W. Scott. Histoire d'Ecosse, 1re série, page
2. Sans doute ne faudrait-il pas baser une étude sérieuse du clan sur des comparaisons entre les coutumes des Ecossais. blancs et chrétiens, et celles de Noirs fétichistes. Mais il était peut-être permis de faire ressortir des analogies curieuses, particulièrement en ce qui concerne le nom porté par les membres du clan. Nous avons d'ailleurs cité W. Scott, historien digne de crédit, et non W. Scott, romancier.
—— PO res
Durckeim : « groupes d'individus qui se considèrent comme parents les uns des autres, mais qui reconnaissent exclusivement cette parenté à ce signe qu’ils sont porteurs d’un même totem. Le totem lui-même est un être animé ou inanimé, plus généralement un animal ou un végétal, dont le groupe est censé descendre et qui lui sert à la fois d’emblème et de nom collectif »1. Les analogies résident dans la nature mystique de la parenté de clan et dans le caractère tabou de l’être ou de l’objet fétiche. Mais les membres du clan lobi ne sont pas censés descendre du totem, et celui-ci ne sert pas de nom collectif aux membres du clan, qui portent celui de l’ancêtre. Nous ignorons d’où ce dernier le tint lui-même.
On nous objectera que Durckeim n’a pas spécialement étudié les clans africains; qu’il n’y a pas lieu, et qu’il est même osé, de le citer à propos des clans lobi. A cela, on peut répondre que rien ne s'oppose à ce que, parmi les règles générales que ses travaux lui ont permis de dégager, certaines se trouvent vérifiées dans le pays qui nous occupe. É
Pour certains, le clan soudanais est quelque chose de très simple et de très particulier à lAfrique, sans analogie avec ce qu’on a cru trouver ailleurs, en Australie par exemple. Pour Delafosse, par exemple, « certains ethnographes appellent clans les groupes sociaux qui sont fondés sur l’ascendance, sans pour cela constituer des familles... Clan ne signifie quelque chose qu’en Ecosse, totem qu’en Amérique, tabou qu’en Australie, ce qui montre bien la confusion de la théorie... Ce qu’on appelle clan en AÀ.O.F. n’a rien de religieux. C’est une catégorie de noblesse. En Europe, les nobles ont imaginé le blason, qu’ils portaient sur leur écu. En A.O.F., le blason est parlé. Le noble possède un nom qu'il lui suffit de prononcer pour évoquer sa noblesse »?. Cette
1. Mémvire sur la prohibition de l'inceste, page 23. 8. Cours à l'Ecole coloniale en 1920-1921.
CSL, Ne PATES
“opinion du célèbre ethnographe débute par une boutade, “et continue par une théorie du clan qui ne trouve quelque fondement qu’en pays mandingue, L’observance des tabous le prouve mieux informé : « Chacun de ces clans a ses interdictions. Leur violation n’entraîne aucune sanction humaine, mais la divinité se venge immèédiatement. Le seul moyen de l’apaiser sera l'offre d’un sacrifice à l’ancêtre » 1.
Nous nous rangerions sans hésiter aux théories de Durckeim, si les membres du clan lobi descendaient, ou croyaient descendre, du totem. Ce n’est pas le cas; il devient ainsi fort difficile de trouver une nature mysti- -que à leur parenté de clan.
Une opinion intermédiaire, émise par MM. Moret et Davy, va nous éclairer, et permettre peut-être de classer le clan lobi, sinon dans la catégorie des clans totémiques, -du moins dans une catégorie approchante, d’un totémisme, si l’on peut dire, « mitigé » : « ce qui fait le clan, c’est l’identité de nom. Ce nom, dira-t-on, est tantôt celui du totem, et tantôt celui de l’ancêtre. Cela est vrai, mais ne limite nullement la nature totémique essentielle du clan. Le nom de l’ancêtre est encore un nom totémique, mais auquel une mythologie plus évoluée donne figure de nom d’ancêtre dans la mesure où c’est à un ancêtre déjà plus ou moins individualisé qu'elle attribue le mérite d’avoir procuré le totem au clan considéré... L’ancêtre est celui à qui l’on doit en commun le bienfait du totem » 2.
MM. Moret et Davy se sont demandé quel rapport if y a entre le tolémisme et la notion mélanésienne3 de mana qui serait « l'essence même, la puissance et la sou-