LA PNEUMONIE RHUMATISMALE
Le terme de pneumonie, employé pour décrire certaines formes de localisations pulmonaires dues au rhumatisme a été discuté par beaucoup d’auteurs. Ceux-ci, impressionnés surtout par les accidents subits de congestion œdémateuse, pensaient, comme PETER, que la pneumonie rhumatismale n’est que congestive et non exsudative ou fibrineuse, et qu’elle s’arrête à la période d’engouement.
BESNIER affirme que la vraie pneumonie hépatisée est rare chez le rhumatisant et que les broncho-pneumonies congestives sont fréquentes.
BERHNEIM critique lui aussi le terme de pneumonie. Pour lui, il ne s’agit pas d’hépatisation vraie, mais de congestions pulmonaires intenses, de celles qu’il appelle « congestions non mortelles » par opposition avec la forme plus grave de congestions généralisées. La congestion des capillaires aboutirait au collapsus des alvéoles, accroîtrait la densité pulmonaire, supprimerait le murmure vésiculaire et ferait apparaître des bruits de souffle. La mobilité des lésions, l’évolution rapide témoignent selon lui de la nature congestive du processus.
« Il ne peut s’agir de pneumonies comme le croient beaucoup d’auteurs, dit-il, dans le sens propre du mot, ni d’hépatisations, qui ne peuvent disparaître d’un jour à l’autre. Sans doute, souvent les signes stéthoscopiques de la pneumonie sont là, maïs ces signes ne sont pas spécialement dévolus à la pneumo-
nie : ni la matité, ni les râles crépitants, ni le souffle tubaire ne caractérisent la pneumonie. Ces signes nimpliquent qu’un état physique particulier du poumon. »
C’est ainsi que GrisozLE parle d’une pneumonie double rhumatismale, disparaissant d’un jour à l’aure:
BaLz, dans le Service de CHARCOT, signale un rhumatisme avec péricardite, compliqué de pneumonie. Le lobe inférieur gauche est mat, on perçoit un souffle tubaire et des râles crépitants. Au troisième jour on observe un début de résolution, mais le malade meurt : le lobe inférieur du poumon est engoué, rougeâtre mais non hépatisé.
Enfin Wipaz dit que la pneumonie doit être rare chez le rhumatisant et ajoute qu’il n'existe pas de cas authentiques d’autopsies démontrant la réalité des hépatisations pulmonaires.
Il est exact que dans la maladie de BouiLLAuUp, la congestion prédomine et l’exsudation alvéolaire n’est qu'ébauchée. Toutefois, dans les faits publiés par M. LUTEMBACHER, on observe une hépatisation lobaire véritable avec matité franche, souffle tubaire aigre, râles crépitants. Les lésions ne sont pas mobiles mais cèdent au traitement salicylé appliqué en temps opportun.
Il y a lieu d’individualiser une pneumonie rhumatismale. |
Anatomiquement, on découvre un bloc d’hépatisation intéressant un ou deux lobes du poumon. Ils sont durs, friables, denses. Un fragment placé dans l’eau coule au fond.
À la coupe, la lésion est homogène, c’est l’aspect de l’hépatisation grise non suppurée, il ne s'écoule pas de sérosité et on ne constate pas d’aspect granité.
Histologiquement, M. LUTEMBACHER remarque que
ri
l’on observe rarement de l’alvéolite fibrineuse, mais plus souvent de l’alvéolite leucocytaire. Les leucocytes sont intacts. Il semble que l’envahissement de Palvéole par les leucocytes se fasse d'emblée, sans fibrinose préalable. On ne constate pas en effet de bloc fibrineux en rétrocession par macrophagie. D’autre part, la turgescence marquée des capillaires des parois alvéolaires est un fait important.
Au point de vue anatomique, il s’agit donc bien d’hépatisation lobaire rhumatismale. Mais cette lésion ne saurait être confondue avec l’hépatisation à pneumocoques.
Cliniquement, l’hépatisation à pneumocoques se caractérise par sa courbe thermique, dont rien ne modifie l’évolution, et par l’état infectieux particulier : face vultueuse, langue sèche et rôtie, excitation.
Dans l’hépatisation rhumatismale, la température n’a pas cette ascension brusque et élevée et ce stade en plateau qui caractérise la température de la pneumonie à pneumocoques.
Elle est très variable et fait souvent défaut.
Il n’y a pas de défervescence, maïs chute en lysis.
Le visage est non pas vultueux mais pâle. La lange reste humide. Enfin la lésion se modifie sous l’influence du salicylate et on ne peut établir, comme pour la pneumonie à pneumocoques, cette sorte d'emploi du temps si net qui caractérise son évolution.
L’expectoration n’est pas caractéristique, parfois elle fait défaut.
Il n’est pas rare que cette pneumonie coïncide avec une péricardite.
En outre, elle est souvent accompagnée ou suivie de foyers erratiques de congestion. On peut d’ailleurs voir survenir une diffusion générale de la congestion qui a accompagné l’hépatisation.