Les Noirs de l'Afrique, page
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respectives du père et de l’oncle sont loin d’y être aussi
nettement tranchées. Comme toute institution sociale, le matriarcat lobi est en voie d’évolution. Le passage au patriarcat se prépare dès à présent. Le rôle de l’oncle maternel est loin de réduire à néant celui du père.
En tant qu’époux, celui-ci n’est évidemment pas le propriétaire de sa femme, puisque la dot qu’il a versée en l’épousant a le caractère d’une compensation pour la perte d’une travailleuse faite par la famille de la femme; il a pourtant droit à son respect, à sa fidélité, à son obéissance. N'est-ce pas une situation juridique ? En tant que père, si ses biens sont dévolus en ligne utérine à ses frères ou à ses neveux, n’a-t-il pas le droit d’élever ses enfants comme il l'entend, malgré les avis sur leur éducation, rares en fait, que l’oncle maternel est fondé à donner ? Nous considérons et montrerons que la puissance paternelle existe au Lobi, en dehors des droits de l’oncle.
De son côté, l’oncle maternel paraît bien déchu de son importance première. S’il a en principe le droit de donner des avis, il en use peu. C’est surtout en matière de biens, et particulièrement de successions, que son rôle apparaît. Il n’a ni l'autorité, ni l’envergure d’un patriarche. Le groupe patriarcal — ou plutôt matriarcal — si l’on peut encore le dégager facilement, est désagrégé, décentralisé : certains de ses membres échappent au contrôle de l’oncle, qui ne peut exercer une autorité effective.
Bref, le matriarcat lobi évolue. On peut avancer qu’il aura disparu en cent ou deux cents ans; les contacts de plus en plus fréquents avec Îes Européens et des peuples voisins ayant adopté le patriarcat hâteront la transformation. Une étude juridique de la famille restreinte peut donc, à notre point de vue, se justifier déjà. Nous nous bornerons à y appeler : père, celui qui est père au point de vue européen, et non l’oncle maternel. Il suffit de retenir que ce dernier personnage joue
dans la société lobi un rôle fort important — car il découle de la conception même de la parenté — mais non prépondérant. Nous y reviendrons, d’ailleurs, de façon détaillée.