‹ Les Lobi et Leur CoutumeChapitre 8 sur 76 · Delafosse. Haut Sénégal et Niger, page · texte numérisé non relu

Delafosse. Haut Sénégal et Niger, page

Les murailles sont construites en une boue glaiseuse, préalablement triturée et mêlée de paille; leur aspect extérieur rappelle le pisé. Six bandes de glaise, dont chacune a un demi-mètre de haut, sont superposées selon une verticale relative. Chacune des bandes, plus large à sa base, chevauche la bande inférieure. Une terrasse en terre battue, qu’on appelle argamasse, forme toit. Elle repose, à la hauteur de la cinquième bande, sur une armature horizontale de poutres et de fascines qui trouve appui sur des troncs d’arbres verticalement enfoncés dans le sol. Les murailles, en effet, n’auraient pas une solidité suffisante pour supporter le lourd ensemble que constitue la toiture, Les deux dernières bandes de glaise dépassent la terrasse, et forment créneaux.

Lorsque la maison est terminée, le chef de famille offre un sacrifice aux puissances du sol, les suppliant d’accorder leur protection aux hôtes de l'habitation, qui se trouve ainsi consacrée.

D'aspect et de disposition irrégulière, la maison couvre un espace de quarante à cent cinquante mètres carrés, et peut abriter, en moyenne, de 5 à 30 personnes. Elle n’est pourvue généralement que d’une porte basse, que l’on peut fortement barricader.

Dans la maison, le niveau du sol est-inférieur à celui du terre-plein environnant. On l’a creusé, en effet, tant pour augmenter la hauteur des locaux que pour se procurer sans dérangement la terre nécessaire à la construction de la terrasse. I1 faut donc descendre une marche pour pénétrer dans la première pièce qui est réservée aux bestiaux : bœufs, chèvres et moutons. Une basse-cour nombreuse, composée de poules et de pintades, niche dans tous les recoins disponibles. T1 y a parfois des pigeons.

Les hôtes humains se tiennent généralement dans la cuisine, pièce assez vaste, comportant plusieurs foyers et le moulin à mil, qui se compose essentiellement d’une

pierre large et légèrement creuse, où les femmes réduisent le grain en farine à l’aide de galets sphériques. Chaque femme a son foyer personnel.

Les chambres sont des pièces minuscules, obscures et à peine aérées. Le lit se compose uniquement d’une natte, parfois placée sur une plate-forme de terre battue, et abritée par un petit mur montant à hauteur d'homme. Chaque épouse a son logement particulier, où couchent avec elle ses enfants en bas âge. Les adultes des deux sexes sont logés séparément.

Dans toute la maïson, il n’y a rien qui ressemble à des fenêtres. Les murs sont parfois percés de petits trous, pouvant servir de meurtrières. L’aération est surtout assurée par les trous qui permettent d'accéder à la terrasse, sur laquelle on vit plus volontiers à la belle saison. De l'extérieur, on y parvient par un tronc d’arbre qu’on a appuyé obliquement contre le mur après y avoir taillé des marches. Les habitants, par les belles nuits de saison sèche, vivent et dorment sur la terrasse où chacun, comme dans l’intérieur du logis, a son alcôve, délimitée par un petit mur. Leurs chiens, gardiens vigilants, y couchent avec eux. :

Sur l’argamasse, pointent de place en place les chapeaux de paille coniques qui défendent les orifices des greniers à grains. Ceux-ci, dont la contenance peut atteindre trois mètres cubes, ont la forme d’énormes bonbonnes d’argile dont la base repose, à la hauteur du sol intérieur, sur des rondins qui l’isolent de la terre, et dont le col apparaît à quelques centimètres au-dessus de la terrasse qu’il a traversée, La hauteur de ces greniers est de deux mètres environ, leur diamètre de un mètre cinquante. L'ouverture est suffisamment large pour qu'un homme y puisse pénétrer. Ils sont construits en une glaise spéciale absolument imperméable, divisés verticalement en casiers, et servent à la conservation des grains, des arachides et de divers condiments.

Des fétiches de glaise ou de bois, représentant diver-

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ses divinités, apparaissent çà et là, et plus particulièrement sur la terrasse, dans la cuisine, dans les logements particuliers et au-dessus de la porte d’entrée. Un autel familial est toujours construit au dehors, à quelque distance de la porte.

Le mobilier est des plus rudimentaires.

La literie ne comporte qu’une natte, faite de roseaux fins dont les gros bouts sont accolés, ce qui lui donne la forme d’un éventail. Le dormeur ou le couple s’y roule comme dans un cornet. Des paniers allongés, qu’on peut porter à l’aide d’une courroie, servent de berceaux aux très petits enfants.

Point de tables. Les sièges sont de petits bancs, de taille et de forme variable, où l’on se trouve assis fort bas. Il en est d’ornementés, légers et peu encombrants, que le Lobi porte partout avec lui, comme l’Européen fait d’une canne.

Des calebasses et des poteries, de toute grandeur, ser-

vent pour la cuisine et la conservation des liquides. Des paniers à peu près carrés, à fond plat, parfois munis de couvercles, sont utilisés pour le transport des denrées alimentaires solides.

Telle que nous nous sommes efforcé de la décrire, l'habitation est bien un château-fort, ou mieux une ferme fortifiée, où l’individualisme lobi se trouve fortement abrité.

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