‹ Les Localisations Pulmonaires de la Maladie de BouillaudChapitre 14 sur 21 · ON · texte numérisé non relu

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Ces hépatisations pulmonaires, véritables pneumohies rhumatismales, sont fréquentes. Il est important de les diagnostiquer précocement : elles sont guérissables par un traitement bien conduit, et, en outre, elles peuvent être le premier stade d’un envahissement généralisé des poumons par le processus congestif rhumatismal.

La statistique suivante, publiée par GARRoD donne une assez bonne idée de la fréquence des pneumonies rhumatismales. Nous avons laissé dans ce tableau la proportion des pleurésies également rhumatismales. On voit souvent, en effet une pleurésie associée à une hépatisation rhumatismale, la précédant ou lui succédant, comme dans l’une de nos observations.

Cas de Auteur R.AA observés Pneumornies Pleurésies PATHAM EE 4770156 18=—13 %, 3—2 % FULÉERS ES 7 210 28=11 % 13=5 % WUNDERLICH . . 108 140107 5=5 % PYE SMirH .... 400 TN 2107 18—=41/2./ GARRODI. 0-27 MIRGSE 1102207 13=2 %

Les observations suivantes ont été recueillies dans le Service de Cardiologie de Versailles :

PREMIÈRE OBSERVATION

Pneumonie lobaire rhumatismale cédant au traitement salicylé :

G.. Jeanine, 8 ans, soignée depuis 25 jours pour une violente crise de rhumatisme intéressant toutes les grosses articulations, avec 3 à 4 gr. de salicylate par la bouche. Les arthralgies se sont atténuées, mais

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Pétat général reste grave, l’enfant est adressée au Centre de Cardiologie.

Violente dyspnée, pâleur extrême, toux sans expectoration ; à la base gauche, gros bloc d’hépatisation, avec matité absolue, souffle tubaire avec à la périphérie des râles crépitants fins. Le poumon droit est normal. L'enfant est très abattue, son état alarmant, elle semble vouée à une mort prochaine, cependant la température est à 37°6. À l’auscultation du cœur, on perçoit un souffle systolique mitral. Il n’y a pas d’œdème, le foie est normal, les urines ne renferment pas d’albumine. Redoutant une atteinte simultanée du myocarde, on pratique pendant 3 jours une injection intraveineuse d’ouabaïne de 3/4 de cc. et deux injections de 2 gr. chacune de salicylate intraveineux.

Le salicylate est régulièrement poursuivi à cette dose, l’ouabaïne renouvelée trois fois par semaine.

Dès le quatrième jour, la pneumonie rétrocède ; le huitième jour, le poumon a repris sa parfaite perméabilité. Pendant quelques jours, on perçoit un léger frottement pleural à la base droite, il disparaît bientôt.

L’état général de l’enfant est excellent.

Les injections d’ouabaïne sont supprimées.

Le traitement salicylé par voie veineuse est régulièrement poursuivi à raison de deux injections de 2 gr. chacune de polysalicylates pendant 10 jours.

L'enfant quitte le service après avoir reçu six séries semblables, séparées par 2 jours de repos. Ultérieurement, le traitement salicylé par voie veineuse est poursuivi.

L'enfant reçoit pendant la première et la troisième semaine de chaque mois, pendant trois mois, une série d’injections de 2 grs chacune et prend en outre une dose complémentaire de 2 grs par voie buccale. Pendant dix mois, l’enfant reçoit une série d’in-

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traveineuses la première semaine du mois, aux mémes doses, et prend en outre la première et la troisième semaine de chaque mois 2 grs de salicylate par la bouche.

Actuellement, elle reçoit une série de 10 injections intraveineuses à 2 grs par jour tous les deux mois. En outre, régulièrement elle prend la première et la troisième semaine de chaque mois 2 grs de salicylate par jour, par voie buccale.

Sa santé est excellente.

DEUXIÈME OBSERVATION

Pneumonie rhumatismale, congestion de l’autre poumon, avec péricardite, cédant au traitement salicylé.

M. Louis, 16 ans. Angines fréquentes, rhumes, pneumonie, diphtérie dans l'enfance.

Le 15 septembre 1936, l’enfant a une crise de rhumatisme articulaire aigu. Sans faire venir de médecin, les parents soignent l’enfant avec des frictions et des tisanes. Au moment où il devait reprendre son travail les douleurs articulaires persistent, il tousse et un médecin enfin appelé l’envoie au Centre de Cardiologie.

À son arrivée, les arthralgies ne sont plus très fortes. La température est à 39°.

Les bruits du cœur sont assourdis et l’aire de matité cardiaque est nettement élargie.

La toux quinteuse et sèche attire rapidement l’attention sur les poumons. On constate à la base gauche une matité franche, et un gros souffle tubo-pleural au sommet de cette matité.

Le tableau de bloc pneumonique est complété par

quelques râles crépitants. Langue propre, pas d’expectoration à caractère spécial.

Le traitement salicylé intraveineux est institué aussitôt à fortes doses : le premier jour, 4 grs, puis bientôt 9 grs par jour en 3 injections.

La température descend à 37°5 en 3 jours.

Le quatrième jour, devant des symptômes d’intoxication salicylée, délire et apparition d’acétone dans les urines, on suspend le traitement pendant 48 heures. Aussitôt la fièvre monte à 38°5 et malgré la persistance de traces d’acétone on reprend le traitement salicylé prudemment.

Il est d’ailleurs très bien toléré et régulièrement poursuivi à raison de 6 grs en injections intraveineuses et 2 grs par voie buccale.

Le 7 octobre, le souffle pneumonique est des plus nets. Il est entouré de bouffées de râles crépitants.

A la base droite apparaissent de la submatité et des râles sous-crépitants diffus. On craint l’apparition d’un bloc pneumonique, mais les signes restent ceux d’une congestion diffuse.

La température est normale à partir du 10 octobre.

La péricardite est moins importante. L’épanchement se résorbe.

13 octobre. La submatité à gauche persiste. Le souffle tubaire a disparu. La respiration est encore rude et soufflante, avec de nombreux râles disséminés, surtout inspiratoires.

A droite : respiration rude à la base, submatité et râles sous-crépitants.

Au cœur : les bruits sont plus nets, mais le deuxième bruit est claqué et on envisage la possibilité d’une lésion mitrale qui s’installe.

La courbe électrocardiographique ne montre aucune anomalie.

15 octobre. Les poumons redeviennent perméables

et s’éclaircissent rapidement. Les signes d’auscultation varient d’un jour à l’autre, caractérisant de petits foyers congestifs erratiques et fugaces.

L'état général est excellent.

Le bilan de la maladie s'établit ainsi :

aucun signe pulmonaire ne persiste,

il n'ÿ a aucune élévation thermique,

le cœur est intact,

la courbe électrocardiographique est normale.

Le traitement salicylé intraveineux a donc été poursuivi pendant 15 jours sans interruption, si l’on excepte les deux jours d’arrêt du début.

Après un court repos on institue une nouvelle série d’injections à 6 grs intraveineux par jour et on donne 2 grs par voie buccale. Ce traitement est appliqué par séries de dix jours cinq fois de suite, avec 2 jours de repos entre chaque série.

Actuellement, le malade reçoit deux séries de dix injections par mois à 3 grs chacune par jour et prend en outre 2 grs de salicylate par voie buccale.

L'aspect du malade est florissant. Il continuera ainsi pendant 3 mois, puis les injections intraveineuses seront faites une fois par mois, puis tous les deux mois.

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