Voir supra, sur les Négrilles, page
2, Delafosse. Les Noirs de l'Afrique, page 143.
animaf, mis en présence d’éléments inconnus, manifeste de fa défiance : il a conscience d’un danger menaçant sa vie. Il en est de même pour les hommes... Primos in orbe deos fecit timor. Ces dieux, créés par la peur, furent doués des appétits, des passions des hommes, quelquefois représentés sous leurs traits. On plaça leur denieure dans des endroits impressionnants, sur des collines escarpées et sauvages, dans l’épais fourré qui borde les cours d’eau, dans la frondaison des vieux arbres, fils de la Terre. » 1 La terre nourricière est naturellement la plus forte de toutes ces divinités. On voit qu’il est inutile de faire intervenir les négrilles pour trouver l’origine du cufte rendu à la terre. Il y a tout lieu de supposer que les premiers représentants du rameau Îobi survenus dans la région, alors presque entièrement inoccupée, n’en ont trouvé aucun, et qu'il n’y en a peut-être jamais eu.
Quoi qu’il en soit, la Terre est une divinité. Les arbres, les rochers, les animaux de la brousse, qu’on considère: parfois comme ses « enfants », sont propriété de la Terre. L'homme ne pourrait, sans sacriiège, vendre ou céder la terre. Faute donc de jus abutendi, il ne peut y avoir de droit fiumain de propriété sur les biens fonciers.
D'esufruit il n’y a pas davantage, car l’usufruit est basé sur la propriété; c’est « le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété... » (article 578 du Code civil).
En ces conditions, de quelle nature est le droit exercé par fes collectivités sur le soi? M. Labouret a démontré qu'if était « analogue à un simple monopole d’exploitation, précaire et gratuit »?, qui peut être morcelé pour l’usage entre les membres de la collectivité, et constitue uñe concession divine.
Les
Ÿ. La Terre dans ses rapports avec les croyances religieuses: chez les ponulations du cercle de Gaoua, page 310. 8. Ibidem, page 307. ;
rt)
Les caractères du monopole d'exploitation sont donc la précarité et la gratuité.
En raison de sa base surnaturelle, le monopole est administré par le vieillard chef de la Terre, prêtre de la divinité, qui se trouve être, au point de vue foncier, le personnage le plus important, et même le seul important. Il apparaît pour le règlement de toutes les questions relatives à la détention et à l’exploitation du sol, qui sont g'atuites. Lorsqu'un nouveau groupe ou quelque étranger voudront s'installer dans la limite des terrains que la collectivité considère comme réservés à son exploitation, ils auront à solliciter l’agrément des notables et celui de la divinité. S'ils sont bien accueillis par les premiers, ils seront admis à offrir un sacrifice à la Terre, par l'intermédiaire de son prêtre habituel. Leurs offrandes n’ont pas le caractère d’un paiement ou d’un prix de location, pas plus que les dons en nature offerts chaque année par les cultivateurs membres de la collectivité. Nous n'avons pas trouvé qu’une partie du monopole d’exploitation fut jamais cédée à titre onéreux, comme le dit Delafosse dans les Noirs de l'Afrique 1.
Le second caractère du monopole est la précarité. Si le terrain actuellement recherché par la collectivité a été antérieurement abandonné par d’autres gens, chassés par l'invasion, la famine ou ia colère des dieux, « les anciens habitants ne songent pas à revendiquer un droit quelconque sur la terre, à l’égard des nouveaux venus s’il s’en présente. C’est la situation dans laquelle se trouvent actuellement les Gan de la région de Loropéni vis-à-vis des Lobi qui sont venus s'installer sur le territoire délaissé par les Gan » ?.