‹ Les locutions nantaisesChapitre 2 sur 9 · XII LETTRE · texte numérisé non relu

XII LETTRE

partie de ma vie qui m'est la plus chère, et j'ai vu réapparaître aussi ma ville natale, ma ville que f aime tant et que je n'ai jamais oubliée après tant d'autres cités parcourues. Une expression m'a rendu une sensation, un mot m'a rappelé un quartier. On devrait faire pour chaque ville un vocabulaire intime; le cœur en battrait plus fort à quelques-uns, comme il vient de me battre

A M. PAUL BUDBL

tout à Vheurey en lisant les épreuves du petit livre si curieux que vous avez bien voulu me communiquer.

Eh ! oui, je suis né à Nantes, événement de bien médiocre importance, que j'ai cru cependant devoir consigiier jadis dans des strophes parfaitement oubliées qui commençaient ainsi :

On m'a demandé. Vautre jour.

Vingt lignes de biographie

XIV LBTTltB

Au bas de ma photographie.

Le vilain mot ! Le vilain tour !

Les voici : la ville de Nantes, A qui je n'en saurais vouloir.

M'a vu naître, sans s'émouvoir De mes facultés étonnantes.

Le principal étant de vivre, Fidèle au : « Tel père, tel fils, »

Ma ressource devint le livre ; Mon père en vendait, — moi, j'en /w.

Je vous prive du reste du morceau.

Mon père en vendait, — ou

plutôt il en louait y car il tenait un cabinet de lecture à un entresol de la place Graslin se prolongeant sur un coin de la rue Jean-Jacques-Rousseau. C'est des fenêtres de cet entresol et du haut d'un tabouret que j'ai vu les trois glorieuses de 1830,^m se résumèrent pour moi en un grand bruit sur la place et par un va-et-vient de soldats à cheval.

C'est encore de ces fenêtres qu'un peu plus tard je regardais

ZVI LETTRE

passer, avec un certain étonnement y quelques personnages vêtus d'une tunique bleue serrée à la taille et d'un pantalon blanc, et coiffés d'un béret.

Lorsque je demandais qui étaient ces gens : — Ce sont des saint'simoniens, me répondaiton.

Et je n'étais pas plus avancé qu'auparavant !

Mais les saint-simoniens et les soldats à cheval étaient réser-

A M. PAUL EUDEL XVII

vés pour les grands jours. Le reste du temps il fallait me contenter des exercices de saltimbanques dont la place Graslin était le théâtre presque quotidien^ des montreurs d'ours assez fréquents à cette époque y et des cavalcades que les écuyers et les écuyères des cirques de passage avaient coutume de faire par la ville, musique en tête et dans leurs costumes les plus magnifiques.

Mon père y qui était un lettré remarquable autant que modeste, comptait parmi les habitués de son salon de lecture tout ce qu'il y avait à Nantes d'intelligent et de distingué : Lajariette, le collectionneur émérite, Mellinet'Malassis, le docteur Guépin, le docteur Aublanc {le médecin d'Elisa Mer coeur ) , Emile Souvestre, Victor Mangin père et fils, Allotte, etc., etc *.

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