu aux arbres sur les fruits desquels le chef de maison a acquis, en cultivant autour ou en commençant la cueillette, un monopole d'exploitation; s’il arrive qu’un passant en mange quelques fruits, le dieu ne sévit point; si le voleur a agi dans

un but de lucre, le dieu le foudroie. Il garantit aussi des esprits donneurs de maladies qui habitent les colonnes d’air ascendantes provoquées par l’excessive chaleur; pour s’en défendre, il suffit de se frotter le corps avec un peu de terre prise à l’autel de la divinité. Tangba, enfin, arrête à la sortie de la maïson les doubles anthropophages qui y auraient pénétré. Il les interroge, et les tue s’il leur trouve les mains rouges; sinon, il se borne à leur donner des gifles. Il s’agit là, nous l’avons dit, de doubles de sorciers qui recherchent d’autres doubles en pâture; donc, de cannibalisme fictif.

Gahouïa, lui aussi, protège les habitants de la maison contre les doubles cannibales; les corps vivants dont ceux-ci sont détachés, si l’on parvient à les identifier, n'auront pas droit aux deuxièmes funérailles 1.

Hontel protège les chasseurs, abrite sous sa bienfaisante influence les hommes voyageant au loin. Il garantit les enfants des entreprises des génies qui voudraient s’en repaître. Du fait que plusieurs dieux sont censés agir contre le cannibalisme, on peut déduire que celui-ci a été connu dans le passé, et qu’il a laissé dans les croyances un souvenir exécrable.

Kpouïntine, si l’on est accusé de vol, jouera le rôle de juge. I suffira à l’innocent incriminé à tort de faire le vœu que, s’il a volé, Kpouïntine le possède : le calomniateur alors mourra. Il y a là quelque chose qui rappelle le jugement de Dieu et les ordalies médiévales.

La plupart de ces fétiches ne sont pas réservés à une seule maison : l’adulte qui se sépare des siens pour fonder un nouveau foyer pourra y ériger des autels à la plupart des dieux qu'’honorent les siens. Mais certains de ces dieux ne sont pas divisibles; leur culte passe de père en fils.

1. Sanction aussi terrible, pour un Lobi, que la privation de sépulture pour les Grecs de l'antiquité.

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