G. Chéron. Les Bobo-fing, page
l'héritage se transmet aux collatéraux, et il ÿ a des probabilités pour que, parmi plusieurs frères et sauf le cas de mort prématurée de l’un d’eux, chacun assume à son tour le commandement de la famille et l’administration de son patrimoine.
L'enfant acquiert sans formalité sa première identité, car il ne saurait être ici question d’état civil. Il reçoit automatiquement le nom de clan de sa mère. Son prénom lui est donné par sa mère ou par son père, plus souvent par ce dernier. Il rappellera quelque circonstance de sa naissance 1 ou simplement son numéro d’ordre, parmi les frères ou parmi lés sœurs. C’est ainsi que le premier garçon est appelé Sié, et la première fille Veli. Ces mots ne sont pas des numéros, mais ils donnent celui de l’enfant, puisqu'on ne peut les appliquer qu’au premier descendant mâle ou au premier descendant femelle. De même leurs frères et sœurs reçoivent, suivant leur rang, des noms déterminés®?. Lorsqu'on a des raisons de penser que le corps de l’un des enfants contient la personnalité d’un membre défunt de la famille, on peut faire passer sur sa têté le prénom de ce défunt.
. Vers sa huitième année, l'enfant acquiert un surnom ow plutôt un sobriquet qu’il se décerne lui-même ou dont le gratifient sa famille ou ses petits camarades; aussi a-t-il, suivant le cas, un sens plus ou moins flatteur pour celui qu’il désigne 3. Nous verrons que l’enfant reçoit un nouvéau prénom à l’époque de l'initiation.
L'enfance, jusque là, se passe sans autre événement marquant que l’excision pour les filles. Le marmot, long
1: Exemples : Doudar : maître de Ia porté; Oué : route; Nâ *: bœuf: :: |
8... Lies prénoms appliqués aux cinq premiers enfants sont dans l'ordre : :
Pour Îles garçons : Sié, Sansan, Ollé, Ghègbè, Toré.
Pour les filles : Yeli, Oho, Bimbine, Sérè, Ini,
3. Exemples : Bielfil : un qui trompe; Dakoètou : a gâté en répondant.
temps allaité par sa mère, ne la quitte guère pendant ses quatre premières années; on le trouve constamment dans les bras ou sur les reins de la malheureuse, pour qui l’existence est un continuel effort physique. Plus tard, il se joint aux enfants du village, prend part à leurs jeux et à leurs expéditions aux alentours de l’agglomération, à la recherche des lézards, des rats et des petits d'oiseaux. Entre sa septième et sa douzième année, il remplit d'ordinaire l'emploi de berger, et s’en tire fort mal, car aucun noir n’a pour ce métier les aptitudes du Peul, pasteur né. 11 abandonne volontiers les animaux qu’on lui confie pour jouer de la fronde et s’entraîner au tir à l’arc, et charme le reste des loisirs qu’il sait se créer avec un sifflet de bois à deux ou trois trous qu’il utilise avec un certain art. C’est un polisson fort dégourdi, nourri de liberté.
La fillette est excisée entre huit et dix ans, par une vieille femme experte que l’on paie quatre-vingts cauris. On ignore l’origine de cette coutume qui se serait toujours pratiquée. La généralité assure qu’elle facilite l’accouchement. L'opération est faite chez la patiente, chez la spécialiste ou au marché, sans cérémonial particulier. Elle paraît avoir un caractère simplement chirurgical, sans immixtion religieuse.
La circoncision n’est pas pratiquée.
La fillette ne jouit pas en pratique de la même liberté que le petit garçon. Elle échappe peu à l'influence de sa mèré, et, toute petite, commence à participer sous sa direction aux travaux du ménage, dans la mesure de ses forces.
Encore enfants, la fille et surtout le garçon commencent à travailler et à amasser pour leur propre compte, durant les loisirs que leur laissent les travaux familiaux. Leur petite fortune ne se compose généralement que de volailles, de vêtements et de parures.
Rappelons que bon nombre d'enfants, à peine âgés
de deux lustres, sont déjà nantis d’un « mari » ou d’une « femme ».
A mesure qu'ils prennent de l’âge, augmente leur rendement social. Le jeune garçon est progressivement instruit dans les travaux agricoles; il accompagne son père au marché, puis à la chasse et à la pêche; il participe aux constructions. Les filles en même temps se perfectionnent dans les besognes de femme.
La vie sentimentale et sexuelle commence de bonne heure, tant en raison de la promiscuité que du peu de prix attaché à la virginité des filles.
Les rites d'initiation, qu’on rencontre chez tous les Noirs du Soudan et qui sont d’ailleurs assez mal connus, n’ont pas ici de conséquences juridiques. On ne peut toutefois éviter d’en parler, puisque l’enfant acquiert en cette occasion une nouvelle identité, conséquence d’un changement fictif de sa personnalité.
Les cérémonies d'initiation ont un caractère exclusivement religieux. Elles ont lieu tous les sept ans, pendant la saison sèche, sur les bords de la Volta Noire. Les deux sexes y prennent part en même temps. Personne ne peut se soustraire à l'initiation. Les néophytes ont entre huit et quinze ans, et beaucoup plus lorsque les circonstances ne leur ont pas encore permis de se soumettre à la règle 1.
M. Labouret, seul Européen qui ait assisté aux manifestations de ce culte mystérieux, a bien voulu nous