Batié, subdivision sud-est, créée en septembre
1927, 23.000 habitants, dont 2 à 3.000 Lobi.
Pour faciliter l’administration des subdivisions, l’autorité européenne a créé un échelon intermédiaire, le canton, qui groupe un certain nombre de villages ayant entre eux des affinités soit ethnographiques, soit géographiques. Le chef de canton, toutes les fois que cela a été possible, a été pris dans la race dominante. Il est choisi parmi les notables et les chefs de maison, sous le contrôle de l’administration qui a naturellement intérêt à voir le choix se porter sur un individu énergique, dévoué, honnête, appartenant surtout à une famille renommée. Îl est rare de trouver les quatre conditions réunies.
Le pouvoir du chef de canton n’a rien que d’administratif. S'il garde parfois des attributions rituelles, c'est en qualité de chef de terre ou de chef de famille.
Sa fonction d'autre part n’est pas héréditaire. Elle est. celle d’un simple intermédiaire, de la subdivision au village, chargé de porter, puis de faire exécuter les ordres de l'autorité, et d'assurer un minimum d'ordre.
L'organisation en cantons ne s’est pas faite en un jour. Elle a été entourée de bien des froissements, a occasionné bien des mécomptes, Elle est encore loin de la perfection, mais a rendu de tels services que l’on peut admettre que sans elle nous ne serions pas parvenus à pénétrer réellement le pays ni à y édifier quoi que ce soit de durable. |
A l'échelon inférieur se trouve le village, qui s’est formé spontanément, mais n’a aucun caractère municipal.
Le village est un groupement de fermes fortifiées, placées, si l’on peut dire en parlant d’un groupement, en ordre dispersé.
Ces fermes, en effet, sont assez éloignées les unes des autres. Le constructeur a généralement cherché à situer son logement au milieu des champs cultivés par sa famille, et la disposition des vallées, où les terres fertiles se trouvent au voisinage des cours d’eau, a ainsi donné au village une forme allongée. Dans les régions peuplées, dans les vallées étroites, il arrive qu’une cinquantaine de mètres à peine sépare chaque ferme de sa voisine. Lorsque la place ne manque point, c’est par centaines de mètres qu’il faut compter. En cette dispersion il faut voir une manifestation de l’individualisme lobi, en même temps qu’un souci de commodité pour lPélevage du petit bétail et de la volaille, et les travaux ménagers,
Quel est le lien qui réunit ces foyers dispersés ? Quel est leur lieu de rassemblement? L'étude de la formation du village le fera ressortir.
Un jour — il peut y avoir de cinquante à cent cinquante ans — un chef de famille est arrivé à l’emplacement actuel du village. Il venait de l’est, fuyant devant l'invasion ou la disette. Le site lui plaît. Les terres sont vierges et paraissent fertiles. L’eau ne manque point. Mais il importe, avant toute installation, de se concilier les puissances qui habitent la terre, la brousse, la colline ou le cours d’eau. Il leur fait des sacrifices. S'ils sont bien accueillis, il commence aussitôt à construire sa maison, aidé de ses femmes et de ses enfants; il y place ses fétiches familiaux. Premier habitant du village, il en devient le chef de terre. Quand plus tard d’autres familles viendront construire aux environs, elles auront auparavant sollicité l’agrément du chef de Îa Terre, seul apte à conférer avec les divinités du sol et à dire si le nouveau venu peut espérer leur protection. Sa fonction étant héréditaire, chaque village se trouve toujours pourvu d’un chef de terre. Le lien qui réunit les maisons d’un même village est donc le culte de la Terre, qui a lieu bi-annuellement, par l'intermédiaire du chef de la Terre. Et le lieu de rassemblement sera la maison de celui-ci.
Lors de ses premiers essais d'organisation du pays, l’autorité française a commis souvent l'erreur de confondre le rôle rituel du chef de la Terre avec celui d’un véritable administrateur du village. Pressée par le désir de mettre sur pied un commencement de hiérarchie, ignorante d’ailleurs de la possibilité de découvrir de vrais caractères de chefs dans la masse indigène encore peu pénétrée, elle s’est trop hâtée d'adopter comme auxiliaires les vieillards indifférents que sont en grande majorité les chefs de la Terre. Ainsi nous nous trouvons encore nantis d’une quantité de chefs de village qui, ne sachant ou ne voulant pas sortir de leur rôle ancestral, ne nous sont d'aucun secours.
Dans la pratique, on en arrive à avoir par village un chef de la Terre, héréditaire, et un chef de village, élu,
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sous le contrôle de l’autorité, par les chefs de maison. Il arrive qu’un même personnage, s’il en est capable, remplisse les deux rôles. En général, le chef de village, chargé des rapports avec l’administration, est le frère, le neveu ou le fils du chef de la Terre.
Au Lobi, presque toujours, les villages ont entre quarante et quatre cents habitants, répartis à raison d’une dizaine par maison.
Le village n’a pas un caractère stable. Il peut se désagréger et disparaître aussi vite qu’il s’est formé. L’individualisme du Lobi, qui l’a amené sur les terres qu’il occupe, le poussera à se déplacer sans prendre l’avis de personne, pour peu que ses champs lui paraissent moins féconds, ou parce qu’il ne s'entend pas avec ses voisins.
Si les mouvements de population sont devenus moins . fréquents, cela tient sans doute à notre action : le pays est devenu calme, les disettes sont prévues et combattues grâce aux réserves que nous prescrivons de constituer lorsque la récolte est bonne. Le Lobi se fixe peu à peu au sol, de son gré. Le temps des véritables exodes est passé.
La construction d'une maison n’est décidée qu'après sacrifice propitiatoire et consultation du « diseur de choses cachées » qui fera connaître si l’emplacement choisi est favorable.
L’habitation est du type château-fort 1. Elle est généralement construite en terrain découvert, à proximité d’un point d’eau — le Lobi ne fore pas de puits — et parfois située sur une petite éminence qui la garantit des
infiltrations. Elle n’a pas d'étage. :